
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 06/03/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-503003)
Une des lignées élevées dans ce projet reproduit la trisomie 21 humaine et connaît 30 % de mortalité néonatale, par malformations cardiaques et malrotations intestinales qui tuent les souriceaux dans les jours suivant la naissance. 16 200 souris vont être utilisées, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger pour 12 600 d’entre elles et modéré pour 3 600. Chacune subit une seule fois l’ablation de l’extrémité de la queue, sous contention sur de la glace et sans anesthésie médicamenteuse, pour établir son génotype. Le devenir dépend du résultat de cette lecture génétique : maintien en vie pour une procédure expérimentale ou pour la reproduction, ou mise à mort si le génotype ne sert pas aux recherches en cours.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Les animaux génétiquement modifiés constituent des modèles puissants pour étudier la fonction des gènes et comprendre leur rôle dans le cadre de projets scientifiques au bénéfice de la santé humaine et animale ou de l’environnement. Dans le cadre des projets scientifiques utilisant des animaux à fins scientifiques (soumis indépendamment à cette demande d’autorisation de projet), des modèles animaux génétiquement modifiés sont développés et élevés. Dans ce but, il est important d’avoir un élevage adapté et des animaux dont les caractéristiques génétiques sont bien déterminées pour constituer les lots expérimentaux et maintenir une production régulière et adaptée aux besoins. Il est donc nécessaire de caractériser les animaux génétiquement modifiés afin de sélectionner les animaux d’intérêt pour les procédures expérimentales de projets autorisés et ceux nécessaires au maintien des lignées. Nous avons testé des prélèvements par 3 méthodes non invasives à partir de follicules pileux, de fécès, ou via un écouvillonnage buccal. Elles ne sont pour l’instant pas adaptées à nos conditions de diagnostic moléculaire, et manquent de fiabilité: 1) l’écouvillonnage buccal donne des résultats de très faible intensité et parfois même ne mettant pas en évidence une mutation, 2) le prélèvement de poils donne des intensités faibles et il y a aussi une forte probabilité d’erreur due au souffle sous la hotte de change qui fait voler les poils hors des tubes, 3) l’utilisation d’encoche à l’oreille ne permet pas un marquage fiable d’un nombre important d’animaux sur les moyens et longs termes. Dans tous les cas, cela peut amener à des erreurs qui compromettraient les résultats obtenus et conduiraient à la nécessité de répéter des prélèvements sur les mêmes animaux ou à en utiliser un plus grand nombre, ce qui est en contradiction avec les principes de raffinement et de réduction. L’objectif de ce projet est une procédure de prélèvement par biopsie sur la queue utilisée au sein de notre équipe pour le génotypage qui sera associée à une identification par pose d’une micropuce sous-cutanée. Les animaux produits seront utilisés sur des projets concernant l’étude des processus mnésiques, la cognition sociale et la maladie d’Alzheimer.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet permet de sélectionner les animaux ayant un gène d’intéret afin d’optimiser la gestion de l’élevage et de fournir les animaux nécessaires aux projets de l’équipe.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Prélèvement de l’extrémité de la queue (durée maximale 5 secondes) réalisé une seule fois sur chaque animal vigile sous contention sur de la glace.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les nuisances engendrées sont le stress léger inhérent à la préhension et à la contention des animaux, la douleur légère lors du prélèvement sur la queue. Un saignement faible peut aussi apparaître lors du prélévement de la biopsie. Pour une des lignées de souris utilisées dans ce projet, il y a un phenotype dommageable. En effet, pour cette lignée mutante, il a été observé une mortalité néonatale de 30% (dans les premiers 10 jours après la naissance). Cette mortalité est dûe à des malformations cardiaques (valve mitrale, anomalies atriales/ventriculaires) et des malrotations intestinales/ pancréas annulaire. Les nuisances entrainées par ces malformations sont des troubles cardiaques et des difficultés à se nourrir entrainant la mort de l’animal dans les quelques jours suivant la naissance.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Le devenir des animaux dépendra du résultat du génotypage parmi les cas suivants : a) maintenus en vie pour utilisation dans une procédure expérimentale d’un projet autorisé, b) maintenu en vie pour utilisation pour le maintien de la lignée, c) mis à mort avec prélèvement pour des analyses post-mortem ou d) mis à mort sans prélèvements post mortem si le génotype défini n’est pas utile aux recherches en cours.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
A ce jour, les techniques de prélèvement de tissu non invasives que nous avons testées n’ont pas donné des résultats exploitables. Ce projet est nécessaire pour la production et la mise à disposition d’animaux modèles génétiquement modifiés pour les différents projets de l’équipe. L’étude des processus mnésiques, la cognition sociale et la maladie d’Alzheimer nécessitent l’utilisation d’un cerveau de mammifère. La complexité et l’intégrité de ces réseaux neuronaux qui sous-tendent les fonctions cognitives et comportementales que nous allons analyser ne sont pas présentes dans des modèles moléculaires, in silico ou dans des modèles d’animaux invertébrés. Les lignées utilisées représentent à l’heure actuelle les modèles d’études les plus appropriés dans le cadre de la maladie d’Alzheimer, de la cognition sociale et des processus mnésiques que nous étudions au sein de l’équipe. Nous basons donc notre étude sur les seuls modèles existant aujourd’hui qui sont les lignées murines.
2. Réduction
L’enjeux et l’objectif majeur d’une réduction consiste à optimiser les élevages pour limiter la production du nombre d’animaux au strict nécessaire pour leur utilisation dans les projets scientifiques ou pour le maintien des lignées. Dans cette perspective plusieurs stratégies sont mises en oeuvre : – seules les lignées en cours d’utilisation dans des projets sont maintenues, les autres sont conservées congelées, – les lignées génétiquement modifiées sont maintenues sur des fonds génétiques homogènes de référence, – des réunions mensuelles avec les utilisateurs permettent d’anticiper les besoins à venir.
3. Raffinement
La méthode utilisée est éprouvée, précise, rapide et standardisée permettant de minimiser les nuisances causées aux animaux par leur manipulation et par le prélèvement lui-même. Une liste de points limites et d’actions correctives est utilisée. Pour la lignée présentant un phénotype dommageable, un suivi journalier sera effectué dans les jours suivant les naissances. Si des signes de souffrances sont observés chez les nouveau-nés, les animaux seront euthanasiés directement pour minimiser les nuisances. Enfin, si des animaux meurent de manière soudaine, le suivi journalier permettra aussi d’enlever les cadavres rapidement pour éviter un stress aux autres animaux de la portée.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La souris est un mammifère qui présente de nombreuses similitudes biologiques, structurales et fonctionnelles avec l’être humain qui permettent d’adresser de nombreuses questions scientifiques dans tous les domaines de la recherche en biologie (fondamentale, environnementale, santé humaine et animale), avec un degré élevé d’extrapolation à d’autres espèce (dont l’être humain) ou systèmes biologiques. De nombreux outils moléculaires et génétiques ont été développés avec les rongeurs, et en particulier chez la souris, qui permettent de mieux comprendre les mécanismes physiologiques (mémoire, plasticité synaptique, cognition sociale) ainsi que des mécanismes pathologiques (tels que la maladie d’Alzheimer). Dans le cadre de la lignée à phénotype dommageable, cette lignée murine mimant la trisomie 21 humaine a été choisie particulièrement car c’est celle qui reproduit la pathologie le mieux telle qu’elle est observée chez l’humain. De plus, dans le cadre de la trisomie 21, aucune lignée existante n’est non dommageable. Les prélèvements seront réalisés entre 12 et 18 jours après la naissance, à des âges auxquels la zone est peu ossifiée et peu vascularisée, ce qui rend le prélèvement réalisable sans anesthésie médicamenteuse car peu douloureux. Pour la lignée à phénotype dommageable, le phénotype sera déjà apparu et la période critique sera déjà finie. Le prélèvement pourra donc se faire de la même manière que pour les autres lignées sur les souriceaux vivants restants.