
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2026-06-05 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-146983)
Des injections d’une émulsion activant le système immunitaire, une toxine, puis des tests d’équilibre et de course sur tapis: 1 360 souris traversent ce protocole de sclérose en plaques, la moitié dans des procédures d’un niveau de souffrance sévère. Chez les nouveau-nées, des outils génétiques sont injectés dans la moelle épinière après trois heures de séparation d’avec la mère. L’inflammation induite provoque des déficits moteurs progressifs dont la sévérité varie selon les individus. Toutes les souris seront tuées pour prélever leur moelle épinière, l’équipe présentant la souris comme « indispensable » faute de pouvoir reproduire ces mécanismes en culture.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Le canal central de la moelle épinière est bordé par une barrière qui régule les échanges entre le liquide céphalorachidien (LCR) et le tissu nerveux environnant. Cette barrière est en contact avec différentes cellules spécialisées qui participent au bon fonctionnement du système nerveux. Lors d’épisodes neuro-inflammatoires, la structure et la perméabilité de la barrière peuvent être altérées, ce qui risque de modifier la composition du LCR, de perturber la communication entre les cellules nerveuses, et d’entraîner des troubles des fonctions sensorimotrices et autonomes, par exemple le contrôle de la vessie. Les mécanismes de plasticité de cette barrière restent encore largement méconnus, en particulier dans un contexte inflammatoire. Mieux comprendre son fonctionnement et ses modifications en situation de maladie est essentiel pour identifier de nouvelles pistes thérapeutiques. Notre projet a pour objectif de déterminer comment une neuro-inflammation chronique comme celle observée dans la sclérose en plaques modifie cette barrière et son fonctionnement. Nous chercherons à déterminer quels changements surviennent dans les cellules et quelles sont les conséquences sur la dynamique du LCR et la régulation des fonctions sensorimotrices et autonomes.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet vise à mieux comprendre la plasticité de la barrière qui régule les échanges entre le liquide céphalorachidien (LCR) et le tissu nerveux environnant en contexte neuro-inflammatoire. À court terme, les travaux permettront de caractériser les modifications cellulaires, moléculaires et fonctionnelles (miction (action d’uriner), locomotion) liées à l’inflammation, grâce à plusieurs approches complémentaires. À moyen terme, les résultats permettront d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques potentielles pour restaurer ou protéger l’intégrité de la barrière. L’étude des conséquences fonctionnelles, notamment urinaires et locomotrices, apportera des éléments déterminants pour comprendre l’origine de certains symptômes observés dans les pathologies inflammatoires de la moelle épinière. À long terme, ce projet contribuera à identifier des biomarqueurs mesurables dans le LCR permettant de suivre l’évolution et la réponse aux traitements. Les connaissances acquises ouvriront également la voie à des stratégies thérapeutiques visant à limiter les effets de l’inflammation et à favoriser la régénération tissulaire.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Selon les cas, les animaux seront soumis aux interventions suivantes : # Trois injections sous-cutanées d’une émulsion composée d’une protéine et d’une substance qui active le système immunitaire, sous anesthésie : 10 minutes. # Deux injection intrapéritonéales ou sous-cutanées d’une toxine : moins d’une minute. # Cinq injections sous-cutanées d’un composé pharmacologique une fois par jour pendant 5 jours : moins d’une minute. # Injection dans la moelle épinière d’outils génétiques chez la souris nouveau-née sous anesthésie → induction anesthésie : 10 min – chirurgie : 10 min – surveillance post-op : 20 min – séparation de la mère : 3h. # Injection dans les ventricules du cerveau d’un virus (non pathogène) chez la souris adulte sous anesthésie → induction anesthésie : 5 min – chirurgie : 30 minutes – surveillance post-op : 1h – l’animal est en dehors de la zone de stabulation pendant 2 à 4h. # Prélèvement de liquide céphalo-rachidien sous anesthésie (acte terminal) : 15 minutes. # Injection d’un traceur dans les ventricules du cerveau sous anesthésie (acte terminal) : 15 minutes. # Test comportementaux : – Etude la miction : 4h. – Activité locomotrice spontanée : 40 minutes. – Poutre d’équilibre : 3/5 x 5 minutes. – Tapis roulant : 30 minutes.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
1\ L’injection de l’émulsion composée d’une protéine et d’une substance qui active le système immunitaire associée à l’injection de la toxine entraîne un état inflammatoire chronique, associé à des déficits moteurs progressifs dont la sévérité peut varier selon les animaux. 2\ Les injections sous-cutanées quotidiennes d’un composé pharmacologique pendant cinq jours consécutifs peuvent provoquer du stress lié aux manipulations répétées. 3\ Les interventions chirurgicales sont susceptibles de générer des douleurs et un inconfort après l’intervention. 4\ Les tests comportementaux peuvent induire du stress lié à la nouveauté de l’environnement et à la manipulation des animaux. Certains tests sont peu contraignants (étude de la miction ou locomotion spontanée), tandis que d’autres demandent plus d’effort aux animaux (poutre d’équilibre, tapis roulant).
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront mis à mort pour prélèvement de la moelle épinière et analyses.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
L’objectif de ce projet est d’étudier la plasticité de la zone de la moelle épinière en contact avec le LCR en contexte neuro-inflammatoire chronique et ses conséquences sur différentes fonctions de l’organisme. Ces phénomènes reposent sur des interactions complexes entre cellules et circulation du LCR qui ne peuvent pas être reproduites en culture cellulaire ou par des modèles informatiques. De plus, certaines fonctions comme la miction ou la locomotion nécessitent l’étude d’un organisme entier. Ce projet ne peut pas être réalisé chez l’humain car il implique l’analyse des extractions de moelle épinière. L’utilisation de la souris est indispensable car elle permet d’utiliser des outils génétiques précis adaptés aux objectifs du projet.
2. Réduction
Les effectifs ont été déterminés soit à partir de notre expérience, soit à partir d’analyses statistiques afin d’utiliser le nombre minimal d’animaux nécessaire. Pour les tests comportementaux (miction et locomotion), les mêmes animaux seront suivis à différents temps post-inflammation, ce qui permet de limiter le nombre total d’animaux utilisés. Ces animaux seront ensuite utilisés pour des analyses post-mortem, ce qui maximise les informations obtenues à partir de chaque animal.
3. Raffinement
Les animaux seront hébergés en cages collectives (2-4 animaux par cage) et enrichies (maison, buchettes, tunnel, …). Nous leur fournirons une grande quantité de matériel de nidification quelques jours avant l’induction de la neuro-inflammation afin qu’ils puissent avoir des zones de température différentes au sein de la cage. Après l’induction, ils auront accès à des friandises et/ou du gel nourrissant et/ou des croquettes mouillées en plus de leur nourriture habituelle. Toutes les injections (hormis les injections dans les ventricules du cerveau et dans la moelle épinière) se feront par voie sous-cutanée afin d’éviter la voie intrapéritonéale, plus douloureuse et moins reproductible. Toutes les procédures invasives seront réalisées sous anesthésie appropriée avec analgésie systématique par du personnel expérimenté. Pour limiter le stress et l’inconfort liés aux injections sous-cutanées quotidiennes de composés pharmacologiques sur cinq jours, nous essaierons de mettre en place l’administration volontaire par micro-pipette (composé dilué dans une solution appétente). Pour les tests comportementaux, les animaux seront habitués à la pièce / cage d’expérimentation la semaine précédant l’induction de la neuro-inflammation (3 séances de 30 min – 1h). Nous ferons attention à ce que les animaux soient toujours en présence d’odeurs familières (litière de leur cage d’origine).
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La souris est l’espèce la plus pertinente pour notre étude car ce modèle est maîtrisé au sein de notre équipe et permet l’utilisation de lignées génétiquement modifiées. Ces modèles permettent de cibler précisément certains types de cellules. Les animaux utilisés seront des souris femelles adultes (8-14 semaines), car à cet âge le modèle de neuro-inflammation chronique est fiable et reproductible. Les injections chez les nouveau-nés seront réalisées précocement car les outils utilisés sont plus efficaces à ce stade.