
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 01/04/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-086533)
Les juments retenues sont en fin de gestation, à quelques jours du poulinage, moment où le protocole exige les prélèvements. Dix d’entre elles vont être utilisées dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Chacune subit entre 7 et 40 ponctions à la veine jugulaire, 22 en moyenne, matin et soir dans les trois jours qui précèdent la mise bas, plus des prélèvements de salive au tampon qu’elle mâchonne une dizaine de secondes. Le porteur indique que les prises de sang répétées peuvent provoquer un hématome douloureux sur une durée prolongée, et prévoit qu’après vérification vétérinaire de leur état de santé les dix juments retournent au troupeau.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Notre objectif est d’identifier un biomarqueur non invasifs du poulinage (naissance du poulain). En effet, la durée de la gestation de la jument est variable (306 à 365 jours), et la date du poulinage ne peut pas être prédite avec précision. De nombreux éleveurs souhaitent être présents lors du poulinage, qui a souvent lieu la nuit, pour réaliser rapidement les premiers soins, vérifier la prise de colostrum et alerter le vétérinaire en cas de problème. Ils sont très demandeurs d’un biomarqueur permettant de prédire la date du poulinage. A l’approche du poulinage, la concentration sanguine de plusieurs hormones varie significativement, ce qui en fait des biomarqueurs potentiels du poulinage. Afin d’éviter les prises de sang, notre objectif est de rechercher un biomarqueur du poulinage dans la salive, car les prélèvements salivaires sont non invasifs et non douloureux. Dans notre projet précédent nous avions réalisé des prélèvements de sang et de salive sur des juments en fin de gestation tous les matins dans les 7 jours qui précèdent le poulinage. Nous avions analysé les concentrations salivaires et sanguines de plusieurs hormones et nous avions montré 1) une augmentation significative des concentrations de cortisol et d’ocytocine dans le sang entre la veille du poulinage (J-1) et le jour du poulinage (J0, le poulinage a eu lieu le soir ou dans la nuit), 2) une augmentation plus faible et non significative des concentrations de cortisol et d’ocytocine dans la salive entre J-1 et J0. Notre hypothèse est que l’augmentation des concentrations salivaires a lieu plus tardivement en raison du délai de passage des hormones du sang vers la salive, et qu’elle pourrait être détectée par des prélèvements de salive matin et soir, plus proches du poulinage. L’objectif est donc de vérifier si les concentrations de cortisol et d’ocytocine dans la salive augmentent significativement à l’approche du poulinage suite à l’augmentation des concentrations dans le sang, ce qui ferait de ces hormones des biomarqueurs salivaires non invasifs du poulinage. Pour cela, nous souhaitons obtenir des prélèvements de sang et de salive sur les 10 juments gestantes de notre troupeau expérimental matin et soir dans les 3 jours précédant le poulinage et juste après le poulinage afin de suivre précisément l’évolution des concentrations autour du poulinage.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les prélèvements de sang et de salive bi-quotidiens permettront de suivre l’évolution des concentrations sanguines et salivaires des 2 hormones à l’approche du poulinage afin de vérifier s’il y a bien une augmentation significative des concentrations salivaires suite à l’augmentation significative des concentrations sanguines. Si l’une des hormones présente bien une augmentation significative des concentrations salivaires à l’approche du poulinage, elle pourra être considérée comme un biomarqueur salivaire prédictif du poulinage. Elle pourra alors être proposée aux éleveurs comme prédicteur du moment du poulinage pour qu’ils puissent assurer plus facilement une surveillance et des soins rapides qui permettront un gain éthique dans le suivi des juments et dans la santé du poulain et de sa mère. A terme, les éleveurs pourraient prélever un peu de salive sur les juments gestantes matin et soir, réaliser un test rapide du type bandelette colorimétrique, et ainsi savoir si le poulinage est proche. Si aucune des deux hormones ne présente une augmentation significative des concentrations salivaires à l’approche du poulinage, le sang et la salive restant permettront de réaliser de nouveaux dosages hormonaux afin de poursuivre la recherche de biomarqueurs non invasifs du poulinage sans refaire des prélèvements sanguins et salivaires
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Nous souhaitons obtenir des prélèvements de sang et de salive sur les 10 juments de notre troupeau expérimental matin et soir dans les 3 jours précédant le poulinage et juste après le poulinage afin de suivre précisément l’évolution des concentrations autour du poulinage. Du fait de la variabilité de la date du poulinage et de la durée de gestation, les animaux auront entre 7 et 40 prélèvements (22 prélèvements en moyenne d’après nos travaux antérieurs). La durée du prélèvement de sang est de quelques secondes. Pour le prélèvement de salive, l’animal mâchouille le tampon de la « Salivette » pendant une dizaine de secondes.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Lors des prises de sang par ponction veineuse à la jugulaire, les animaux peuvent ressentir une douleur légère de courte durée au site de prélèvement n’entrainant pas de trouble de l’état général, et un léger stress à la contention. Les prises de sang répétées peuvent provoquer un hématome qui peut être douloureux sur une durée plus longue. Lors des prélèvements de salive réalisés à l’aide du dispositif ‘Salivette’, un tampon est placé dans la bouche de l’animal qui le mâchonne et l’imbibe de salive. Les animaux peuvent ressentir un léger stress à la contention.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Après cette procédure, les animaux auront un examen vétérinaire afin de vérifier qu’ils ont pleinement recouvré leur état de santé et de bien-être, puis ils retourneront dans le troupeau.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Ce projet implique des prélèvements de salive et de sang au moment du poulinage, l’utilisation d’animaux ne peut donc pas être remplacée.
2. Réduction
Au cours du projet précédent nous avons réalisé des prélèvements sanguins et salivaires sur 10 juments et analysé les concentrations sanguines et salivaires du cortisol et de l’ocytocine, nous avons ainsi une connaissance préliminaire des concentrations et de la variabilité individuelle. Dans ces conditions, l’effectif de 10 juments est suffisant pour observer des différences significatives avec une analyse statistique adaptée.
3. Raffinement
Les juments que nous utiliserons ont bénéficié d’un entrainement pour la réalisation de prélèvements de salive et de prises de sang par ponction veineuse à la jugulaire sans stress, elles restent calmes et détendues lors des prélèvements. De plus, le personnel de l’unité expérimentale a suivi une formation pour comprendre la perception du cheval et apprendre les méthodes pour l’approcher et le manipuler sans induire de stress ou de peur. Les prélèvements sanguins seront réalisés alternativement sur les 2 veines jugulaires et à différentes hauteurs par des opérateurs expérimentés selon un mode opératoire réfléchi et clairement décrit. Après chaque prélèvement sanguin, une bombe de froid pourra être utilisée car les animaux y sont habitués, puis les animaliers caressent, grattent et parlent aux juments. Une surveillance de la zone de prélèvement sera réalisée quotidiennement. En cas d’hématome sur une veine, un baume apaisant et anti-inflammatoire sera appliqué. Les animaux seront surveillés quotidiennement. En cas de signes de maladie ou d’impact sur l’état général des animaux une intervention vétérinaire aura lieu et un traitement adapté sera mis en place. L’animal sortira du protocole si nécessaire
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Ce projet concerne des dosages hormonaux dans le sang et la salive au moment du poulinage, il est donc nécessaire de choisir l’espèce équine. Nous utiliserons des animaux adultes en fin de gestation puisque nous étudions le moment du poulinage