
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 28/08/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-476869)
Choisis parce qu’ils boivent de l’alcool de façon stable et prévisible dans les protocoles d’auto-administration, 608 rats mâles et femelles vont être utilisés dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré à sévère. Une injection dans la patte arrière entretient une inflammation pendant deux mois, à quoi s’ajoutent des chirurgies abdominales, sous-cutanées ou intracérébrales de trente minutes à deux heures, des prises de sang sublinguales et trois séances d’IRM fonctionnelle d’une heure sous anesthésie. Le porteur annonce des douleurs postopératoires de trois jours, un risque infectieux au site d’incision et une douleur à la patte enflammée. Tous les rats sont tués à la fin de leur procédure, pour prélever du tissu ou vérifier que les canules et les lentilles implantées se trouvaient au bon endroit.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Ce projet vise à comprendre comment une inflammation périphérique chronique influence les comportements de consommation d’alcool chez le rat, en tenant compte des différences entre mâles et femelles. Nous combinerons des approches comportementales, physiologiques, d’imagerie cérébrale et de neurobiologie pour caractériser les mécanismes cérébraux impliqués dans cette comorbidité. Toutes les études se feront aussi bien chez les mâles que chez les femelles.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet vise à mieux comprendre les interactions entre inflammation périphérique chronique et trouble de l’usage d’alcool (TUA), deux conditions fréquemment comorbides chez l’humain. En utilisant des approches précliniques chez le rat, ce travail permettra de caractériser les effets de l’inflammation sur les comportements de consommation d’alcool et sur les altérations fonctionnelles entre les structures responsables de la motivation à consommer et celles responsables du contrôle inhibiteur du comportement. L’étude intégrera des analyses différenciées selon le sexe, afin de mieux appréhender les éventuels mécanismes neurobiologiques spécifiques. Les mesures comportementales et d’IRM fonctionnelle réalisées sont directement transposables à l’humain, renforçant la valeur translationnelle de ce projet. L’exploration complémentaire de l’implication de la voie vagale permettra d’identifier de potentielles cibles périphériques pour moduler cette comorbidité. À terme, ce projet contribuera à l’identification de biomarqueurs et de nouvelles pistes thérapeutiques pour les patients souffrant de TUA associé à un état inflammatoire chronique.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
– Injection dans la patte arrière d’un produit pro-inflammatoire (1 fois, durée : 2 mois) – Chirurgies abdominale, sous-cutanée ou intra-cérébrale (1 fois chacune dans la majorité des cas, un seul groupe sera soumis à 2 chirurgies de 20 minutes chacune espacées de 1 à 2 semaines, durées de 30 minutes à 2h selon le type de chirurgie)- Anesthésie générale pour imagerie cérébrale – Prise de sang (sublingual) – IRM fonctionnelle (3 fois 1 heure espacées de 1 et 2 semaines).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Douleurs post-opératoire (3 jours), risque infectieux au site d’incision (5 jours), douleur à la patte inflammée (3-4 jours), perte de poids transitoire en post-opératoire (2 jours).
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les animaux seront euthanasiés à la fin de chacune des procédures pour soit permettre le prélèvement de tissu en post-mortem, soit pour vérifier les sites d’implantation des canules guide ou des lentilles.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Les modèles in vitro actuels (organoïdes, et organ-on-chips) ne permettent pas de rendre compte du lien complexe existant entre les organes périphériques et le cerveau, ainsi que de l’organisation complexe du cerveau nécessaires à l’étude des interactions entre le cerveau et les atteintes périphériques (inflammation chronique). L’animal dans son entièreté est le seul modèle disponible actuellement pour remplir les objectifs de ce projet.
2. Réduction
Nous avons mis en place une rationnalaisation de l’utilisation des animaux pour nous permettre d’obtenir des données comportementales, physiologiques et neurobiologiques sur les mêmes animaux nous permettant ainsi de réduire grandement le nombre d’animaux utilisés dans ce projet. Nous avons évalués le nombre d’animaux nécessaires dans chacun des groupes expérimentaux pour nous assurer d’une puissance statistique suffisante tout en utilisant le moins d’animaux, ceci basé sur les résultats déjà obtenus dans d’autres expériences réalisées soit au sein de notre laboratoire ou dans le laboratoire de nos collaborateurs.
3. Raffinement
Les animaux seront stabulés dans un environnement enrichi d’un tube en carton et d’une buchette en bois. De la musique sera diffusée en continu dans les pièces de stabulation. Les rats seront manu pilés tous les jours permettant un enrichissement inter-espèce. Les rats seront placés 5 jours par semaine dans une cage d’auto-administration permettant un enrichissement moteur (appui sur les leviers) et un enrichissement cognitif (apprentissage d’une tâche d’auto-administration nécessitant une planification de l’action). Au cours des différentes étapes, les soins appropriés seront apportés aussi bien pendant les phases de consommation que dans les périodes per-opératoires en respectant les points limites fixés et déterminés par une échelle de bien-être animal reconnue internationalement.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le rat constitue le modèle le plus adapté pour ce projet, en raison de ses capacités d’apprentissage, de sa robustesse physiologique et de la richesse des données disponibles en neurosciences comportementales. Contrairement à la souris, le rat développe des comportements stables et fiables dans les protocoles d’auto-administration orale d’alcool, ce qui est essentiel pour modéliser le trouble de l’usage d’alcool (TUA) de manière pertinente. Par ailleurs, le rat présente une réponse plus homogène et plus facilement interprétable dans les modèles d’inflammation chronique et de douleur, avec une meilleure transposabilité aux phénomènes observés chez l’humain. Sa taille permet également l’implantation plus fiable de dispositifs de télémétrie permettant l’enregistrement d’un électrocardiogramme et d’un électro-encéphalogramme (EEG/ECG), la réalisation d’imagerie fonctionnelle cérébrale (IRM) de qualité, et l’utilisation de techniques comme l’imagerie calcique sur animal vigile. L’ensemble de ces éléments rend le rat indispensable pour atteindre les objectifs scientifiques de ce projet. Les rats arriveront au laboratoire à l’âge de 7 semaines et seront conservés pendant 5 à 6 mois. L’addiction à l’alcool ainsi que la douleur chronique apparait en général à l’âge adulte.