Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.
En bref (résumé court généré par IA)

1 014 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dont 840 dans des procédures impliquant un niveau de souffrance sévère, chacune pouvant recevoir deux administrations du candidat médicament par jour pendant 25 jours et jusqu’à trois ponctions de liquide céphalo-rachidien espacées de sept jours. Une encéphalite auto-immune leur est induite par injections sous-cutanées et intraveineuses, ce qui déclenche une paralysie progressive partant de la queue vers les membres postérieurs, avec une perte de poids atteignant 30 % dans les cas les plus sévères. S’y ajoutent des prélèvements sanguins hebdomadaires ou quotidiens et quatre tests comportementaux répétés jusqu’à six fois, dont la durée va d’une minute à quatre heures, sans que leur nature soit précisée. Les bénéfices annoncés portent sur une meilleure compréhension de la sclérose en plaques « à moyen terme », quand la paralysie et les prélèvements incompatibles avec la survie sont, eux, programmés.

NTS-FR-714120v1
Types de recherche
· Recherche appliquée · Troubles immunitaires ·
Mots-clés
Sclérose en plaque, Encéphalite auto-immune expérimentale, Souris
Souris : 1014

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).

Dans quel but fait-on ça ?

Réponse du laboratoire :

La sclérose en plaque (SEP) est une maladie auto-immune qui affecte le système nerveux centrale (SNC) et qui touche environ 1,8 million de personnes dans le monde selon l’organisation mondiale de la santé. Cette maladie, qui touche souvent les jeunes entre 25 et 35 ans, est connue comme la deuxième cause d’handicap acquis chez les jeunes adultes, après les traumatismes. La SEP se caractérise par la dégradation de la gaine de myéline, qui entoure et isole les fibres nerveuses dans le système nerveux central et qui permet la transmission des signaux nerveux entre les neurones, provoquant des inflammations au niveau des zones endommagées du SNC (plaques ou lésions) et menant ainsi à des perturbations cognitives, émotionnelles, motrices, sensitives ou visuelles. Jusqu’à nos jours aucun traitement ne parvient à guérir de la sclérose en plaque. Toutes les approches thérapeutiques existantes visent à limiter l’intensité et la fréquence des poussées inflammatoires et à soulager les symptômes. Le but de ce projet est de développer, chez la souris, un modèle d’Encéphalite Auto-immune Expérimentale (EAE) devant mimer la forme récurrente-rémittente de la SEP, qui est la forme la plus fréquente chez l’Homme caractérisée par des épisodes intermittents d’apparition de symptômes (poussées), suivis par des périodes plus ou moins longues d’absence de crises cliniques (rémissions), pour ensuite tester de nouvelles approches thérapeutiques qui peuvent être prometteuses dans le traitement de la SEP.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).

Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ?

Réponse du laboratoire :

Les bénéfices attendus sont, à moyen terme, une meilleure compréhension des mécanismes d’action impliqués dans la SEP et le développement de nouvelles molécules et approches thérapeutiques pour traiter cette maladie (= démontrer que le composé testé est actif dans un modèle expérimental de la pathologie ciblée (EAE) et évaluer ses éventuels effets secondaires avant son passage en phase clinique).

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).

Le droit d'accès aux documents

Réponse du laboratoire :

Pour l’induction de la SEP, les animaux endormis recevront une ou deux injections en sous-cutané (moins d’une minute) et deux injections abdominales, en intraveineux, après l’induction (jour 0 et jour 2, moins d’une minute). Les souris seront généralement soumises à une ou des administrations du candidat-médicament en vigile (1-2 minutes environ) sur 25 jours pmaximum avec deux administrations maximum par jour. Les prélèvements sanguins répétés seront réalisés sur animaux vigile (environ une minute), à raison d’un prélèvement hebdomadaire ou quotidien en fonction du volume prélevé. Le prélèvement de liquide céphalo-rachidien (liquide dans lequel baigne le cerveau) après endormissement de l’animal (20 minutes) maximum 3 fois au cours de l’expérimentation avec 7 jours d’intervalle minimum. Des tests comportements seront réalisés au cours de l’expérimentation (un passage /test/ stade de développement de la maladie) qui peuvent durer entre 1 minute et 4h. Sur chaque groupe d’animaux, 4 tests maximum seront réalisés et répétés au maximum 6 fois.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.

Les animaux souffrent-ils ?

Réponse du laboratoire :

L’induction d’une EAE consiste à déclencher une réaction immunitaire au niveau du système nerveux central avec apparition d’une paralysie progressive mais transitoire allant de la queue vers les membres postérieurs puis dans de rares cas vers les membres antérieurs. Cette procédure engendre, un affaiblissement de l’animal avec une perte de poids transitoire dès le début de l’apparition des symptômes (J9-J10) pouvant atteindre dans les cas les plus sévères jusqu’à 30%. D’autres nuisances sont possibles, en effet, lors de certaines administrations nécessitant une aiguille, telles que l’induction de l’anesthésie ou l’administration d’un candidat médicament, les animaux pourront aussi subir une douleur légère et brève liée à la piqûre avec une aiguille. De plus, la manipulation des animaux vigiles pour induire l’anesthésie, prélever du sang, du liquide céphalo rachidien, administrer les composés à tester et de réaliser les tests de comportement peuvent engendrer un stress mineur de courte durée.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.

Peut-on parler d'éthique en expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Mise à mort des animaux pour réaliser des prélèvements d’organe et des fluides corporels à un volume ne permettant pas la survie de l’animal Et/ou mise à mort des animaux suite aux effets indésirables provoqués par le développement de la maladie ou par le(s) produit(s) testé (s).

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.

Comment avancer vers la fin de l'expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Dans le cadre du développement de nouveaux médicaments, ce projet est réalisé chez la souris car il n’existe pas de méthode de substitution (in vitro ou in silico) pour évaluer les effets d’une nouvelle molécule sur la sclérose en plaque (modèle d’Encéphalite Auto-immune Expérimentale), Ou si elles existent, elles ne sont pas suffisantes pour répondre aux objectifs scientifiques du projet. Or, avant toute administration à l’homme, l’animal constitue un passage obligatoire pour l’évaluation de l’efficacité, la toxicité et la pharmacocinétique d’un candidat médicament. A ce jour, la souris est l’espèce qui est la plus adaptée à ce type de modèle d’étude.

2. Réduction

Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.

Qui est concerné ?

Réponse du laboratoire :

Un nombre minimal et suffisant d’animaux par groupe est utilisé afin d’analyser de façon rigoureuse et efficace les résultats des expériences et d’effectuer des analyses statistiques. Nombre d’animaux minimal et suffisant par groupe pour réaliser une analyse statistique : 15 / par groupe.

3. Raffinement

Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.

La réglementation est-elle « très stricte » ?

Réponse du laboratoire :

Dans ce projet, le raffinement sera assuré par un ensemble de mesures visant à optimiser le bien-être animal et à minimiser toute forme de contrainte. Tout d’abord, des procédures rigoureuses seront mises au point et le personnel impliqué recevra une formation spécifique afin de garantir la fiabilité des pratiques et la qualité des soins. L’état de santé des animaux fera l’objet d’un suivi quotidien, permettant une détection précoce d’éventuels signes cliniques et une prise en charge rapide en se basant sur une grille de score définie. L’accès à l’eau et à la nourriture sera facilité (croquettes mouillées, tétine longues, etc) et placé dans les cages. Les interventions expérimentales reposeront sur des techniques aussi peu invasives que possible, et des points limites clairement définis permettront de décider rapidement du recours à une euthanasie lorsque cela s’avérera nécessaire. Par ailleurs, les méthodes d’analyse seront optimisées afin de limiter le volume sanguin prélevé, grâce à une amélioration de leur sensibilité. Le recours à l’anésthésie permettra de diminuer la douleur ressentie lors de certains actes et de réaliser de façon plus précise et plus rapide certains prélèvements biologiques. Enfin, une familiarisation progressive des animaux aux procédures expérimentales sera réalisée, dans le but de réduire leur appréhension et d’améliorer leur confort tout au long de l’étude.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.

Spécisme et expérimentation animale

Réponse du laboratoire :

La souris est l’une des espèces animales les plus pertinentes et les plus couramment utilisées pour les modèles animaux de la recherche biomédicale et les études de médecine comparative en raison de leur similarité anatomique, physiologique et génétique avec l’homme (les souris et les humains partagent environ 95% de gènes). Animaux adultes. Ce projet n’a pas pour objectif d’étudier les effets du produit sur l’animal à d’autres stades de développement.