Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

La lutte contre les rongeurs est un enjeu de santé publique et un enjeu économique majeur pour l’industrie agroalimentaire. En plus des mesures classiques d’hygiène et de conception des bâtiments, la politique de lutte contre les rongeurs fait appel à des appâts anticoagulants (poison empêchant la cicatrisation et rendant le sang très liquide). Tous les anticoagulants ont le même mécanisme d’action, ils empêchent la coagulation du sang. Les appâts sont consommés par les rongeurs mais ne les tuent qu’après quelques jours ainsi, les rongeurs n’associent pas l’appât à un poison. C’est pour cela que l’utilisation de ces poisons est considérée comme étant la méthode chimique la plus efficace. La population de rongeurs diminue ainsi que les problématiques liées à une surpopulation de rongeurs. La toxicité de ces anticoagulants est connue et souvent déjà bien évaluée. Cependant, la réglementation exige de nouveaux tests sur animaux si la composition d’un traitement évolue (e.g. : concentration, appétence augmentée, passage d’une formulation liquide à une formulation solide). En effet, le changement de composition peut entraîner une modification du comportement des rongeurs face à l’appât. Selon la réglementation, ces produits modifiés doivent être obligatoirement testés conformément à des recommandations précises avant de pouvoir être mis sur le marché. L’entreprise à l’origine de ce projet est prestataire pour d’autres entreprises. Ces entreprises lui délèguent les tests nécessaires à l’homologation de leurs produits anticoagulants rodenticides (qui tuent les rongeurs) ou le cas échéant la ré-homologation imposée par la législation après 5 ans d’utilisation commerciale. Les procédures réalisées dans ce projet permettent de tester l’appétence et l’efficacité d’un rodenticide sur rat et/ou souris (mesure de la consommation et de ses effets). Les résultats de ces procédures permettront de juger quant à l’homologation du produit ou non. Cette demande d’autorisation de projet encadre différents produits et formulations de produits provenant de différents délégataires. Les principes actifs de ces produits sont tous des anticoagulants agissant sur le même processus biologique. Les résultats des procédures alimentent un dossier réglementaire très strict permettant de réaliser des demandes d’autorisation de mise sur le marché. Ces autorisations sont obligatoires et positivement bien encadrées.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

La gestion problématique des déchets de consommation et des poubelles a intensifié un fait ayant toujours existé, la présence de rats et de souris en contact direct avec l’être humain. Comme pour beaucoup d’espèces vivantes, une prolifération intense engendre des conséquences négatives. Dans notre cas, la prolifération de rats et de souris peut avoir des conséquences sanitaires (droit de retrait pour le ramassage des containers poubelle, leptospirose, transmission de diverses bactéries et helminthes), cela peut entraîner des dégâts sur les ressources alimentaires (10% à 15% des pertes mondiales : consommés/contaminés/jetés) et les rongeurs sont à l’origine de dégâts matériels conséquents (en France : coût annuel des dégâts = environ 38 millions d’euros, galeries, accès aux bâtiments, sites de passage souillés, câbles rongés, accidents liés au dysfonctionnement). De plus, les proliférations de rongeurs ont un impact très négatif sur l’image des sites infestés et une répercussion économique et sociale importante sur ces sites (fermetures d’écoles, industrie agroalimentaire fermée par les autorités sanitaires, restaurants, boulangeries). Quant aux particuliers concernés par ces infestations, la répercussion psychologique n’est pas négligeable. Le développement de produits rodenticides plus performants est un élément important de la lutte contre la prolifération des rongeurs. L’utilisation d’anticoagulants est le moyen chimique le plus efficace pour diminuer la pression parasitaire. Ces anticoagulants doivent être homologués, aussi la réalisation de tests réglementaires est indispensable à la mise sur le marché de ces produits. De plus, les rodenticides ne présentant pas les résultats attendus par la réglementation ne seront pas autorisés. Donc ce projet permet d’empêcher la mise sur le marché de produits inefficaces. Or l’utilisation de produits inefficaces peut être à l’origine de résistances pour la cible (rongeurs) mais demeurer mortelle pour des espèces non-ciblées (eg. chien). Aussi, il est très important de tester ces produits afin d’écarter les produits inefficaces. En résumé, il y a des avantages économiques, écologiques, sociaux et sanitaires à la mise sur le marché de produits efficaces, or cette mise sur le marché nécessite la réalisation des tests décrits dans ce projet comme préconisé par la loi et la réglementation.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Les animaux seront maintenus seul en cage durant 4 jours. Durant 4 jours, un produit anticoagulant est proposé à la consommation en libre choix en regard d’une alimentation habituelle. Quotidiennement durant 28 jours, les animaux sont sortis de leur cages et doucement manipuler durant moins de 10 minutes pour être auscultés et pesés.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Au regard de leur nature sociale, la mise en cage individuelle des animaux (rats et souris) durant 4 jours est une source de mal-être chez le rat et la souris. Il est à noter que les anticoagulants entrainent des hémorragies, pouvant occasionner différents maux et troubles significativement négatifs : – hémorragie interne – Saignements : faiblesses,angoisses et mal-être dues à l’anémie – anémie aigüe entrainant la mort. Il est fort probable que la majorité des animaux soient apathiques et fatigués. La sortie, auscultation et pesé régulière des animaux peut être une source d’angoisse surtout s’il se cumul avec un mal-être/souffrance existante.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Attendre une intoxication létale aux anticoagulants est inenvisageable. Sont mis à mort les animaux montrant des signes précoces d’un empoisonnement aux anticoagulants. La mise à mort permet d’éviter des souffrances inutiles à l’animal. Si l’animal ne présente pas de signes cliniques permettant de juger quant à son empoisonnement, il est néanmoins victime d’une fragilité au niveau de la coagulation pouvant perdurer plusieurs mois. Cette fragilité de coagulation pourrait se révéler cliniquement en dehors du temps d’observation prévu par la procédure et engendrer des souffrances importantes si une mise à mort n’est pas réalisée à temps. Ce risque de fragilité de coagulation est trop important pour envisager une réutilisation des animaux. Aussi, les animaux ayant reçu l’anticoagulant sont euthanasiés à la fin des procédures.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

Il n’y a pas de stratégie de remplacement possible. En effet, la réglementation impose de tester l’attractivité alimentaire du traitement (consommation) et les effets du traitement (mortalité). Ces critères ne peuvent être observés que sur animaux vivants, le comportement de consommation en particulier ne peut être simulé. De plus, la réglementation impose que ces produits soient testés sur les espèces cibles, c’est à dire rats et souris. il y a donc une obligation réglementaire empêchant ce remplacement par d’autre espèces animales.

2. Réduction

3R / Réduction :

Dans le cadre d’une Autorisation de mise sur le marché (AMM) d’un produit biocide de type anticoagulant, les essais réglementaires soumis au législateur doivent être mis en place selon des recommandations strictes. Pour chaque formulation à l’étude, il est recommandé de tester à minima 10 animaux par espèce ciblée. Pour chaque formulation et selon la revendication du produit, des tests pourront être conduits sur les 2 espèces ou sur une espèce. Ainsi, si un produit à l’étude cible les rats et les souris alors 20 animaux sont utilisés dans la procédure (10 rats et 10 souris). La loi exige de tester un minimum de 10 animaux; nous souhaitons utiliser le moins d’animaux possible, aussi nous ne testerons que le minimum d’individus préconisé soit 10 animaux par procédure. Un test statistique sera réalisé afin de vérifier si la consommation et la mortalité sont identiques entre les 2 sexes, le cas échéant ces taux seront calculés en prenant en compte la population entière. Le nombre d’animaux défini suffira à déterminer la tendance statistique nécessaire pour voir si le produit testé est suffisamment consommé (≥20% de la ration alimentaire) et s’il permet une mortalité efficace (≥90% des animaux testés). Afin de ne pas inclure inutilement des animaux dans les procédures, nous ne testons pas d’animaux témoin. Nous nous basons sur une survie théorique de 100% des individus témoin en nous basant sur les périodes d’acclimatation et d’habituation qui précèdent le test. Afin d’éviter un biais de placement pour la mesure de la consommation, l’emplacement du produit est inversé quotidiennement avec l’emplacement de l’aliment de laboratoire habituel (aliment extrudé ou biberon d’eau).

3. Raffinement

3R / Raffinement :

Phase d’Acclimatation : durée = 7 jours minimum, acclimatation le cas échéant à la salle, à l’aliment, aux procédures d’hébergement, aux congénères. Phase d’Habituation : Durée = 7 jours. Afin d’individualiser les animaux, un signe distinctif est réalisé au marqueur indélébile sur leur queue. Afin d’habituer les animaux aux manipulations et au manipulateur, celui-ci réalise différentes actions sur les animaux. Quotidiennement, le manipulateur consigne pour chaque animal : l’état du pelage, des yeux et des oreilles et le comportement de l’animal. Pour chaque animal, le manipulateur saisit délicatement l’animal, le sort de la cage, réalise une brève observation et le pèse. Lors de la brève observation, le manipulateur vérifie l’état des différents orifices (bouches, oreilles, nez, anus, appareil génitale). La masse des animaux et la masse d’aliment non-consommé est consignée quotidiennement, puis une masse déterminée d’aliment est mise à disposition. Ainsi, le manipulateur prend connaissance du comportement et de l’apparance « normal » de chaque animal et pourra les comparer à celui de l’animal sous anticoagulant. De plus, l’animal habitué réagira moins aux manipulations lorsqu’il sera sous anticoagulant, ce qui évitera l’accumulation de contraintes. Phase d’isolement : durée = 4 jours. Lors de l’hébergement individuel, l’environnement est enrichi (cachette + coton). Les animaux sont placés dans des cages transparentes à proximité d’autres cages afin de maintenir un contact visuel, auditif et olfactif avec leurs congénères. Après ces 4 jours d’isolement, les rongeurs femelles sont regroupés. Les mâles non-agressifs seront regroupés suivant leur affinité et groupe de départ. Sinon, ils seront maintenus isolés. Phase d’observation de la mortalité (J+2 à J+21) : Signes précoces d’intoxication ou de morbidité = mise à mort. Afin d’éviter des souffrances inutiles aux animaux, l’observation des points limites en regard d’un score au-delà duquel les animaux sont mis à mort est mis en place. Les cages et éléments d’élevage sont adaptés à l’espèce et au nombre d’animaux. Si une baisse de poids supérieure à 10% est observée, alors de l’aliment humidifié et de l’eau gélifiée seront fournis à l’animal. À la suite de chaque réalisation de procédure, une analyse rétrospective sera réalisée pour le comité éthique afin d’améliorer d’un point de vue « éthique animal » la procédure (affinement des points limites, des observations…).

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Les produits sont destinés à limiter la surpopulation indésirable de rongeurs en agriculture, en industrie ou en milieu urbain. La réglementation exige l’utilisation des espèces cibles comme modèle expérimental. L’utilisation de rongeurs est appropriée puisque les produits testés ont pour destination une utilisation sur rats et souris. Bien que les traitements anticoagulants ciblent les rongeurs « sauvages », nous utilisons des souches de laboratoire. En effet, en plus de la contrainte d’obtention, d’habituation et du risque sanitaire, la récupération d’individus sauvages est en soit une source de stress et de mal-être chez l’animal. Une souche de laboratoire « non résistante » nous permet de réaliser plus efficacement l’observation des points limites. Les souches testées sont quasiment identiques aux souches sauvages. Nous utiliserons des adultes afin de conserver une certaine homogénéité dans la consommation interindividuelle de produit à l’étude. Ainsi, nous conservons une relative maitrise de l’intensité et du délais avant apparition des effets toxiques. Ainsi, nous pouvons anticiper de manière plus fine et donc mieux gérer la souffrance et détresse. Dans un objectif de réutilisation, les animaux utilisés seront idéalement d’anciens reproducteurs issus des laboratoires d’élevage. Nous utiliserons des animaux âgés de plus de 6 mois et de moins de 1,5 an, cela correspondant à la fourchette d’âge observée dans la nature, de plus les individus sont de masses relativement homogènes et donc plus facilement comparables.