Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.
En bref (résumé court généré par IA)

2 500 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dont 2 000 dans des procédures impliquant un niveau de souffrance sévère. Une injection intrapéritonéale de lipopolysaccharide d’Escherichia coli déclenche chez elles une réaction inflammatoire simulant une infection généralisée et une atteinte rénale aiguë, puis elles reçoivent une ou deux administrations du composé à tester avant un prélèvement sanguin sous anesthésie gazeuse. L’étude s’arrête à vingt-quatre heures, une limite que le porteur présente comme une mesure de raffinement, et les souris sont ensuite tuées pour prélever sang et organes. Une société privée cherche par là à trier rapidement ses molécules avant des modèles chroniques puis d’éventuels essais chez l’humain, et affirme que les interactions entre cellules inflammatoires et rein ne peuvent pas encore être reproduites in vitro.

NTS-FR-140259v1
Types de recherche
· Recherche appliquée · Troubles gastrointestinaux ·
Mots-clés
AKI, LPS, maladie rénale
Souris : 2500

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).

Dans quel but fait-on ça ?

Réponse du laboratoire :

Notre société développe des inhibiteurs des molécules spécifiques afin de limiter le stress oxydatif impliqué dans des processus de douleur et d’inflammation. Nous souhaitons utiliser un modèle in vivo aigu pour avoir une évaluation rapide de l’efficacité de nos molécules dans un modèle de pathologie rénale aigüe. Ce modèle pathologique induit avec une molécule bactérienne, est déjà utilisé par de nombreux laboratoires dont le nôtre, et se rapproche fortement, de par les cytokines sécrétées, du phénomène inflammatoire observé chez l’Homme lors d’insuffisance rénale aigüe. Des groupes travaillant sur ce modèle ont fait un lien avec une production excessive d’espèces réactives de l’oxygène, provoquée et maintenue par une réponse inflammatoire aigüe due à nos molécules cibles. De plus, en interne, ce modèle nous donne des résultats intéressants pour l’évaluation de nos composés et nous souhaitons continuer à l’utiliser pour valider rapidement l’efficacité de nos molécules au niveau rénal.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).

Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ?

Réponse du laboratoire :

L’incidence des maladies rénales au sein de la population augmente. Cela s’explique par le vieillissement de la population mais aussi par le développement de thérapeutiques et/ou méthodes de diagnostic avec un risque d’atteinte rénale. Malheureusement, la mortalité associée à ces pathologies reste très haute. En effet, le traitement des maladies rénales reste limité (dialyse, greffe..) et très contraignant pour les patients. Les résultats attendus dans ce modèle nous permettraient d’identifier rapidement les molécules avec le meilleur potentiel thérapeutique. Ces molécules pourront alors être testées dans des modèles de maladies rénales chroniques et pourraient par la suite être incluses dans le processus de développement pour la mise en place d’essais cliniques chez l’Homme.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).

Le droit d'accès aux documents

Réponse du laboratoire :

Après l’induction de la pathologie par une injection intrapéritonéale (20 secondes), les animaux seront traités (20 secondes à 1 minute maximum) avec nos composés ou le véhicule, 1 à 2 fois maximum dans l’étude. Les volumes administrés seront adaptés en fonction du poids de l’animal. Les études durant 24h, une seule pesée sera faite avant traitement et les animaux seront observés à la recherche de potentiels effets cliniques. A la fin de l’étude, un prélèvement sanguin sera réalisé sous anesthésie gazeuse (2 minutes). Il est possible, mais pas systématique, qu’un premier prélèvement sanguin soit réalisé dans les mêmes conditions avant la fin de l’étude. Les animaux seront ensuite euthanasiés sans réveil après le prélèvement sanguin.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.

Les animaux souffrent-ils ?

Réponse du laboratoire :

L’injection de la molécule bactérienne a pour effet la simulation d’une infection. Afin de s’assurer qu’ils ne présentent pas de modification du comportement lié à une infection généralisée, ces derniers seront surveillés à chaque manipulation, et plus étroitement dans les premières heures après l’induction. La douce contention des animaux nécessaire pour la pesée et le traitement, ainsi que l’anesthésie pour le prélèvement sanguin, pourront engendrer un stress et un inconfort. Malgré la très bonne formation du personnel technique, les administrations et prélèvements entrainent une douleur légère mais de courte durée. Ils pourraient dans de rares cas entrainer d’autres conséquences (par exemples : hématome, douleur modérée). Les molécules administrées pourraient avoir des effets indésirables non connus.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.

Peut-on parler d'éthique en expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Mise à mort pour prélèvements de sang et d’organes afin de contrôler l’évolution de paramètres biochimiques et histologiques.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.

Comment avancer vers la fin de l'expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

L’intérêt de ce projet est d’étudier l’effet d’un composé pharmaceutique sur le rein dans un contexte de maladie qui le détruit, l’insuffisance rénale aigüe. Les différentes cellules du système inflammatoire vont interagir avec plusieurs organes, notamment le rein. Malheureusement, l’ensemble de ces interactions ne peut pas encore être reproduite in vitro c’est pour cela que la recherche in vivo est nécessaire. Le ou les mécanismes systémiques qui sont impliqués dans le devenir de la molécule in vivo ne sont pas reproductibles in vitro mais nécessaires à l’évaluation des composés. Nous ne pouvons alors pas utiliser à ce stade de modèle in vitro pertinent.

2. Réduction

Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.

Qui est concerné ?

Réponse du laboratoire :

Ce modèle a déjà été utilisé au sein de notre laboratoire. Les données obtenues précédemment ont été utilisées dans le but de déterminer le nombre d’animaux nécessaire pour obtenir des résultats significatifs. En amont des tests chez l’animal, les composés sélectionnés sont évalués sur des tests in vitro, permettant d’identifier les composés les plus prometteurs, de comprendre leurs mécanismes d’action et d’éliminer les molécules inactives ou pouvant entrainer des nuisances ou effets indésirables chez les animaux (via les tests de toxicologie cellulaire). Seules les molécules présentant une activité sur les tests cellulaires sans toxicité apparente et ayant des caractéristiques pharmacocinétiques adéquates seront étudiées avec les animaux. Les données in vitro des différents composés ainsi que leur profil pharmacocinétique seront obtenus avant le début des procédures. Nous ne testerons donc que les composés les plus puissants en pharmacologie primaire et ceux présentant les caractéristiques d’un potentiel futur médicament. Les effectifs choisis nous permettront une optimisation de l’interprétation de tests statistiques.

3. Raffinement

Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.

La réglementation est-elle « très stricte » ?

Réponse du laboratoire :

Le modèle sera plafonné à 24h, pour limiter l’impact de l’inducteur et de ses conséquences inflammatoires sur les animaux et les organes cibles. Toutes les dispositions nécessaires en matière d’hébergement, d’enrichissement, d’observation et de soins aux animaux sont prises afin d’assurer les meilleures conditions de vie aux animaux. La Structure Chargée du Bien être Animal (SBEA) émet ses recommandations en matière de prévention de la douleur, souffrance et détresse des animaux. Après réception, les animaux seront placés dans des cages par 4 à 5 souris. Un programme d’enrichissement permet de varier les éléments de la cage afin d’encourager leur comportement de rongeur : coton pour la construction de nid, dôme rouge ou tunnel en carton pour se cacher, bois à ronger… La formation du personnel, le matériel utilisé et l’adaptation des volumes administrés permettront de limiter le stress ressentit par l’animal lors du traitement. Les animaux seront monitorés à chaque traitement pour la surveillance de signes cliniques éventuels et vérifier l’absence de souffrance.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.

Spécisme et expérimentation animale

Réponse du laboratoire :

Comme décrit dans la littérature, la souris est le modèle animal le plus utilisé pour étudier l’insuffisance rénale aigüe. Comme la mise en place de ce modèle nous a donné des résultats satisfaisant ces dernières années, nous continuerons a utiliser le modèle avec les souris, le plus approprié dans nos projets car elles peuvent développer plusieurs signes physiopathologiques caractéristiques de l’insuffisance rénale aigüe tels que la dysfonction endothéliale, la mort des cellules épithéliales ou encore l’infiltration des cellules immunitaires. De plus, les souris sont les espèces dont les manifestations inflammatoires sont les plus connues et se rapprochent le plus de celles de l’Homme. Il n’y a pas d’indication spécifique sur le choix de l’âge autre qu’une maturité immunitaire. Les animaux seront de jeunes adultes de 8 à 12 semaines.