Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.
En bref (résumé court généré par IA)

Achetées dans un même élevage, jamais sorties au pâturage et donc vierges de tout contact avec les strongles, 30 agnelles Romane de neuf mois vont être utilisées dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Chacune reçoit par la bouche jusqu’à 5 000 larves d’un ver hématophage, Haemonchus contortus, qui provoque une anémie. Suivent neuf prises de sang à la jugulaire et quatorze prélèvements de fèces par animal, la moitié du lot recevant en plus dix injections intramusculaires d’éprinomectine. Toutes seront tuées et autopsiées pour récupérer les vers adultes logés dans la caillette, le porteur indiquant que le cycle du parasite ne peut se boucler sans passer par un petit ruminant.

NTS-FR-105013v1
Types de recherche
· Maladies animales · Recherche appliquée ·
Mots-clés
Haemochus contortus, fitness, anthelminthiques, résistance
Moutons : 30

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).

Dans quel but fait-on ça ?

Réponse du laboratoire :

La résistance des strongles gastro-intestinaux aux anthelminthiques est une problématique croissante actuellement pour l’élevage ovin. Il est admis que la capacité d’un parasite à résister induit un coût pour celui-ci donc une faiblesse sur d’autres traits de vie (par exemple capacité à se reproduire). L’étude du fitness (capacité d’un individu à vivre et à se reproduire) et du coût de la résistance est donc essentielle d’autant plus qu’une des recommandations données aux éleveurs, pour limiter l’apparition et la diffusion des résistances, est basée sur la notion de refuge. Cette préconisation consiste à maintenir des animaux parasités par des populations de parasites sensibles non soumises à la pression de sélection. Pour ce faire, le recours au traitement ciblé sélectif (TCS) est recommandé. Cependant, l’efficacité du TCS repose sur l’hypothèse qu’il y a une différence de fitness entre les souches sensibles et résistantes et donc un coût de la résistance pour les nématodes. Nous avons réalisé une première étude de comparaison de la fitness de souches résistantes ou sensibles à l’éprinomectine. Lors de cette étude, nous n’avons pas mis en évidence des pertes de fitness systématique pour les souches résistantes. Nous nous demandons donc s’il existe un coût pour le vers au moment même de l’exposition aux anthelminthiques. Dans cette deuxième étude, nous souhaitons compléter l’expérience en comparant la fitness de la même souche résistante, soit en situation d’exposition à l’éprinomectine soit sans exposition ; ce qui n’a jamais été réalisé. Cela nous permettra également de récupérer des vers adultes dans un objectif d’analyse transcriptomique pour essayer d’identifier les mécanismes moléculaires de la résistance qui restent inconnus pour le moment.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).

Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ?

Réponse du laboratoire :

Nous observerons s’il existe ou non un coût pour les vers en situation d’exposition à l’éprinomectine ce qui pourra nous orienter sur la compréhension des mécanismes d’action et sur les recommandations en termes de surveillance de la résistance et de l’utilisation des molécules dans les élevages. Cela nous permettra notamment d’indiquer aux éleveurs les conséquences de l’utilisation d’une molécule qui perd en efficacité. En fin d’expérimentation, des parasites seront prélevés pour analyses transcriptomiques afin d’essayer d’identifier les mécanismes de la résistance et adapter les moyens de lutte contre cette résistance. En effet, les mécanismes moléculaires et les supports génétiques de la résistance d’H. contortus à l’éprinomectine restent inconnus à ce jour.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).

Le droit d'accès aux documents

Réponse du laboratoire :

Pour tous les animaux (n = 30) : *infestation parasitaire par voie orale : 1 fois/animal, volume administré : 10 mL, durée : 2 minutes ; *prises de sang à la veine jugulaire : 9 fois/animal, volume prélevé : 5 mL/prélèvement, durée : 3 minutes maximum/prélèvement ; *prélèvements de fèces dans le rectum : 14 fois/animal, volume prélevé : 20 g environ/prélèvement, durée : 3 minutes maximum/prélèvement. Pour les animaux traités (n = 15) : injections intra musculaire d’éprinomectine : 10 fois/animal ; volume administré : 0,1 mL/10 kg de poids vif, durée : 1 minute maximum/injection.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.

Les animaux souffrent-ils ?

Réponse du laboratoire :

H. contortus étant un nématode hématophage, la dose infestante administrée va induire une anémie modérée chez son hôte. Celle-ci est bien tolérée par l’animal. Néanmoins les animaux seront observés quotidiennement afin d’évaluer toute altération de l’état général (anorexie, prostration) et pouvoir si nécessaire, immédiatement intervenir par une gestion adaptée

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.

Peut-on parler d'éthique en expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Tous les animaux seront euthanasiés et autopsiés à la fin du projet, afin de pouvoir étudier la population de vers adultes présents dans la caillette. Les prélèvements des vers adultes seront aussi utilisés pour faire des analyses transcriptomiques.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.

Comment avancer vers la fin de l'expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Le cycle biologique d’H. contortus passe obligatoirement par le mouton qui est l’hôte définitif au sein duquel la reproduction sexuée s’effectue ; le petit ruminant ne peut donc pas être remplacé. En effet, les stades libres, de l’oeufs à la larve de stade 3 se développe dans le milieu extérieur mais le cycle ne peut être complété sans passage dans un petit ruminant qui héberge les formes adultes.

2. Réduction

Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.

Qui est concerné ?

Réponse du laboratoire :

Le nombre d’ovins prévu dans ce projet a été calculé de manière à permette la mise en évidence, à l’aide de tests statistiques, d’éventuelles différences de fitness entre lots expérimentaux, tout en limitant au maximum les effectifs animaux au sein de ces lots. Les interactions entre hôtes et parasite sont complexes et variables d’un individu à l’autre, ce qui implique théoriquement de constituer des lots conséquents, afin de ne pas avoir à renouveler l’expérimentation. La stratégie que nous avons adopté pour réduire au maximum le nombre d’animaux nécessaires, consiste à homogénéiser certains facteurs liés à l’hôte et connus pour influer sur le cycle du parasite tel que le sexe, l’âge, la race et l’historique de contact avec les strongles gastro-intestinaux. Les animaux retenus seront donc des femelles de 9 mois, naïve vis-à-vis des strongles, de race romane, et provenant toutes du même élevage. Le fait d’avoir un lot le plus homogène possible permet de réduire l’effet hôte qui impacte fortement la variabilité du fitness. Les animaux retenus ne sont jamais sortis au paturage et n’ont donc pas pu s’infester avec des strongles gastro intestinaux dont H. contortus fait parti. C’est pour cette raison que nous considérons ces agnelles comme naïves vis-à-vis des strongles. Les lots seront constitués de manière aléatoire mais en tenant en compte de la valeur d’hématocrite et du poids à J-7 afin d’avoir des lots homogènes concernant ces 2 paramètres. Pour augmenter la probabilitéd’observer une différence de comportement de la souche tout en limitant le nombre d’animaux à inclure, nous avons choisi de n’utiliser que des femelles.Le nombre d’animaux prévus dans l’expérimentation est limité au maximum pour observer une différence de fitness intrinsèque des souches et non pas une différence liée aux capacités de l’hôte. Les lots seront constitués de manière à limiter au maximum l’effet « hôte » dans la part du fitness des parasites. Les lots seront tirés au sort mais en gardant deux lot équivalents en termes d’hématocrite de départ et de distribution dans les cases. Le calcul du nombre d’animaux nécessaires a été réalisé avec le site https://biostatgv.sentiweb.fr/?module=etudes/sujets# . La moyenne du premier lot et l’écart type sont issus des résultats de fitness de notre première étude. La moyenne du deuxième lot est une estimation. Nous obtenons ainsi un nombre d’animaux nécessaire de 15 animaux par lot.

3. Raffinement

Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.

La réglementation est-elle « très stricte » ?

Réponse du laboratoire :

Les agnelles seront hébergées sur une litière paillée et en lots de 15 animaux de manière à pouvoir exprimer leurs comportements sociaux. Elles auront accès à du foin à volonté et à du complément pour satisfaire leur besoin nutritionnel. Progressivement, elles s’habitueront à être manipulées et les prélèvements seront toujours réalisés par du personnel expérimenté. Elles seront surveillées quotidiennement. Le milieu sera enrichi avec des brosses. Le contact homme/animal sera favorisé afin de limiter le stress lié aux manipulations. L’accès à la mangeoire sera suffisant pour ne pas induire de compétition concernant l’alimentation ce qui induirait un stress pour les animaux et des biais dans l’interaction hôte/parasite. L’infestation expérimentale par Haemonchus contortus sera réalisée avec un nombre de larves devant permettre l’excrétion d’oeufs, tout en limitant l’intensité de l’anméie engendrée à un niveau ayant des répercussions minimes sur l’état de santé des animaux. Par précaution, l’intensité de l’anémie sera toutefois suivie de manière hebdomadaire grâce à des mesures d’hématocrite (Ht). En cas d’anémie modérée (Ht

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.

Spécisme et expérimentation animale

Réponse du laboratoire :

L’espèce ovine est l’espèce cible d’H.contortus (application ensuite en élevage). Il n’existe pas d’autre espèce modèle ni de système alternatif que le mouton pour permettre au parasite H. contortus d’effectuer son cycle biologique. Le choix de l’espèce parasitaire repose à la fois sur sa fréquence, sa pathogénicité et sa capacité à développer rapidement une réponse immune chez son hôte mais aussi des multirésistances aux anthelminthiques. C’est pourquoi, l’espèce Haemonchus contortus a été choisie. A l’âge de 9 mois, les agnelles sont infestées en une seule fois avec 5 000 larves infestantes (L3) d’Haemonchus contortus maximum. Cette dose de larves doit permettre d’observer une différence de comportement entre les souches sans être trop délétère pour les animaux. A cette age, les agnelles sont sevrées. Elles sont également naives vis-à-vis d’Haemonchus contortus. Cela permet de limiter l’effet de l’immunité qui se met en place après un premier contact avec le parasite et donc de limiter le nombre d’animaux nécessaires. Les animaux utilisés seront de race Romane qui est une race qui ne montre pas de résistance particulière au parasitisme par les strongles gastro-intestinaux.