Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.
En bref (résumé court généré par IA)

Les souris utilisées portent une modification génétique qui reproduit le syndrome d’Ondine et les empêche de respirer normalement, ce qui les expose à des épisodes d’hypoxie dès les premiers jours de vie. 2 028 souris vont être utilisées, 1 008 dans des procédures impliquant un niveau de souffrance sévère et 1 020 un niveau léger. Les nouveau-nés sont anesthésiés sur de la glace, séparés de leur mère, injectés, puis placés deux fois par semaine trente minutes dans une enceinte où l’air est enrichi en dioxyde de carbone, et les femelles gestantes reçoivent une injection. Toutes sont tuées pour prélèvement d’organes, au terme de tests portant sur cinq molécules mises au point par une société privée.

NTS-FR-011510v1
Types de recherche
· Recherche appliquée · Troubles nerveux · Troubles respiratoires ·
Mots-clés
Syndrome d'Ondine, Phox2b
Souris : 2028

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).

Dans quel but fait-on ça ?

Réponse du laboratoire :

Dans le syndrome d’Ondine (encore appelé syndrome d’hypoventilation centrale congénitale), les patients présentent un dysfonctionnement central du contrôle nerveux responsable de la respiration automatique. Cela se traduit notamment par leur incapacité à respirer de façon autonome notamment durant les périodes de sommeil, nécessitant une assistance ventilatoire qui leur est vitale. Nommée en référence à la nymphe d’Ondine de la mythologie grecque, le syndrome d’Ondine est une maladie génétique rare dont l’incidence est de 1 pour 200 000 naissances vivantes en France et la prévalence estimée à 1/550 000. La caractérisation d’un nouveau modèle murin du syndrome d’Ondine a été réalisée sous une précédente autorisation de projet. Sa proximité physiopathologique avec l’Homme nous permet maintenant de l’utiliser comme un modèle préclinique en collaboration avec une société qui développe des traitements novateurs pour des patients souffrant de maladies neurologiques sévères. Notre expérimentation consistera à évaluer l’efficacité de nouvelles molécules candidates mises au point en s’appuyant sur l’analyse de la survie et la comparaison de paramètres respiratoires entre deux lots d’animaux : animaux modèles du syndrome d’Ondine traités ou non

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).

Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ?

Réponse du laboratoire :

Les souris modèles du syndrome d’Ondine récaptitulent le phénotype des patients. La stimulation pharmacologique, via les molécules candidates, pourrait potentiellement améliorer la respiration de ces souris nouveau-nés, juvéniles ou adultes en restaurant une réponse à l’hypercapnie. Si une molécule candidate est efficace, nous souhaitons décrypter son mécanisme d’action au niveau de la commande centrale respiratoire. Nous souhaitons également investiguer ce mécanisme selon l’âge car certaines souris modèles du syndrome d’Ondine survivent et récupèrent naturellement une faible réponse à l’hypercapnie. In fine, les données obtenues devraient permettre de mieux comprendre la pathologie et son mode d’action. Les éléments observés chez l’animal (dans des conditions non réalisables chez l’Homme) devraient constituer un socle de connaissances pour aider à la prise en charge de patients atteints du syndrome d’Ondine.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).

Le droit d'accès aux documents

Réponse du laboratoire :

Les nouveaux nés seront soumis à une anesthésie sur glace (1 fois, environ 5 min), des injections (une ou plusieurs fois, à déterminer selon l’effet des molécules), – les enregistrements respiratoire en condition normales ou d’air enrichi en CO2 (30 min, 2 fois par semaine), – Les femelles gestantes recevront une injection intra péritonéale ou sous cutanée (une seule fois, moins d’une minute)

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.

Les animaux souffrent-ils ?

Réponse du laboratoire :

Les nuisances pour les P0-P5 sont : -hypoxie du au phenotype dommageable – du stress lié à la séparation de la mère, à l’induction de l’anesthésie, aux injections et aux enregistrements pléthysmographiques – de la douleur légère et ponctuelle liée aux injections Les nuisances pour les adultes sont un stress et une douleur légers et ponctuels liés aux injections.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.

Peut-on parler d'éthique en expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Tous les animaux seront mis à mort pour prélèvement d’organes.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.

Comment avancer vers la fin de l'expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Notre projet consiste en l’étude de traitements pharmacologiques sur une pathologie néonatale qui ne peut être reproduit en culture cellulaire car nous travaillons sur le système respiratoire. L’effet ainsi que la toxicité des molecules a déjà été vérifié au niveau cellulaire et doit maintenant être testé sur un système complexe vivant.

2. Réduction

Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.

Qui est concerné ?

Réponse du laboratoire :

Notre projet testera l’efficacité de 5 molécules prometteuses, sélectionnées parmi plusieurs molécules candidates. Nous avons choisi la technique d’analyse de la respiration permettant d’enregistrer les animaux longitudinallement et donc de réduire le nombre d’animaux. Par ailleurs, nous avons utilisé une approche statistique pour définir le nombre d’animaux utilisés dans notre projet.

3. Raffinement

Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.

La réglementation est-elle « très stricte » ?

Réponse du laboratoire :

L’hébergement est adapté aux besoins physiologiques des animaux et permet l’expression de leur gamme normale de comportements. Les souris sont hébergées dans des cagescomprenant 2 enrichissement différents (dôme et bandelettes de cartons), eau et nourriture ad libitum. Après injection, un suivi rigoureux et précis sera réalisé, les nouveau-nés injectés seront mis sur un tapis chauffant et seront séparés le moins de temps possible de leur mère. Les femelles gestantes seront manipulées avec douceur seront prises à l’aide de leur enrichissement et non par prise physique directe. Des points limites précoces avec un arbre décisionnel ont été établis.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.

Spécisme et expérimentation animale

Réponse du laboratoire :

Les rongeurs sont depuis de nombreuses années les espèces animales de choix pour l’étude des mécanismes associés à la genèse et à la régulation de la commande respiratoire. Les modèles de souris génétiquement modifiés permettent de modéliser les variants rencontrés chez les patients. Le modèle murin est donc actuellement le modèle le plus adapté à l’étude de cette pathologie. Dans la grande majorité des cas, le syndrome d’Ondine se révèle dès la naissance. Le diagnostic est réalisé chez le nouveau-né, dès ses premiers jours de vie. Nous souhaitons donc utiliser les souris modèles du syndrome d’Ondine dès la naissance. En effet, si une molécule candidate est efficace, notre approche sera transférable à l’homme.