Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

La piroplasmose équine (PE) est une maladie vectorielle transmise par les tiques, liée à la multiplication dans le sang de deux agents étiologiques, les parasites Theileria equi et Babesia caballi. Cette infection est responsable de fortes fièvres et parfois de mortalité chez l’équidé infecté. Même traités, les chevaux infectés par T. equi restent porteurs à vie et donc sources d’infection pérennes. La PE est largement répandue en France, avec plus d’un tiers des équidés porteurs asymptomatiques le plus souvent de T. equi. La transmission vectorielle de T. equi pose question dans le contexte épidémiologique français, en raison des stades et espèces de tiques présentes sur équidés. Nous avons montré que dans les secteurs géographiques les plus touchés (Sud-Est de la France), 38% des poulains de moins de 3 ans sont déjà porteurs de T. equi. Devant ce taux élevé, nous nous sommes questionnés sur le taux de transmission verticale de la jument porteuse à son poulain, et l’avons évalué à 7,4%. Lors de cette étude, nous avons également mis en évidence la présence d’ADN de T. equi dans le colostrum sur un petit effectif de juments, laissant supposer une transmission possible par cette voie. En effet, dans ses 24 premières heures de vie, la barrière intestinale du poulain est totalement perméable, permettant le passage de cellules. Nous avons de ce fait peut-être sous-évalué le taux de transmission, mesuré alors dans les 72 premières heures de vie du poulain, pensant à une transmission trans-placentaire uniquement. Le délai de multiplication des parasites de quantité non connue potentiellement ingérés via le colostrum jusqu’à atteindre un seuil sanguin détectable pourrait dépasser les 72h, les parasites ayant un temps de génération d’une dizaine d’heures. Le projet consiste à étudier les voies de transmission verticale de la piroplasmose de la jument au poulain en conditions d’infections naturelles, et leur importance respective. Les deux sites étudiés dans le cadre de cette étude sont localisés en Corrèze (19), zone de forte endémicité pour la piroplasmose, sur lesquels la présence de cette maladie est documentée, et offrent les infrastructures et les compétences nécessaires pour le suivi des poulinages et des poulains.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Comme il n’existe pas de solutions thérapeutiques efficaces contre T. equi, prévenir l’infection est essentiel. Avec ce projet, nous souhaitons déterminer la part relative de la transmission trans-placentaire et de la transmission via le colostrum dans la transmission verticale de T. equi. Si la transmission se fait par voie placentaire seule, les moyens d’éviter ce passage sont limités. Pour le moment, nous n’avons que des suspicions sur la présence de parasites dans le colostrum, nos analyses précédentes portant sur la détection de l’ADN seul. Nous allons donc en parallèle rechercher la présence d’ARN parasitaire dans les lymphocytes présents dans le colostrum (transmission de l’immunité maternelle), ce qui est un indicateur de parasites vivants. Le développement d’une piroplasmose asymptomatique (détection d’ADN parasitaire à J5 ou J10) chez le poulain testé négatif avant prise de colostrum (J0) sera un indicateur de parasites infectants présents dans le colostrum. Une fois ce point établi, nous pourrons tester in vitro la résistance à la congélation des parasites présents dans le colostrum. La congélation est une méthode simple, assez couramment utilisée en élevage pour conserver le colostrum lors d’une saison de poulinage pour suppléer un colostrum insuffisant en quantité ou en qualité. Les éleveurs, informés du risque de transmission, pourraient n’apporter que du colostrum congelé lors des premières 24h pour limiter ou éviter la transmission à partir d’une jument qu’ils savent parasitée.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Pour les juments, une à deux prises de sang au cours du protocole auront lieu. Chaque prélèvement sanguin durera environ une minute. Un prélèvement de colostrum sera aussi réalisé. Ce prélèvement pourra prendre 1 à 2 minutes, en fonction de l’individu. Pour les poulains, trois prises de sang seront réalisées. Elles seront précédées par la mise en place d’une contention légère (environ 2 minutes) pour que le prélèvement en lui-même (environ 1 minute) soit réduit en temps et réalisé dans les meilleures conditions.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Un léger stress peut survenir pour certaines manipulations. Les prises de sang sur les poulains peuvent induire un stress dû à la contention réalisée afin de limiter la douleur au moment de l’insertion de l’aiguille. Bien que maintenir l’animal immobile puisse le contraindre, cela permet de limiter la douleur liée à l’aiguille qui est minimisée lorsque le geste est réalisé dans de bonnes conditions. Pour les juments, une douleur légère est associée aux prises de sang mais aucune contention n’est nécessaire et le geste technique est réalisé par le personnel formé du site ou par un vétérinaire ce qui limite la douleur. Le prélèvement de colostrum sera réalisé à la main et ne concerne qu’un volume de 10 mL, permettant de laisser suffisamment de colostrum pour le poulain. Cette manipulation peut engendrer un léger stress chez les juments non habituées mais un protocole d’habituation sera mis en place. Ainsi, aucun impact majeur sur la santé des animaux n’est attendu. La concentration en immunoglobulines dans le colostrum de chaque jument sera contrôlée via l’utilisation d’un Colotest, comme pratiqué habituellement sur le site et de la ferme commerciale. Cela nous permettra d’apporter du colostrum aux poulains le nécessitant. Ce colostrum sera soit issu d’une jument testée négativement à l’infestation par T. equi, soit un colostro-remplaceur du commerce.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

L’ensemble des animaux seront maintenus en vie à l’issue de chaque procédure. Les procédures étant de classe légère, rien n’empêche la réutilisation et/ou l’adoption de ces animaux conformément à la Directive Européenne 2010/63 (article n°19).

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

Le but est d’étudier in vivo les mécanismes de transmission des parasites responsables de la piroplasmose. Ces parasites étant spécifiques des équidés, il est indispensable de se placer chez l’espèce cible pour comprendre l’ensemble des phénomènes biologiques.

2. Réduction

3R / Réduction :

Le nombre d’animaux suivis sera réduit au minimum via la poursuite des tests uniquement sur les juments porteuses de parasites. Un panel plus étendu pour les premiers prélèvements nous assurera de cibler les individus porteurs et d’avoir ainsi suffisamment d’animaux dans le groupe suivi jusqu’au poulinage pour les juments et jusqu’au dixième jour post-partum pour les poulains issus de mères infectées. Il a été décidé d’utiliser deux sites pour pouvoir prendre en compte une différence d’exposition des juments aux vecteurs des parasites (jusqu’à terme pour un site, environ 5 mois avant terme pour l’autre site) qui pourrait influencer la présence de parasites dans les lymphocytes, stades potentiellement clés dans la transmission.

3. Raffinement

3R / Raffinement :

L’ensemble des manipulations sur les animaux sera réalisé par du personnel qualifié et connu des animaux sur les deux sites. Les juments seront surveillées a minima de manière bi-quotidienne lors de la distribution de l’alimentation. Durant la période de poulinage, les juments seront équipées d’un bracelet de queue permettant de détecter le poulinage et placées sous vidéo surveillance. A cela s’ajoutera la présence d’un agent formé qui assurera les astreintes afin d’être présent sur place pour chaque poulinage. Les prises de sang seront réalisées dans un environnement connu des animaux ce qui permet de limiter tout stress lié à la procédure. Les prélèvements sur le placenta n’engendreront pas de stress particulier puisqu’ils seront réalisés après expulsion dudit placenta par la jument. Nous serons malgré tout particulièrement vigilants à ce qu’il n’y ait pas de rétention placentaire. Si la délivrance ne survient pas dans les 4h suivant le poulinage, le vétérinaire référent de la structure sera contacté et les dispositions nécessaires seront prises. Cela pourra engendrer la sortie du couple mère-jeune du protocole en fonction du traitement appliqué. Les prélèvements de colostrum se feront eux aussi dans un endroit connu des animaux via une traite partielle manuelle. Certaines juments incluses dans le protocole sont multipares et ont déjà été traitées au moins une fois lors d’une précédente saison de poulinage. Pour les juments primipares, une habituation à la procédure sera réalisée afin de réduire tout stress lié au prélèvement. L’état de santé des poulains sera surveillé. Le personnel assistant au poulinage s’assurera notamment d’une bonne prise colostrale dans les 3 à 4h suivant le poulinage pour assurer une acquisition optimale de l’immunité. Nous veillerons particulièrement aux poulains qui seraient infestés dès la naissance. S’ils devaient montrer des signes de piroplasmose, le traitement adéquat sera mis en place en concertation avec le vétérinaire référent des structures.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

La piroplasmose équine est une maladie parasitaire due à des parasites très spécifiques des équidés. L’utilisation de juments pour l’étude de la transmission verticale de ces parasites est donc essentielle. L’objectif du projet étant d’analyser les voies de transmission verticale (jument au poulain) de la piroplasmose et de distinguer une transmission trans-placentaire au fœtus d’une transmission via le colostrum au poulain, l’usage de juments en fin de gestation et de leur descendance est indispensable.