Des universités irlandaises font expérimenter à l’étranger, l’Inde allégerait son contrôle
Revue de la semaine, du 3 au 9 octobre 2026.
En Irlande, une enquête montre que deux universités font mener à l’étranger des expériences qui échappent aux statistiques du pays. L’Inde prépare un contrôle allégé des expériences, et la Corée du Sud publie ses chiffres de l’expérimentation animale, avec 14,91 millions d’animaux utilisés en cinq ans.
Au sommaire
- Deux universités irlandaises font mener des expériences à l’étranger
- L’Inde prépare un contrôle allégé des expériences
- 14,91 millions d’animaux utilisés en Corée du Sud en cinq ans
- Séoul propose un test sur du foie humain, Washington lance un concours
- À MBR Acres, des chiens emmenés, une arrestation et un cordon de police
- Une initiative allemande du secteur prime six établissements pour leur communication
- Le Gircor mesure l’opinion sur les insectes en laboratoire
- En bref
Contrôles, manquements et sanctions : deux universités irlandaises font mener des expériences à l’étranger
Des expériences commandées par deux universités irlandaises échappent aux chiffres de l’Irlande.
Le site irlandais The Journal a établi que l’université de Galway et le Royal College of Surgeons in Ireland (RCSI), université de médecine, ont fait mener au moins 17 séries d’expériences sur des animaux hors d’Irlande depuis 2020. Ces expériences ont eu lieu aux États-Unis, en Inde, en Malaisie et au Royaume-Uni. Des souris y ont eu la peau comprimée entre des aimants, et des chinchillas les tympans perforés. Galway a versé 417 611 euros à sept organisations étrangères, et une partie de ces études a reçu des fonds publics. Mais le régulateur irlandais confirme que la loi ne s’applique qu’en Irlande, et ces animaux n’entrent pas dans les statistiques du pays.
Mise en perspective. L’Irlande ne recense dans ses statistiques que les expériences menées sur son sol, si bien que les souris et les chinchillas de ces études n’y apparaissent pas. Une baisse du nombre d’animaux déclarés par l’Irlande pourrait donc venir d’expériences déplacées à l’étranger.
Décisions politiques et réglementaires : l’Inde prépare un contrôle allégé des expériences
En Inde, la plupart des expériences sur des animaux, y compris sur des chiens et des singes, sortiraient du contrôle national.
Le ministère indien chargé de l’élevage a publié un projet de règles qui classe les expériences en quatre niveaux selon la douleur ou le dommage infligés, rapporte The Economic Times. Les comités des établissements pourraient ainsi autoriser les expériences légères et modérées, induction de tumeurs comprise. Seules les expériences sévères, ou sans réveil (l’animal est tué sous anesthésie), resteraient soumises au comité national, alors qu’aujourd’hui toute expérience sur des chiens, des cochons ou des singes passe par lui. Selon le journal, le projet répond aux plaintes de l’industrie et des instituts sur les délais d’autorisation. Le texte impose aussi aux comités de rendre compte au comité national, et prévoit de rendre contraignante la règle des 3R : remplacer, réduire et raffiner l’usage des animaux.
Mise en perspective. Malgré l’obligation de rendre compte au comité national et les 3R inscrits dans le texte, une expérience modérée sur des chiens ou des singes, comme l’induction d’une tumeur, ne serait plus examinée hors de l’établissement qui la mène. C’est un recul du contrôle de l’expérimentation animale.
Chiffres : 14,91 millions d’animaux utilisés en Corée du Sud en cinq ans
Le ministère sud-coréen de la Sécurité des aliments et des médicaments a transmis ses données à la députée Nam In-soon, du Parti démocrate, et elles ont été publiées le dimanche 4 octobre, journée mondiale des animaux, rapporte Herald Corp. En cinq ans, 14,91 millions d’animaux ont été utilisés en expérimentation dans le pays, dont 13,37 millions de souris, 1,01 million de rats, 244 383 cochons d’Inde, 108 150 lapins et 29 552 chiens.
En 2025, le nombre de primates utilisés a augmenté de 52,1 %, et celui des animaux utilisés pour les cosmétiques de 29,9 %, malgré l’interdiction de ces tests en vigueur depuis 2017. La députée demande qu’on cherche la cause de ces hausses et qu’on vote une loi qui soutienne les méthodes non animales.
Mise en perspective. Herald Corp ne précise ni ce que couvre l’interdiction de 2017, ni combien d’animaux représentent les hausses chez les primates et dans les cosmétiques. On ne peut donc pas savoir si l’interdiction est contournée ou si ces tests lui échappent.
Méthodes non animales : Séoul propose un test sur du foie humain, Washington lance un concours
Séoul et Washington proposent ou financent des méthodes non animales.
En Corée du Sud, une responsable de l’institut public d’évaluation des médicaments signe une tribune dans le Seoul Economic Daily. La responsable y écrit que son pays proposera à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) un test de toxicité sur des organoïdes de foie, de petits tissus humains cultivés.
Les instituts nationaux de santé étatsuniens (NIH) ont lancé fin septembre Qu-Safe, un concours doté de 7 millions de dollars pour mesurer la toxicité par des méthodes non animales. Nicole Kleinstreuer, directrice adjointe des NIH, le présente à Fierce Biotech, et dit vouloir éviter que les tests sur des animaux cessent du jour au lendemain.
Mise en perspective. Ni la responsable coréenne ni les NIH n’annoncent d’échéance pour remplacer les expériences sur des animaux, si bien que, pour l’instant, ces méthodes s’ajoutent à ces expériences.
Mobilisations : à MBR Acres, des chiens emmenés, une arrestation et un cordon de police
À MBR Acres, élevage de beagles pour les laboratoires, des chiens ont été emmenés lors d’une intrusion, selon la police, qui a encerclé le campement de protestation.
À l’appel de Save The Dogs UK, plus de 200 personnes ont marché le samedi 26 septembre de la gare de Huntingdon, dans le Cambridgeshire, jusqu’à l’élevage, soit 5 miles (8 km), rapporte le Hunts Post.
Dans la nuit du mardi 29 septembre, la police a arrêté une femme de 43 ans soupçonnée de cambriolage, rapporte Peterborough Matters, mais le média ne précise pas où se trouvent les chiens emmenés. Le mardi 6 octobre au soir, selon le Hunts Post, un cordon de police entourait sans motif annoncé Camp Beagle, le campement installé devant l’élevage depuis 2021. MBR Acres, de son côté, affirme dans ce journal élever des chiens pour des tests de sécurité exigés par la réglementation.
Positions : une initiative allemande du secteur prime six établissements pour leur communication
L’initiative allemande Tierversuche verstehen (Comprendre l’expérimentation animale) a fêté ses dix ans à Berlin les 1er et 2 octobre, annonce son site. Cette initiative défend l’expérimentation animale auprès du public au nom des grands organismes de recherche allemands. Ses 131 membres signent une déclaration dans laquelle ils affirment, selon l’initiative, qu’un remplacement complet des expériences sur des animaux n’est pas en vue. Six de ces membres reçoivent cette année son label de communication exemplaire. La page du label ne détaille pas de critères d’attribution, et renvoie aux textes qui motivent chaque prix.
Le mardi 6 octobre à Magdebourg, l’European Animal Research Association (EARA), lobby européen de l’expérimentation animale, a présenté les projets de sortie de plusieurs pays comme une menace pour la recherche européenne, selon son compte rendu.
Mise en perspective. Tierversuche verstehen récompense ce que les établissements choisissent de montrer. Deux des six textes qui motivent le label cette année saluent la publication des statistiques d’animaux utilisés, mais la page ne fait pas de la baisse du nombre d’animaux ou de la gravité des procédures une condition d’attribution.
Éthique : le Gircor mesure l’opinion sur les insectes en laboratoire
Le Gircor, lobby français de l’expérimentation animale inscrit au registre de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, publie le mardi 6 octobre un entretien. Virginie Courtier, directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), y parle des insectes en laboratoire, dont les drosophiles, et explique qu’environ 60 % des gènes des drosophiles ont un équivalent chez l’humain.
Le Gircor cite un sondage Ipsos bva mené avec lui en septembre 2025, selon lequel 22 % des personnes interrogées s’opposent à l’utilisation d’insectes en recherche, et ajoute qu’il faut trouver le compromis qui satisfasse le plus grand nombre.
Mise en perspective. Le Gircor appelle à apporter aux insectes « un bien-être le plus optimal possible », mais il traite leur utilisation comme une affaire d’opinion. Quant au décompte européen, qui exclut les invertébrés autres que les céphalopodes, comme les pieuvres et les calmars, il ne permet pas de savoir combien d’insectes sont utilisés.
En bref
- Agence étatsunienne du médicament. L’agence a publié le 22 septembre une règle qui range les expériences sur des animaux parmi les études non cliniques, sans les interdire, et elle affirme que ce texte n’impose aucun nouveau test, selon The National Law Review et PharmTech. La règle doit entrer en vigueur le 4 février 2027, sauf si des objections importantes, déposées pendant la consultation ouverte jusqu’au 7 décembre, conduisent l’agence à la retirer.
- Inde. Une association de protection animale et le patronat proposent un centre national des méthodes non animales, rapporte ThePrint.
- Royaume-Uni. Le 6 octobre, Londres charge l’agence UK Research and Innovation de trouver d’ici 2027 comment financer les méthodes non animales, selon Research Professional News.
- Pennsylvanie. Une commission adopte un texte qui interdirait la vente de cosmétiques testés sur des animaux et prévoirait que les chiens et les chats utilisés soient proposés à l’adoption, rapporte ABC27.
- Massachusetts. People for the Ethical Treatment of Animals (PETA) poursuit deux campus de l’université de l’État pour connaître les membres de leurs comités d’expériences, selon Western Mass News.
- Illinois. White Coat Waste Project, qui combat le financement public de l’expérimentation animale, dénonce une subvention des NIH à une étude menée avec un institut russe, où des renards sont tués.
- Marine étatsunienne. Quatre élus démocrates, dont Veronica Escobar, demandent à la Marine quelles méthodes non animales elle a envisagées pour des expériences de décompression où de jeunes cochons sont morts, d’après le communiqué de l’élue.
- Allemagne. La commission des pétitions du Bundestag doit tenir le 12 octobre une audition publique sur la pétition de Médecins contre l’expérimentation animale, dirigée contre un projet de loi et close avec un nombre record de signatures, selon l’association.
- Contrats. L’American Type Culture Collection, fournisseur de cellules, obtient trois contrats fédéraux, dont un contrat de 4,2 millions de dollars pour un poumon sur puce, selon The Manila Times.
- Témoins virtuels. Dans Drug Discovery & Development, une vétérinaire de Charles River, l’une des plus grandes entreprises mondiales à mener des études sur des animaux et à en vendre aux laboratoires, explique que l’entreprise travaille à remplacer les animaux témoins, qui ne reçoivent pas le produit testé, par les données d’animaux utilisés dans des études antérieures.
- Toulouse. Le centre hospitalier universitaire dit réduire les expériences sur des animaux, sans chiffre ni échéance, dans Bioface, son programme de reconstruction des os du visage chez des patients atteints d’un cancer de la bouche.