
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 22/10/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-135225)
Porteuses d’une mutation qui les prive d’une protéine anti-inflammatoire, ces souris développent d’elles-mêmes une inflammation chronique de l’intestin, avec diarrhées, déshydratation et perte de poids pouvant atteindre 20 %. 1 250 d’entre elles vont être utilisées dans des procédures impliquant un niveau de souffrance sévère. Les mères allaitantes sont endormies, reçoivent une injection d’ocytocine et sont séparées de leurs petits pendant deux à quatre heures pour que leur lait soit collecté et analysé. Le porteur indique que 820 souris passeront dans d’autres procédures, les autres étant tuées à l’apparition de signes de souffrance, faute de portée depuis deux mois, ou à vingt-quatre semaines parce qu’elles sont alors jugées trop âgées.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Ce projet porte sur l’élevage et l’observation d’une lignée de souris qui, avec le temps, développe naturellement une inflammation chronique de l’intestin, appelée colite. Cette maladie chez la souris est utilisée comme modèle pour mieux comprendre les Maladies Inflammatoires Chroniques de l’Intestin (MICI) chez l’être humain, comme la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique. Ces maladies touchent de plus en plus de personnes et sont liées à un déséquilibre complexe entre notre système immunitaire, notre environnement et les milliards de bactéries vivant dans nos intestins (appelées le microbiote). Dans cette étude, nous utilisons une lignée de souris porteuse d’une mutation dans un gène important pour contrôler l’inflammation (le gène IL-10). Ces souris développent spontanément des signes de maladie intestinale, ce qui en fait un bon modèle d’étude pour les MICI. Il est connu que la composition du microbiote a un rôle déterminant dans le déclenchement ou l’aggravation de la maladie chez ces animaux. L’un des objectifs de ce projet est de décrire les conditions d’élevage et les soins apportés à ces souris sensibles, afin d’assurer leur bien-être tout en permettant l’observation des signes de la maladie. MODIFICATION: Un autre objectif est de collecter du lait maternel chez des souris malades et des souris en bonne santé, pour analyser sa composition. À terme, ce modèle permettra de mieux comprendre comment certains composants du lait maternel peuvent influencer la santé intestinale des nouveau-nés, et comment cela pourrait prévenir ou aggraver les maladies comme les MICI. Ce projet vise également à tester de nouvelles approches thérapeutiques, notamment basées sur de petites molécules naturelles appelées micro-ARN, connues pour réguler de nombreux mécanismes biologiques.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet permettra de maintenir et d’utiliser une lignée spécifique de souris (appelées souris IL10-KO) qui développent naturellement une inflammation intestinale, afin de soutenir nos recherches, ainsi que celles de nos partenaires, sur les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI). Ces souris sont essentielles pour tester des hypothèses sur l’origine et le développement de ces maladies. MODIFICATION: Une autre partie importante du projet consiste à collecter du lait maternel chez les mères souris, utilisées pour le maintien de la lignée, ce qui nous permettra d’analyser sa composition et de voir s’il existe un lien avec l’état de santé des petits. Cela nous aidera à comprendre si certains composants du lait influencent la survenue ou la gravité des maladies intestinales plus tard dans la vie. Grâce à ce modèle, nous espérons mieux comprendre comment ces maladies se développent dès les premiers jours de vie. Ce travail pourrait mener à l’identification de nouveaux signes précoces (biomarqueurs) de la maladie, mais aussi de nouvelles cibles pour des traitements plus efficaces. Enfin, ces souris nous permettront de tester de nouvelles molécules anti-inflammatoires et de les comparer aux traitements actuellement utilisés chez les patients atteints de MICI, dans le but d’améliorer les options thérapeutiques à l’avenir.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
MODIFICATION: Du lait sera collecté chez les mères allaitantes, ce qui nécessite deux étapes : une injection d’ocytocine (une hormone qui stimule la lactation), geste qui dure environ 10 secondes, et une séparation temporaire des petits pendant deux à quatre heures avant la collecte.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Certaines souris utilisées dans ce projet, appelées souris IL10-KO, peuvent développer naturellement, au fil du temps, une inflammation chronique de l’intestin. Cette maladie peut provoquer des diarrhées importantes, une déshydratation, ainsi qu’une perte de poids rapide pouvant atteindre 20 % du poids initial. Dans ces cas, l’expérimentation sera arrêtée pour ces souris afin d’éviter toute souffrance excessive. D’après nos observations précédentes, environ 85 % des femelles et 90 % des mâles atteignent l’âge de 14 semaines sans complication majeure. MODIFICATION: Par ailleurs, nous prévoyons de collecter du lait chez les mères allaitantes, ce qui nécessite deux étapes : une injection d’ocytocine (une hormone qui stimule la lactation), et une séparation temporaire des petits pendant deux à quatre heures avant la collecte. Il est connu que ces manipulations peuvent entraîner un léger stress chez la mère, mais les injections sont rapides, réalisées avec soin, et les souriceaux sont suffisamment grands (entre 14 et 16 jours après la naissance), ce qui réduit considérablement les risques de comportements anormaux, comme le rejet ou le cannibalisme. L’ensemble des procédures a été conçu pour minimiser les nuisances et garantir le bien-être des animaux tout au long du projet.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les souris générées dans ce projet seront soit intégrés dans un protocole expérimental dès 4 semaines de vie, soit gardés en vie pour la gestion des accouplements, soit euthanasiés lorsqu’elles présenteront des signes de souffrance ou lorsqu’elles n’auront plus donné de portées depuis 2 mois ou âgées de 24 semaines (souris trop âgées pour être utilisées en accouplement ou incluses dans un protocole de recherche). Les souris incluses dans un projet de recherche seront euthanasiées à l’issue des procédures expérimentales.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
L’utilisation d’animaux vivants est essentielle pour cette recherche, car les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) sont très complexes. Elles impliquent plusieurs facteurs comme le système immunitaire, les microbes intestinaux, la génétique et l’environnement. Ces maladies affectent non seulement l’intestin mais aussi d’autres organes et provoquent une inflammation persistante dans tout le corps. Pour comprendre comment l’environnement et les microbes interagissent avec l’organisme, les souris sont le modèle le plus adapté. À ce jour, il est impossible de recréer ces interactions complexes en laboratoire uniquement avec des cellules.
2. Réduction
Nous ajusterons l’élevage des souris en fonction des besoins de recherche de l’équipe de recherche. Ayant une connaissance approfondie de cette lignée (son mode de reproduction, le nombre et la taille des portées), nous sommes en mesure de gérer l’élevage de manière efficace et raisonnée. Concrètement, nous maintenons en permanence deux couples reproducteurs pour assurer la continuité de la lignée. Si une expérience spécifique est prévue et approuvée, nous augmentons temporairement le nombre de souris pour répondre aux besoins de l’étude. MODIFICATION: La collecte de lait chez les mères est réalisée au moment même où ces femelles sont utilisées pour maintenir la lignée, ce qui évite d’ajouter de nouvelles souris uniquement pour cette procédure. Cela contribue à réduire le nombre total d’animaux utilisés, tout en obtenant les échantillons nécessaires pour nos recherches.
3. Raffinement
Pendant toute la durée de l’élevage, les souris seront surveillées chaque jour par du personnel qualifié et formé au bien-être animal. Certaines souris de cette lignée peuvent développer une inflammation intestinale appelée colite, qui sera suivie avec attention. Un système de suivi basé sur une grille d’évaluation standardisée permettra de repérer les premiers signes de cette inflammation. Cette grille prend en compte plusieurs éléments comme la perte de poids, l’aspect extérieur, les selles ou encore le comportement général de la souris. En fonction de cette évaluation, des mesures adaptées seront prises : – Si les signes s’aggravent, la fréquence des contrôles sera augmentée. – Si les animaux montrent des signes de déshydratation ou de perte de poids, ils auront accès à une gelée de réhydratation dans leur cage. – Si les signes deviennent trop importants, l’expérience sera arrêtée pour l’animal concerné, afin d’éviter toute souffrance. MODIFICATION: Concernant la collecte de lait, cette procédure est également soigneusement encadrée : – La mère est endormie brièvement et en douceur à l’aide d’un gaz anesthésiant (isoflurane). – Une injection d’ocytocine, une hormone naturelle, est réalisée pour faciliter l’expulsion du lait. L’injection est faite de manière rapide, précise, et par du personnel expérimenté. – Les petits sont temporairement séparés de leur mère pendant 2 à 4 heures, ce qui est bien en dessous de la durée habituellement utilisée pour ce type de procédure (généralement 6 à 12 heures). Durant cette séparation, les petits restent confortablement installés dans leur nid d’origine dans une boîte aérée et sécurisée. De plus, le volume de liquide injecté à la mère est supérieur à celui du lait prélevé, ce qui permet de préserver son hydratation. L’ensemble de ces gestes est maîtrisé par les expérimentateurs et a été optimisé pour limiter au maximum le stress et l’inconfort des animaux. Si, malgré ces précautions, un animal montre des signes de souffrance, les expériences seront adaptées, atténuées ou même suspendues si nécessaire. Enfin, l’environnement des souris sera enrichi (avec du coton, des abris, un cycle jour/nuit respecté) afin de favoriser des comportements naturels et réduire le stress.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Les souris sont souvent utilisées pour étudier les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), car elles permettent de mieux comprendre les liens entre l’alimentation, l’environnement, les microbes intestinaux et l’intestin lui-même. Dans ce projet, nous utilisons une lignée de souris qui ne produit pas une protéine clé entrainant ainsi une inflammation intestinale ressemblant à une colite hémorragique chez l’humain. Ce modèle génétique de la maladie n’existe que chez la souris. Les souris pourront commencer à se reproduire dès l’âge de 5 semaines, qui correspond à leur maturité sexuelle.