Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.
En bref (résumé court généré par IA)

Gardées vivantes jusqu’à 30 mois pour être suivies au fil du vieillissement, 3 500 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures classées en souffrance légère. Elles portent une mutation reproduisant la maladie de Pompe et développent avec l’âge une surdité partielle puis une faiblesse musculaire, quelques prélèvements sanguins étant réalisés sous anesthésie locale. Le porteur qualifie ce modèle murin d' »indispensable » pour comprendre la maladie et tester des traitements. Le projet ne produit toutefois aucune donnée par lui-même, son seul objet étant d’entretenir ces lignées et de fournir des animaux à d’autres protocoles, reproducteurs et surnuméraires étant mis à mort.

NTS-FR-798793v1
Types de recherche
· Recherche fondamentale · Système musculosquelettique ·
Mots-clés
Souris, Elevage, Lignée, Maladie de surcharge
Souris : 3500

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).

Dans quel but fait-on ça ?

Réponse du laboratoire :

Produire le nombre d’animaux nécessaires au maintien des lignées, aux projets autorisés (projet autorisé en cours), aux projets avec prélèvements terminaux hors procédures et aux projets à venir répondant au modèle pathologique de la maladie de Pompe.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).

Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ?

Réponse du laboratoire :

La maladie de Pompe est une maladie rare dans laquelle l’organisme manque totalement d’une enzyme indispensable. En l’absence de cette enzyme, certaines substances ne sont plus correctement dégradées et s’accumulent dans les cellules, ce qui perturbe leur fonctionnement. Chez la souris, il existe un modèle expérimental de la maladie de Pompe qui reproduit bien ce qui se passe chez les patients. Ces souris présentent notamment des anomalies d’un mécanisme naturel de la cellule, comparable à un système de nettoyage et de recyclage interne. Ce système permet normalement d’éliminer les éléments usés ou inutiles afin de maintenir les cellules en bonne santé. Dans ce modèle, les atteintes sont relativement modérées mais ressemblent à celles observées chez les patients atteints des formes tardives de la maladie. On observe ainsi, avec le temps, une faiblesse musculaire progressive, et une atteinte du cœur qui apparaît plus tardivement et n’est pas mortelle, contrairement aux formes infantiles sévères. Certaines souris ont été génétiquement modifiées pour rendre ce système de nettoyage cellulaire visible grâce à un marqueur fluorescent. Cela permet aux chercheurs de suivre directement, au microscope, l’activité de ce mécanisme à l’intérieur des cellules. Ce modèle est unique et très précieux pour mieux comprendre comment la maladie évolue et pour tester de nouveaux traitements capables d’en ralentir la progression. Enfin, le vieillissement joue un rôle important : avec l’âge, le fonctionnement des cellules, leur capacité de nettoyage, de production d’énergie et de régénération musculaire diminue. Étudier des souris âgées atteintes de la maladie permet donc de mieux représenter la situation des patients adultes et de comprendre l’évolution complète et naturelle de la maladie de Pompe au fil du temps.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).

Le droit d'accès aux documents

Réponse du laboratoire :

Un prélèvement sanguin, sous anesthésie locale, sera réalisé 4 fois maximum (18, 24, 27 et 30 mois) par prélèvement à la veine de la queue afin de récupérer 1 à 2 gouttes de sang. Estimation durée < 1 min/prélèvement sanguin.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.

Les animaux souffrent-ils ?

Réponse du laboratoire :

Il est possible d’observer des cas de cannibalisme des parents sur les souriceaux ou de parents ne s’occupant pas des souriceaux. Effets indésirables liés au phénotype dommageable : – Surcharge en glycogène et atteinte de l’autophagie dans les cellules des souris suite à l’absence génétique de l’enzyme ; – A un âge tardif (>12 mois) une surdité partielle est attendue, ce qui a été confirmée par les études fonctionnelles précédemment réalisées par notre unité (enregistrement des potentiels évoqués auditifs) ; – A un âge très tardif (>16 mois) une faiblesse musculaire est attendue, ce qui a été confirmée par les études précédemment réalisées par notre unité.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.

Peut-on parler d'éthique en expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

L’ensemble des animaux reproducteurs seront mis à mort en fin de protocole. Les animaux atteignant 30 mois ou les animaux surnuméraires seront mis à mort si non intégrés à un projet.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.

Comment avancer vers la fin de l'expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Les modèles cellulaires de la maladie de Pompe ne reflètent que partiellement la pathologie et ne permettent pas d’atteindre l’ensemble des objectifs scientifiques. Dans l’objectif d’une compréhension mécanistique et physiopathologique de la maladie de Pompe avec possiblement le développement de stratégies thérapeutiques, seul un modèle complexe comme le modèle murin est pertinent et surtout indispensable.

2. Réduction

Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.

Qui est concerné ?

Réponse du laboratoire :

Le nombre de souris est optimisé et adapté afin d’assurer le maintien des différentes lignées murines et de répondre aux seules demandes des utilisateurs des protocoles de recherche. L’optimisation s’appuie sur une évaluation prospective la plus fine possible des besoins pour les projets concernés.

3. Raffinement

Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.

La réglementation est-elle « très stricte » ?

Réponse du laboratoire :

Les animaux seront élevés en cages à couvercle filtrant. Ils seront manipulés sous hotte sans rupture de confinement. Lors de la mise en accouplement, les reproducteurs sont dans un environnement enrichi : nourriture spéciale, maison, hamac et nid de coton. Si 2 portées consécutives ne vont pas jusqu’au sevrage, le reproducteur est mis à mort puis 21 jours après, en absence de gestation, la femelle est mise à mort. Pour préserver les relations parents-souriceaux, le change est décalé de 3 jours au moins après la mise bas et indiqué sur la cage. De plus, pour limiter le stress, le nid parental est conservé pendant le change. Des bouchons humidifiés sont mis directement dans la cage et une pipette adaptée est proposée pour faciliter l’hydratation des souriceaux. Des nids de cotons favoriseront la thermorégulation. Les animaux d’âge supérieur à 6 mois auront un bilan de santé aux âges de 18, 24, 27 et 30 mois. Le bilan sera composé d’un examen clinique avec une palpation rigoureuse pour rechercher toute grosseur puisque les cancers sont la première cause de mortalité chez de nombreuses souches de souris âgées. Plus spécifiquement le lymphosarcome est rapporté chez les souris C57BL/6 et B6/129 comme étant le plus fréquent. Les animaux présentant une masse ulcérée et adhérente au plan profond seront euthanasiés par surdosage de CO₂. Des modifications du métabolisme du glucose étant décrites chez l’animal âgé, une mesure de glycémie par prélèvement caudal sera réalisée. Elle sera complétée par des tests de tolérance au glucose ou à l’insuline si le diabète est supérieur à 2 g/l. En plus d’une glycémie > 2g/l, la présence de 2 autres signes notables affectant l’aspect général, le comportement ou la reproduction conduira à la mise à mort de l’animal. Pour les animaux manipulés, de plus de 12 mois, susceptibles d’être atteints de surdité partielle, donc moins sensibles aux bruits extérieurs, les opérateurs devront se signaler davantage aux animaux avant toute intervention. Pour les animaux avec une faiblesse musculaire, généralement d’âge supérieur à 16 mois, les croquettes seront mises en accès facilité directement dans la cage. Basé sur une expérience de 15 ans, nous n’attendons pas davantage de mort spontanée chez nos lignées transgéniques. L’analyse statistique des courbes de survie des souris GAA KO comparées à celles des WT entre 2016 et 2023 ne montre pas de différence significative de survie.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.

Spécisme et expérimentation animale

Réponse du laboratoire :

Le projet s’inscrit dans un contexte de maladie de Pompe (glycogénose de type 2) et la souris GAA-KO 6neo/6neo de fond génétique C57Bl6J/129Sv est le modèle murin de la maladie internationalement utilisé. L’âge à la reproduction étant entre 2 et 6 mois et la durée maximale de mise en reproduction étant de 7 portées, les reproducteurs pourraient être mis à mort au plus tard à l’âge de 12 mois. Les animaux nés et n’entrant pas au maintien des lignées, aux projets autorisés et aux projets à venir pourront être intégrés aux projets avec prélèvements terminaux hors procédures ou mis à mort si surnuméraires. Les animaux en vieillissement pourront être conservés jusqu’à 30 mois en ayant un suivi quotidien de leurs évolutions et en réalisant un bilan de santé aux âges de 18, 24, 27 et 30 mois.