
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 03/07/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-009056)
2 998 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance sévère. Elles sont gavées trois fois à une semaine d’intervalle avec des salmonelles atténuées, puis une fois avec la souche sauvage, reçoivent des injections intrapéritonéales de bioparticules et des prises de sang, dont certaines par ponction rétro-orbitaire. Une partie voit ses pattes arrière irradiées sous kétamine et xylazine, le reste du corps protégé par un écran de plomb, avant de recevoir une greffe de moelle osseuse. Le porteur prévoit perte de poids, pelage hirsute, yeux larmoyants, posture voûtée, prostration et anorexie, et note qu’une mortalité aiguë peut survenir sans aucun signe clinique préalable.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Salmonella enterica est une bactérie intracellulaire qui infecte les humains et les animaux et constitue une menace majeure pour la santé publique, étant l’une des principales causes de maladies d’origine alimentaire dans le monde. De la gastro-entérite auto-limitée à la bactériémie mortelle, chaque année elles touchent plus d’un milliard de personnes. L’augmentation des résistances aux antibiotiques souligne le besoin urgent de nouvelles stratégies, notamment de vaccins, dont il n’existe actuellement aucun pour les souches non typhiques. Les cellules dendritiques plasmacytoïdes (pDC) sont des cellules immunitaires innées reconnues pour leur rôle dans les réponses antivirales. Cependant, leur contribution à la défense contre les bactéries a été sous-estimée et reste peu comprise. Nos travaux récents montrent que Salmonella peut activer ces cellules et induire une inflammation. Dans ce projet, nous utiliserons un modèle murin pour comprendre comment ces cellules contribuent à la défense contre Salmonella et comment elles peuvent participer à la réponse immunitaire après vaccination. Nous déterminerons d’abord leur fréquence, leur activation et leur statut métabolique lors de l’infection. Ensuite, nous évaluerons le rôle des pDC dans les réponses antibactériennes in vivo, présentant un déficit sélectif de ces cellules, ainsi que l’importance de certains récepteurs pour cette réponse. Nous utiliserons également deux plateformes vaccinales afin de comparer comment les pDC contribuent à l’immunité protectrice selon différents modes d’activation immunitaire, depuis la stimulation induite par le pathogène jusqu’à la délivrance d’antigènes via des micro-technologies.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les infections bactériennes chroniques représentent un fardeau majeur pour la santé publique, avec des niveaux élevés de morbidité et de mortalité, ainsi que des impacts économiques et sociaux importants. L’absence de vaccins efficaces et la dépendance actuelle aux antibiotiques rendent le contrôle de ces maladies particulièrement difficile. Le développement de stratégies visant à stimuler la réponse immunitaire de l’hôte constitue une approche prometteuse pour améliorer la protection contre les infections, comme la salmonellose, tout en réduisant les effets secondaires et la durée des traitements antibiotiques. Ce projet permettra d’identifier de nouveaux mécanismes et cibles pour développer des stratégies alternatives renforçant l’immunité contre les bactéries intracellulaires, avec pour objectif ultime de réduire l’infection et d’améliorer la santé publique. Salmonella sera utilisé comme pathogène modèle, avec la possibilité d’étendre cette approche à d’autres bactéries intracellulaires d’intérêt médical. Ces travaux ont des implications thérapeutiques importantes, notamment face à la hausse des souches bactériennes multirésistantes. En outre, considérant la salmonellose comme une maladie zoonotique, les résultats pourraient également être pertinents pour la médecine vétérinaire, s’inscrivant dans le concept One Health qui favorise une approche intégrée de la santé humaine et animale pour une meilleure prévention et prise en charge des maladies. Enfin, l’analyse fonctionnelle et phénotypique des pDC lors d’infections bactériennes intracellulaires est encore très limitée. Ce projet sera l’une des premières études à explorer le rôle des pDC murines au cours d’une infection bactérienne intestinale, avec un objectif mécanistique clair.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux ne seront pas soumis à des procédures chirurgicales. 1- Le gavage des souris sera effectué avec les salmonelles selon le schéma expérimental suivant : pour l’immunisation avec les salmonelles atténuées, l’administration sera réalisée trois fois, à une semaine d’intervalle, tandis que le challenge avec la souche sauvage sera effectué une seule fois sur des souris vigiles. Les gavages seront pratiqués sur souris vigiles pour maintenir le réflexe de déglutition 2- L’injection intrapéritonéale des biopuces (10 secondes par injection) sera réalisée une à trois fois, à une semaine d’intervalle, sur des souris vigiles. 3- Dans certaines expériences, nous préleverons du sang chez les souris immunisées ou infectées. Cela sera réalisé une fois par semaine dans le cadre du schéma d’immunisation, et une seule fois chez les souris infectées, juste avant mise à mort, sur des animaux anesthésiés sous gaz (isoflurane). 4- Pour certains expériences, les pattes arrière des souris dépourvues de pDC sont irradiées, tandis que le reste du corps est protégé par un écran en plomb (« shield »). Les souris « shield » sont préalablement anesthésiées sous kétamine et xylazine afin d’éviter tout mouvement pendant l’irradiation. Une fois l’irradiation terminée, les souris sont immédiatement reconstituées par injection intraveineuse avec les cellules de moelle osseuse du donneur.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les effets indésirables de courte durée attendus (incluent le stress, un inconfort léger et la douleur modérée) sont les anesthésies sous gaz nécessaires à l’injection des biopuces, aux prélèvements rétroorbitaux ainsi qu’aux injections intrapéritonéales et gavages sur des souris vigiles. Dans des études précédentes, nous avons démontré que l’injection de ces bioparticules n’induit aucun effet nuisible et est bien tolérée. Le procédé de génération de chimères de moelle osseuse est considéré comme présentant un niveau de douleur léger. Pour la procédure impliquant une infection par les salmonelles, les symptômes classiques de la maladie chez la souris, seront observés chaque jour dès le début de l’infection (signes extérieurs : perte de poids, pelage hirsute, yeux tirés larmoyants, posture voûtée, dos rond, prostration, anorexie). Une mortalité aiguë peut survenir sans signes cliniques dans les infections fulminantes chez les individus très sensibles.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront mis à mort à la fin de chaque procédure et les tissus d’intérêt seront prélevés en vue d’analyses immunologiques (cytométrie en flux, mesure des cytokines et des anticorps), moléculaires (séquençage de l’ARN en cellule unique (scRNA-seq)) et microbiologiques (charge bactérienne).
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Des expériences in vitro utilisant des cellules immunitaires primaires sont systématiquement réalisées afin d’évaluer les mécanismes d’activation des pDC, ainsi que la cytotoxicité, l’activation cellulaire et les doses optimales des biopuces ICARO. Ces approches in vitro et ex vivo permettront de réduire de manière substantielle le nombre d’animaux nécessaires pour le projet. Cependant, l’évaluation de l’efficacité protectrice et des corrélats immunitaires de cette stratégie vaccinale innovante, ainsi que l’étude de la dynamique des réponses des pDC lors d’une infection par Salmonella, nécessite l’utilisation d’un modèle murin entier, reproduisant fidèlement l’infection systémique et l’immunité de l’hôte observées chez l’homme (recherche préclinique). Des expériences in vitro supplémentaires avec des pDC humaines et des lignées cellulaires sont également développées au sein de notre équipe afin d’étudier la biologie des pDC et les mécanismes sous-jacents, ce qui réduira drastiquement le nombre de souris nécessaires dans le cadre de ce projet.
2. Réduction
Le projet est organisé de façon à réduire au strict nécessaire le nombre de tests et donc de souris utilisées. Par exemple, chaque souris permet l’analyse de différents organes (par exemple : plaques de Peyer, lamina propria, ganglions lymphatiques mésentériques, rate, foie), maximisant ainsi les informations obtenues. De plus, Les procédures correspondant à l’étude des mécanismes moléculaires (génération de souris chimères SBMC et analyse de l’effet de la délétion de gènes candidats dans les pDC) ne sera réalisée que si les résultats des étapes précédentes sont positifs, pour l’analyse du rôle des pDC au cours de l’infection par Salmonella et lors des réponses immunitaires induites par un vaccin vivant atténué ou par des biopuces, évitant ainsi l’utilisation inutile d’animaux. L’utilisation de souris de fond génétique pur réduit la variabilité interindividuelle et permet de constituer des groupes expérimentaux de taille réduite comparé à des fonds génétiques mixtes. Le nombre estimé de souris nécessaires à ce projet a été calculé à l’aide de méthodes statistiques validées afin d’obtenir une puissance statistique. Ce calcul inclut le regroupement d’échantillons pour les analyses transcriptomiques ainsi que la réalisation de mesures multiples par animal afin de réduire le nombre total de souris utilisées.
3. Raffinement
Afin de limiter leur stress, les souris seront acclimatées à leur nouvel environnement pendant une semaine avant toute expérimentation. Elles seront hébergées dans des cages de 530 cm² avec la nourriture et l’eau fournies à volonté. Des dômes et du papier seront mis à disposition dans chaque cage pour enrichir le milieu. La température, l’hygrométrie et la photopériode de l’animalerie sont contrôlées et régulées. Les souris seront anesthésiées à l’isoflurane pour réaliser les injections des biopuces et les prélévements sanguins rétroorbitaux. Lors des expériences d’injection des biopuces et d’infection par les salmonelles sur les animaux vaccinés ou non avec les biopuces, le poids et l’apparition des symptômes de la salmonellose seront suivis quotidiennement en fin de journée afin de respecter le cycle de sommeil de la souris. Le score de souffrance animale sera calculé à l’aide d’une grille de scoring, en fonction des points limites des 4 catégories suivantes : apparence générale (absence de toilettage, poils hirsutes, dos rond, yeux mi-clos), prise alimentaire et poids corporel, détection de signes cliniques (difficulté respiratoire plus ou moins importante) et comportement général (mouvements ralentis, isolement, atonie, prostration). Les points limites ont été définis dans chaque procédure. De la nourriture en pâte sera aussi fournie directement dans la cage pour aider à l’alimentation des animaux affaiblis. Suivant les cas des mesures complémentaires seront prises en concertation avec le SBEA et le vétérinaire référent. Tout le personnel impliqué sera formé et autorisé à la manipulation des animaux ainsi qu’au suivi de leur bien-être. L’utilisation d’animaux génétiquement modifiés préalablement caractérisés constitue une approche pertinente pour affiner les études animales, car elle permet d’éviter l’utilisation de médicaments destinés à bloquer un processus biologique susceptible d’entraîner des effets secondaires imprévus.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
En raison de la nature et de la complexité des interactions cellulaires au cours des réponses immunitaires, le recours à un modèle organisme est indispensable pour approfondir nos connaissances des réponses des pDC. Le modèle murin est le modèle idéal pour effectuer les expérimentations prévues dans ce projet. Son infection orale par Salmonella enterica Typhimurium est en effet connue pour mimer une infection systémique par les salmonelles chez l’homme et est donc idéale pour évaluer le rôle fonctionnel des cellules immunitaires in vivo et leur impact sur l’efficacité vaccinale dans un modèle préclinique. Le modèle murin permet également d’étudier les réponses immunitaires spécifiques aux antigènes bactériens et modèles utilisés dans le cadre de ce projet et d’analyser précisément les populations immunitaires et leur état d’activation, grâce au grand nombre d’anticorps disponibles sur le marché pour cette espèce. Afin de limiter les variations expérimentales qui seraient dues à des différences d’âge, les souris seront utilisés à l’âge adulte entre 6 et 8 semaines. Cet âge est suffisant pour que le système immunitaire soit mature et que les animaux soient de taille suffisamment grand pour faciliter les manipulations requises pour la procédure.