
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2026-06-10 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-202837)
Les souris qui deviennent rachitiques, sous 18 à 20 grammes, sont mises à mort, comme celles dont la perte de poids persiste ou qui développent des malocclusions. 3 600 souris sont utilisées, toutes dans des procédures classées au niveau de souffrance le plus élevé, toutes tuées à l’issue. Le projet gère la production d’une lignée modifiée pour reproduire une myopathie rare qui provoque faiblesse musculaire, maigreur et déformation du dos. Les surnuméraires à « phénotype dommageable » sont tués avant l’apparition des symptômes.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
La myopathie à agrégats tubulaires (TAM) est une maladie rare congénitale caractérisée par de la faiblesse musculaire, des crampes et de la myalgie. Elle est associé à un syndrome multisystémique appelée le syndrome de Stormorken (STRMK) qui englobe de nombreux symptômes tels qu’une plus petite taille, une thrombocytopénie, de l’hyposplenie ou de l’ichtyose. Le modèle murin TAM/STRMK mimique fidèlement le phénotype musculaire mais également le phénotype multisystémique trouvés chez les patients. Ce modèle nous a déjà permis de valider différentes approches thérapeutiques géniques et pharmacologiques translationnelles, et d’évaluer leur effet systémique sur le phénotype global. Néanmoins, certains aspects de la maladie sont encore mal compris, notamment la thrombocytopénie qui n’a pas pu être amélioré par les traitements testés pour l’instant.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
Ce projet permet la production et le suivi d’animaux à phénotype dommageable afin d’assurer le maintien de la lignée, envoi à des collaborateurs, mais également à l’utilisation continue vers des des projets experimentaux. Ils participent à la meilleur compréhension de la maladie et de ses symptômes multisystémiques, mais également à la mise en place et à la validation d’approches thérapeutiques translationnelles.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
Ce projet permet la gestion et le suivi de la production d’animaux qui présentent un phénotype dommageable caractérisé notamment par une petite taille et une maigreur. En adéquation avec ce phénotype, les animaux sont régulièrement surveillés et pesés pour limiter et suivre la perte de poids, le nourriture en gel disposée dans la cage permet également de faciliter leur alimentation et s’assurer d’une hydratation normale.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.
La souris a un phénotype clair qui s’aggrave avec le temps. Visuellement, elle est plus petite, plus maigre et présente une cyphose claire à partir de 4 mois. La faiblesse musculaire est surtout visible lorsqu’elle est mésurée directement dans le muscle. Les animaux malades peuvent vivre au-delà de 1 ans, mais certains meurent de causes inconnus avant cet âge.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
Tous les animaux sont mis à morts afin de permettre: le prélèvement post-mortem (dans le cas de fins d’études experimentales), le renouvellement des reproducteurs (s’ils ne sont pas réutilisés par une étude en cours), de limiter la souffrance en euthanasiant les animaux à phénotype dommageable surnuméraires avant l’apparition des symptômes, mais également d’euthanasier les animaux ayant atteint les points limites de cette étude.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
La majorité de nos thérapies sont d’abord validé in vitro dans des cellules murines et humaines. Cependant, la nature multisystémique de notre maladie, ainsi que le muscle qui est une structure complexe encore mal modélisée par les modèles cellulaires, nous oblige pour le moment à utiliser un modèle murin.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Nous adapterons le nombre de croisement et donc le nombre de naissances à nos projets en cours afin de limiter la production d’animaux surnuméraires.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
Chaque cage est enrichie avec des nids de chanvre pour réduire l’anxiété des animaux. Nos animaux étant plus maigres et plus petits, ils sont régulièrement pesés et observés (au moins une fois par semaine) afin de prévenir toute pertes de poids sévères. Nous déposons également de la nourriture au fond de la cage afin de s’assurer que les animaux puissent se nourrir ad libitum. Les souris malades n’ont pas de phéntoype visible à part leur petite taille et leur poids réduit. Il arrive qu’au-delà de 4 mois d’âge, certaines souris soient rachitiques (avec un poid inférieur à 18-20g), cet état est considéré comme un point limite et les souris seront mises à morts. Additionnellement, les souris ayant perdu au-delà de 10% du poids maximal atteints seront surveillées de près avec ajout de nourriture en gélée (Dietgel)et pesée journalière. Si la perte de poids est maintenue dans le temps, les animaux seront également mis à mort. Enfin, nous avons récemment eu des cas chroniques de malocclusions, si un tel phénotype se produit à répétition, les animaux seront mis à morts. Les animaux à phénotype dommageable surnuméraires sont mises à morts avant l’apparition des symptômes pour limiter la souffrance. Bien que le modèle animal ne présente pas de signes évidents de douleur ou de détresse nécessitant une prise en charge systématique, une analgésie sera mise en place de manière préventive ou curative dès lors qu’un animal présente des signes cliniques évocateurs de douleur (altération du comportement, posture anormale, perte de mobilité, amaigrissement marqué ou tout autre signe jugé pertinent par le personnel formé). Le choix de l’analgésique, sa posologie et sa durée d’administration seront adaptés en concertation avec le vétérinaire référent, conformément aux recommandations en vigueur et aux procédures de l’établissement. Une surveillance renforcée sera assurée après toute intervention susceptible d’induire une douleur.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
La TAM/STRMK est une myopathie progressive qui s’aggrave dans le temps, notamment chez le modèle murin, avec une apparition tardive des symptômes multisystémiques qui sont marqués à partir de 4 mois (les symptômes commencent à apparaître à partir de 1 mois). Nos études utilisent ces animaux à plusieurs stades entre 1 mois et jusqu’à au-delà d’un an.