
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 20/01/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-060798)
149 souris vont être utilisées, toutes tuées pour prélèvement, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Chacune subit une chirurgie de deux à trois heures sous anesthésie pour recevoir des injections virales dans le cortex et un dispositif d’enregistrement implanté, puis, une semaine plus tard, des séances de locomotion fine pouvant durer une heure, précédées d’une injection sur animal vigile. Certaines sont isolées vingt-quatre à quarante-huit heures, et le porteur signale une perte de poids ainsi que des démangeaisons aux sutures dans les jours qui suivent l’opération. L’objet est de distinguer le rôle des neurones venus du cortex moteur de ceux venus du cortex sensoriel dans le contrôle de la marche, un circuit que le porteur juge impossible à modéliser numériquement parce que les propriétés des éléments en jeu sont encore méconnues.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Chez les rongeurs, la marche et les mouvements de base peuvent être générés par la moelle épinière seule. Cependant, pour des actions plus complexes, comme franchir des obstacles ou marcher sur une échelle horizontale, le cerveau, et en particulier le cortex sensorimoteur, est indispensable pour ajuster et affiner les mouvements. La voie corticospinale, qui relie directement le cortex à la moelle épinière, joue un rôle central dans cette coordination. Des études précédentes ont montré que cette voie est essentielle pour le mouvement, mais elles ne distinguaient pas les neurones provenant du cortex moteur (M1) de ceux du cortex sensoriel (S1). Or, des travaux récents suggèrent que ces deux populations ciblent des circuits différents dans la moelle épinière et pourraient donc contribuer différemment au contrôle des mouvements et à la perception sensorielle. Notre projet vise à comprendre de manière précise le rôle spécifique des voies corticospinales issues de M1 et de S1.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet apportera plusieurs bénéfices, à court et à long terme. À court terme, il permettra de mieux comprendre comment les différentes parties du cortex contrôlent les mouvements en fonctions de leur difficulté. À long terme, ces avancées pourraient avoir des retombées pour la recherche médicale. En comprenant mieux le fonctionnement de la voie neuronale qui va du cortex jusqu’à la moelle épinière, ce projet pourrait ouvrir la voie à des stratégies thérapeutiques plus ciblées pour traiter certaines affections neurologiques, comme la sclérose amyotrophique latérale, qui affecte particulièrement ces neurones.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux subiront, sous anesthésie, une chirurgie d’environ deux à 3 heures pour injections virales et implantation de dispositif d’enregistrement. Au minimum 1 semaine après la chirurgie, les animaux effectueront des tâches comportementales de locomotion fine. Ces tâches durent une dizaine de secondes et sont répétées pendant un maximum 1h. 30min avant le début de la tache comportementale, vigiles, ils subiront une injection de substance active de quelques secondes. Une à 2 sessions comportementales, espacées d’une semaine, sont prévues.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les chirurgies entraînent inévitablement un stress et des douleurs modérées et transitoires chez la souris. Une perte de poids est souvent constatée les jours suivant la chirurgie mais l’animal récupère son poids initial en 3-4 jours. Les sutures peuvent aussi entraîner une gêne ou des démangeaisons qui disparaît également en quelques jours. Les tests comportementaux envisagés peuvent également être source de stress pour les animaux, ainsi que les contentions et les injections effectuées pendant les tests. Certains animaux devront être isolés pendant 24 à 48h, ce qui est également un stress.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront mis à mort pour prélèvement.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Le projet porte sur le rôle de l’inhibition présynaptique dans le contrôle de la locomotion, c’est-à-dire un circuit comprenant une sortie physiologique complexe. Un tel circuit est impossible à reconstituer avec des techniques de remplacement de type culture cellulaire et doit être intact pour pouvoir être étudié. Il est impossible à modéliser numériquement car les propriétés des différents éléments sont encore méconnues. Nous devons donc recourir à l’animal pour atteindre les objectifs du projet.
2. Réduction
Les mesures pour réduire le nombre d’animaux ont été étudiées en adéquation avec le projet. Le nombre d’animaux utilisés pour ce projet a été défini mathématiquement au plus juste pour nous permettre d’atteindre nos objectifs scientifiques et être statistiquement fiables et robustes. Nous utiliserons des individus des 2 sexes afin de réduire le nombre d’individus à produire et obtenir des résultats spécifiques de genre. Les expériences seront effectuées de façon séquentielle, afin de finaliser les expériences de mise au point des différents outils avant d’effectuer les expériences de comportement, ce qui permettra de limiter le nombre d’animaux nécessaires.
3. Raffinement
Les souris sont hébergées en cohorte, elles font l’objet d’observations quotidiennes et l’enrichissement des cages est systématique (bâton à ronger, matériaux de nidification). Les chirurgies sont réalisées sous anesthésie générale et analgésie pré et post-opératoire et la température de l’animal est maintenue grâce à un tapis chauffant thermostaté relié à une sonde rectale. Les yeux sont hydratés avec un gel oculaire. L’état de santé des animaux est surveillé quotidiennement après la procédure chirurgicale et estimé selon une grille de score pondérée qui évalue l’apparence générale de l’animal, l’apparence de la plaie, le comportement spontané, le comportement provoqué et le poids. Des points limites ont été établis pour chaque item permettant de soustraire l’animal à la souffrance. Un temps d’habituation à la pièce et au dispositif d’enregistrement est prévu, sur 20-30 minutes pendant deux jours consécutifs. Pendant les tests comportementaux, une couverture de 5cm de mousse souple est placée sous le dispositif expérimental, afin d’amortir une éventuelle chute de l’animal. Des animaux qui ne subissent pas les chirurgies sont hébergés avec les animaux tests. Ils sont présents sur la plateforme d’arrivée des tests de comportements, réduisant ainsi le stress des animaux tests et les motivant à faire les tâches sans qu’une restriction hydrique soit nécessaire. Du coton de nidification est prélevé dans la cage d’hébergement, et frotté sur le dispositif expérimental afin de diminuer le stress des animaux. Les animaux sont manipulés grâce à une petite coupelle en plastique, afin d’éviter la préhension répétitive par la queue.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Pour étudier comment certains neurones contrôlent les mouvements, nous utilisons la souris. Ce choix est justifié car la souris permet de cibler très précisément des neurones grâce à des outils scientifiques avancés. Cela aide à comprendre comment les signaux vont des différentes zones du cortex jusqu’à la moelle épinière et in fine pour contrôler les muscles. La souris permet aussi de moduler l’activité des neurones tout en observant les animaux bouger librement, ce qui est difficile à faire avec d’autres animaux. De plus, beaucoup d’études existent déjà sur les circuits nerveux de la moelle épinière de la souris, ce qui facilite l’analyse des résultats. Nous travaillons avec des souris d’au moins 21 jours, car à cet âge les circuits de contrôle des mouvements sont complètement développés et stables. Cela garantit que les résultats ne sont pas influencés par la croissance.