
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 13/01/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-191108)
Déjà utilisés dans un projet de trois ans qui vient de s’achever, 45 prosimiens sont repris pour un suivi prolongé jusqu’à leur mort naturelle, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger. Ils reçoivent l’un de deux régimes, l’un à base de matière grasse laitière, l’autre de matière grasse végétale, avec un prélèvement sanguin tous les six mois et quatre à cinq jours de tests cognitifs à la même fréquence. Le porteur écrit que ces tests ne constituent pas une nuisance et qu’ils sont « même considérés comme un enrichissement » chez les primates. Douze animaux sont comptés comme réutilisés, et ceux qui ne meurent pas d’eux-mêmes retournent à l’élevage. La finalité affichée est d’aboutir à des recommandations nutritionnelles pour le grand public, et le porteur affirme que ces expériences ne sauraient être remplacées puisqu’elles exposent « l’organisme entier » au régime.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
La matière grasse laitière, du fait de son impact sur le métabolisme des acides gras oméga-3 et de la présence d’acides gras facilement métabolisables, pourrait avoir un impact favorable sur les fonctions cérébrales, et en particulier sur les fonctions cognitives, à plusieurs moments de la vie. Toutefois, l’apport en lipide des laits maternisés utilisés en nutrition humaine est assuré par des huiles végétales (ne contenant que des acides gras à chaîne courte), ce qui ne mime donc que très partiellement le lait maternel, qui apporte par définition, du gras animal. La matière grasse laitière présente des teneurs en acides gras oméga-3 plus favorables que la matière grasse végétale, notamment parce qu’elle procure des acides gras oméga-3 à longue chaîne, essentiels au bon fonctionnement cardiovasculaire et cérébral. Nous souhaitons donc mettre en place un protocole pour évaluer l’impact de la matière grasse laitière comparativement à des matières grasses végétales, sur le statut cognitif de primates adultes (âgés de plus de 24 mois). Nous allons réaliser un suivi à long-terme des fonctions cognitives et psychomotrices, à l’aide de tâches comportementales simples et utilisées en routine, pour évaluer les effets à long-terme de la matière grasse laitière (jusqu’à la mort naturelle des animaux). Ce projet est la continuité d’un projet de 3 ans terminé, qu’il est nécessaire de le prolonger pour étudier de façon longitudinale l’impact de ces régimes sur ces animaux au cours du vieillissement.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Le projet vise à évaluer les impacts à long-terme de la supplémentation en matière grasse laitière sur les fonctions cognitives. Nous avons déjà démontré que ces nutriments ont un impact positif au cours du développement et de la croissance. En effet, les animaux du groupe Matière grasse laitière présentent des facultés cognitives supérieures à celles des animaux du groupe Matière grasse végétale dans tous les tests cognitifs au cours de la croissance. Le présent projet nous permettra de déterminer si cet impact peut se prolonger dans le temps. De plus, la mise en place des régimes croisés, c’est à dire des animaux adultes qui reçoivent un régime différent de celui de leur mère après le sevrage, nous a permis de mettre en évidence une importante empreinte maternelle (ce qui signifie que les mères apportent des nutriments essentiels aux petits dont les bénéfices durent même lorsque les petits changent de régime). La poursuite des régimes à très long terme nous permettra d’évaluer combien de temps cette empreinte maternelle perdure à l’âge adulte. C’est une question particulièrement importante dans le domaine de la nutrition qui pourra permettre à terme d’aboutir à la rédaction de recommandations nutritionnelles à destination du grand public.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Tous les animaux seront soumis à l’un des deux régimes expérimentaux, ce qui n’a aucune conséquence sur le bien-être animal puisque les deux régimes sont équilibrés d’un point de vue des macro-nutriments. Les animaux seront également soumis à un prélèvement sanguin tous les 6 mois (prélèvement qui dure quelques secondes) et réalisé selon un protocole strict, par du personnel formé. Enfin, les animaux passeront des tests cognitifs pendant 4 ou 5 jours tous les 6 mois également, pour évaluer leur niveau de performances cognitives.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Nous n’attendons aucun effet indésirable des différents régimes alimentaires sur les animaux puisque les deux régimes sont équilibrés d’un point de vue de l’apport en macronutriments. La seule nuisance attendue est celle qui pourrait être provoquée par les prélèvements sanguins, mais tout est mis en oeuvre pour en minimiser l’impact, et ces prélèvements sont effectués conformément à la réglementation, par du personnel formé, tout en respectant le cadre fixé par la règle des 3R. Enfin, les tests cognitifs, qui ne durent que quelques heures, tous les 6 mois, ne constituent pas une nuisance et sont même considérés comme un enrichissement chez les primates.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront maintenus en vie jusqu’à leur mort naturelle à la fin de la procédure. Les animaux qui ne seront pas morts naturellement retourneront dans l’élevage.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Ces expériences ne peuvent être remplacées par des méthodes alternatives puisqu’elles nécessitent l’exposition de l’ensemble de l’organisme au régime. Les interventions nutritionnelles ayant par définition des effets sur l’organisme entier (de la digestion à l’utilisation des micronutriments et de leurs métabolites par les différents organes), ces expériences ne sauraient être remplacées par des expériences in vitro par exemple.
2. Réduction
Ces expériences seront réalisées sur un nombre maximal de 45 animaux, nombre suffisant pour évaluer les effets sur les fonctions cognitives notamment. Les effectifs, déterminés à partir d’un test de puissance, prennent en compte la variabilité interindividuelle attendue au sein des groupes expérimentaux pour les mesures de cognition (paramètres qui présentent la plus grande variabilité) et permettront de réaliser des tests statistiques avec assez de puissance (au minimum 85%). Etant donnés le nombre relativement faible d’animaux par groupe (N=6 par sexe), l’analyse statistique sera basée sur des tests non-paramétriques et des analyses statistiques descriptives sont prévues.
3. Raffinement
Les actes techniques appliqués seront organisés de sorte à laisser des temps de récupération longs entre deux actes. Toute procédure entraîne un suivi attentif de chaque individu afin de s’assurer du bien-être des animaux utilisés. Pour cela, des indicateurs comme le poids de l’animal, la prostration, l’absence d’alimentation, des symptômes apparents de gêne ou de douleur (irritations) ou enfin des troubles du comportement (agressivité, surléchage) sont particulièrement suivis. Le raffinement sera notamment assuré grâce à une bonne maîtrise des procédures réalisées par du personnel qualifié. Les dispositions habituelles de l’animalerie seront conservées pour les animaux inclus dans le projet (enrichissement par branchage et feuillage, nichoirs, cache d’aliments, groupe sociaux…).
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
L’espèce choisie a la particularité d’être omnivore, se nourrissant aussi bien de végétaux (feuilles et fruits) que d’animaux (petits mammifères ou reptiles, insectes) dans le milieu naturel. En tant que mammifère, cette espèce se nourrit naturellement de lait maternel (contenant donc naturellement de la matière grasse animale) pendant les 2 premiers mois de sa vie. Chez cette espèce, les périodes de gestation et de lactation durent chacune 2 mois. Les altérations liées à l’âge, comparables à celles observées chez l’humain, apparaissent dès l’âge de 5 ans. De nombreuses études ont montré les similarités des changements cérébraux liés à l’âge avec l’humain, avec notamment des altérations de la balance énergétique des paramètres endocriniens et des performances cognitives ainsi que l’apparition d’une atrophie cérébrale. Ce modèle représente donc un parfait compromis entre une longévité relativement longue, des facilités d’élevage dues à sa taille et une bonne proximité phylogénétique et physiologique avec l’humain. Les animaux seront donc utilisés à l’âge adulte.