
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 01/07/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-411157)
24 des 80 microcèbes seront tués pour prélever leur cerveau et y chercher des traces de formation de nouvelles cellules nerveuses, les 56 autres retournant dans la population captive où ils pourront être réaffectés à d’autres projets, dans des procédures d’un niveau de souffrance léger. Pendant cinq mois ils reçoivent des régimes alimentaires différents, dont un régime enrichi en graisses servi pendant leur phase de repos diurne, avec prélèvements sanguins toutes les deux semaines, mesures du métabolisme, de la composition corporelle et tests cognitifs. Cinq jours de calorimétrie en cage individuelle interrompent l’hébergement en groupe, les seuls contacts restants étant vocaux et visuels. Le porteur retient cette espèce pour sa proximité phylogénétique avec l’être humain et pour sa flexibilité métabolique, un microcèbe pouvant varier de 10 % de son poids en une semaine sans que cela soit considéré comme pathologique.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Les mammifères présentent un rythme circadien de 24 heures, permettant de synchroniser les fonctions biologiques aux variations environnementales, notamment l’alternance jour/nuit. Cette synchronisation repose sur l’interaction entre l’horloge centrale et les horloges périphériques, et est principalement régulée par la lumière. La régulation du métabolisme est fortement dépendante de cette coordination pour maintenir l’homéostasie énergétique. Cependant, la pollution lumineuse et/ou des rythmes alimentaires irréguliers peuvent perturber cette synchronisation, induisant un désalignement entre horloges centrale et périphériques. La lumière artificielle nocturne inhibe la sécrétion de mélatonine, perturbant le rythme veille/sommeil et les horloges métaboliques (foie, muscles). Ces désynchronisations augmentent le risque de troubles métaboliques, surtout lorsqu’elles sont combinées à une prise alimentaire durant la phase de repos. La flexibilité métabolique dépend des horloges circadiennes, qui optimisent les processus métaboliques selon le cycle jour/nuit, et apparaît comme un facteur clé de prévention des déséquilibres métaboliques. Elle pourrait prévenir l’apparition de troubles associés à la consommation d’un régime riche en graisses, ou à des heures non conformes au rythme endogène. Cette hypothèse sera testée chez un primate omnivore nocturne qui présente une grande flexibilité métabolique associée à un jeûne comportemental diurne strict. En désynchronisant l’accès à la nourriture du rythme endogène de cet animal (nourrissage de jour pendant la période de repos diurne), nous allons vérifier si sa flexibilité métabolique naturelle prévient l’apparition de troubles métaboliques et cognitifs, même avec un régime enrichi en graisses, contrairement à ce qui est observé chez les rongeurs.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Nos résultats permettront d’évaluer la flexibilité énergétique d’un primate omnivore face aux variations de son régime alimentaire et d’une perturbation du rythme d’alimentation. Ce projet nous permettra de mieux formaliser les relations entre rythmes biologiques, alimentation, métabolisme et fonction cérébrale chez un modèle connu pour sa très grande flexibilité métabolique, chez qui une exposition à un régime enrichi en graisse n’induit pas de troubles métaboliques ou cognitifs, comme observé chez le rongeur.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Tous les animaux de ce projet (N=80) seront exposés à différents régimes alimentaires pendant 5 mois et seront exposés à des prélèvements sanguins réguliers (toutes les 2 semaines), des mesures de leur taux métaboliques, de leur composition corporelle et de leurs capacités cognitives.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les possibles effets indésirables attendus résident surtout dans les troubles métaboliques qui pourraient apparaître avec la combinaison d’un régime enrichi en graisses avec un décalage des horaires de prise alimentaire par rapport au rythme circadien naturel de l’animal. Néanmoins, le régime enrichi en graisses a déjà été testé dans un précédent projet et n’a pas induit de troubles physiologiques et cognitifs, même après 5 mois. Le suivi des paramètres sanguins (glycémie et acides gras circulants) ainsi que des indices comportementaux au quotidien (signes de prostration, absence d’alimentation, symptômes apparents de gêne ou de douleur, agressivité, surléchage, etc) permettront de s’assurer du maintien du bien-être des animaux. A cet égard, le microcèbe se caractérise par une très grande flexibilité métabolique; nous faisons l’hypothèse que les changements de régime alimentaire ne devraient pas affecter sur le long-terme l’état de santé des animaux. Nous précisons toutefois que les volumes et fréquences prévues sont très en deçà des volumes maximaux recommandés.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
A l’issue de l’unique procédure de ce projet qui sera appliquée sur une durée de 5 mois, 56 animaux seront maintenus en vie et retourneront dans la population captive et pourront éventuellement être réutilisés pour d’autres projets en fonction de la compatibilité des procédures. Les 24 autres animaux seront seront euthanasiés dans le but de réaliser des prélèvements de tissus fixés, en particulier pour évaluer par marquage immunohistochimique les effets des régimes alimentaires sur certains processus cérébraux (formation de nouvelles cellules nerveuses par exemple.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Le recours aux animaux se justifie pleinement et ne peut être remplacé car les études physiologiques portant sur des influences métaboliques ne peuvent être réalisées que chez des animaux vivants, dans un système intégré. Par conséquent, l’impact du régime enrichi en graisses et de la synchronisation/désynchronisation de la prise alimentaire avec le cycle circadien de l’animal sur ses capacités cognitives ne sera observable qu’en réalisant des tests de mémoire sur animaux vivants. De même, nous ne pouvons pas mimer la flexibilité métabolique in vitro ou ex vivo, il est donc nécessaire d’utiliser l’animal dans son entier.
2. Réduction
Pour la majorité des tests effectués dans l’étude (mesure des paramètres sanguins, urinaires, métaboliques, comportementaux et cognitifs), et afin de répondre à l’exigence de réduction du nombre d’animaux, un nombre de 10 animaux adultes par sexe et par groupe expérimental a été déterminé pour assurer un pouvoir statistique suffisant, prenant notamment en compte la variabilité interindividuelle. Pour les mesures immunohistochimiques, nécessitant le recours au sacrifice des animaux, le nombre d’animaux nécessaires a été réduit à 3 par condition expérimentale (N=24 au total), ce qui est classiquement réalisé dans ce type d’étude et permet d’atteindre des seuils statistiques satisfaisants afin de déceler des effets entre les groupes expérimentaux, notamment pour les processus comme la neurogenèse.
3. Raffinement
Le but de cette étude étant de caractériser l’impact du régime alimentaire sur la physiologie et les capacités cognitives, une grande attention sera portée au maintien des conditions optimales pour le bien-être des animaux en essayant d’être le moins intrusif possible et donc d’observer les animaux dans les conditions les plus physiologiques possibles. Dans cette optique, les animaux seront maintenus en groupe durant la majeure partie de l’étude (et non isolés comme il est souvent le cas dans les protocoles de suivi du régime alimentaire) et dans leurs pièces d’animalerie respectives pour réduire le stress. Cela ne sera pas le cas lors des périodes de calorimétrie indirecte pendant lesquelles les animaux seront hébergés dans des cages individuelles pendant 5 jours, permettant néanmoins des interactions vocales et visuelles. Les animaux bénéficieront donc d’un environnement familier et enrichi selon les pratiques habituelles de l’animalerie. L’ensemble des procédures expérimentales appliquées a été raffiné au cours des dernières années afin de limiter le stress et le mal-être des animaux, en étant notamment pratiquées par des opérateurs expérimentés. Tous les animaux seront surveillés quotidiennement afin de s’assurer du bien-être des animaux utilisés. Pour cela, des indicateurs comme le poids de l’animal, la prostration, l’absence d’alimentation, des symptômes apparents de gêne ou de douleur (irritations, etc) ou enfin des troubles du comportement (agressivité, sur-léchage, etc) sont particulièrement suivis. En particulier, chez cette espèce saisonnière, les variations de poids peuvent aller jusqu’à 10% en une semaine. Une perte de poids sera considérée comme pathologique à partir du moment où ce seuil sera dépassé. Dans ce cas, en accord avec la SBEA, l’animal est retiré de l’expérience et on s’assure qu’il récupère correctement (reprise de poids); si tel n’est pas le cas, on procède à l’euthanasie après concertation avec le vétérinaire référent.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Outre sa proximité phylogénétique avec l’Homme, l’espèce utilisée dans ce projet est particulièrement adaptée à l’étude des mécanismes impliqués dans la flexibilité métabolique. En effet, cette espèce hétérotherme (capable d’exprimer des phases d’hypométabolisme – torpeurs journalières – pour économiser pour économiser de l’énergie) est capable d’ajuster son métabolisme en fonction de la disponibilité alimentaire, comme c’est le cas dans son milieu naturel (variation en qualité et quantité du régime alimentaire au cours de l’année). Par ailleurs, cette espèce exprime une rythmicité circadienne et circannuelle très robuste avec des phases d’activité et de repos très marqués. C’est donc un excellent modèle pour explorer les liens entre horloges biologiques, métabolisme et fonction cérébrale. Toutes les procédures du projet se feront sur des animaux ayant atteint l’âge adulte (entre 2 et 5 ans) pour ne pas perturber la courbe de croissance des animaux et ne dépassant pas la demi-vie de l’espèce afin de ne pas introduire de variabilité à nos mesures qui pourrait être causée par le processus de vieillissement.