
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 27/03/2023
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-237071)
126 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré à sévère. Chaque animal subit un modèle de parodontite par pose répétée de ligatures imbibées de bactéries, avec prélèvements sanguins et radiographies sous anesthésie sur trente jours, une partie subissant ensuite un accident vasculaire cérébral provoqué chirurgicalement avant d’être tuée. Le porteur indique que la parodontite peut provoquer des abcès gingivaux et que l’AVC entraîne prostration, difficultés à se déplacer et perte de poids. Il affirme qu’il n’existe pas de méthode alternative pour étudier les interactions entre parodontite et maladies cardiovasculaires.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
La parodontite est une maladie fortement prévalente (47% de la population adulte américaine) qui entraine une destruction des tissus de soutien des dents, et des pertes de dents précoces. Elle est déclenchée par un déséquilibre de la flore bactérienne au sein de la bouche, dont la bactérie Porphyromonas gingivalis (P gingivalis) est clée. La parodontite est une source chronique de bactériémie (passage temporaire de bactéries dans le sang) et d’une inflammation systémique de bas grade (c’est-à-dire diffusée dans tout le corps et de faible intensité). La parodontite favorise des maladies à distance telles que les pathologies cardiovasculaires dont les accidents vasculaires cérébraux (AVC). Cependant, à ce jour, aucune étude n’a pu mettre en évidence un lien de cause à effet entre parodontite et AVC même si P gingivalis est une des principales bactéries de la bouche retrouvées dans les parois des vasseaux sanguins malades et lésées lors des AVC (plaque d’athérome et et zones d’anévrisme). Récemment, il a été identifié que certaines cellules sanguines dites de défense, les globules blancs, comme les macrophages ou les neutrophiles, peuvent conserver une mémoire en réponse à de précédentes infections ou phénomène inflammatoire antérieur, ce qui leur permet de réagir plus fortement lors de futures expositions identiques ou différents. Cet état de réactivité accrue se nomme «immunité innée entraînée » (TII). Elle pourrait expliquer les liens entre parodontite et d’autres maladies inflammatoires chroniques. L’inflammation systémique, généralisée dans le corps, liée à la parodontite induirait une reprogrammation de l’expression de gènes des progéniteurs des cellules sanguines dont les cellules myéloides/globules blancs. Ceci conduirait à une production accrue de globules blancs avec une capacité proinflammatoire augmentée, augmentant le risque cardiovasculaire. Dans ce projet, nous souhaitons tester l’impact de la parodontite sur l’activation et la production des globules blancs par la moelle osseuse, le lien avec la réponse inflammatoire lors d’un AVC et ses conséquences sur l’étendue de l’AVC.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Grace à cette étude, nous souhaitons étudier si la parodontite, via certaines bactéries, active à distance les cellules de l’immunité en développement au sein de moelle osseuse et favorise la production de cellules activées, « inflammées » dans le sang. Une fois en circulation, ces cellules inflammées pourraient contribuer à l’aggravation de l’AVC. Ceci démontrerait un lien de cause à effet entre parodontite et AVC et appuyerait l’importance du traitement de la parodontite en prévention de l’AVC.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les souris seront soumises au modèle de parodontite : pose d’une ligature (5 minutes) et 1 prélèvement sanguin 3 minutes) par souris sous anesthésie profonde, renouvelés tous les 3 jours pendant 30 jours. Avant et à la fin de la mise en œuvre de ce modèle, une radiographie 3D des machoires sera réalisée pour toutes les souris sous anesthésie (durée 5 minutes/souris). Nous aurons alors 3 groupes de souris : souris contrôle (anesthésie, radiographie et prise de sang réalisés) et 2 groupes test (l’un avec une ligature simple, l‘autre avec une ligature imbibée de bactéries agressives pour le parodonte). Les animaux seront mis à mort à 30 jours pour évaluer l’impact de la parodontite avec ou sans bactérie agressive sur les globules blancs de la moelle osseuse. La meme expérimentation sera réalisée sur de nouveaux lots de souris. Au bout de 30 jours, celles-ci seront transportées au sein de l’animalerie d’un autre laboratoire. Après acclimatation, elles seront soumises sous anesthésie profonde au modèle d’AVC (Durée 15 minutes). Les souris seront gardées en élevage pendant 2 jours avant d’être mises à mort : cette étape vise à évaluer l’impact de la parodontite sur l’AVC. Une sesonde série d’expérience sera réalisée au cours de laquelle une période de cictarisation de 15 jours après induction de la parodontite sera réalisée. Nous aurons à nouveau 3 groupes de souris : souris contrôle (anesthésie, radiographie et prise de sang réalisés) et 2 groupes test (l’un avec une ligature simple, l‘autre avec une ligature imbibée de bactéries agressives pour le parodonte). Les animaux seront mis à mort à 45 jours (30 jours de parodontite et 15 jours de cicatrisation) pour évaluer la cicatrisation du parodonte et le retour à un état basal du nombre et de l’activité des globules blancs de la moelle osseuse. D’autres lots (contrôle, ligature simple et ligature + bactérie agressive) soumis au modèle de parodontite et cicatrisation seront quant à elles transportées au sein de l’animalerie d’un autre laboratoire. Après acclimatation, elles seront soumises sous anesthésie profonde au modèle d’AVC (Durée 15 minutes). Les souris seront gardées en élevage pendant 2 jours avant d’être mises à mort : cette étape vise à évaluer l’impact de l’immunité innée entrainée sur la parodontite sur l’AVC
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les nuisances attendues pour l’animal sont : – exceptionnellement pour les souris soumises au modèle de parodontite : des douleurs gingivales post-opératoires, voir des abcès gingivaux, diminuant la mastication et la prise de poids des animaux. -pour les souris soumises au modèle d’AVC : une prostration, des difficultés à se déplacer et la perte de poids. – pour tous les animaux : une hypotherime à l’anesthésie.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
A l’issue de la procédure, les animaux sont mis à mort permettant le prélèvement des tissus nécessaires à nos travaux.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
A notre connaissance, il n’existe pas de méthodes alternatives pour l’étude des interactions entre parodontites et maladies cardiovasculaires.
2. Réduction
Afin de minimiser le nombre d’animaux, une étude statistique a été réalisée pour le modèle de parodontite et pour le modèle d’AVC/ Pour le modèle parodontite, d’après une publication sur la comparaison des modèles de parodontite expérimentale avec ligature +/- P gingivalis chez la souris, et notre expérience, un effectif de 5 souris /groupe est suffisant pour obtenir une puissance statistique. Une souris supplémentaire par groupe est prévue en cas de mort prématurée au cours de l’expérimentation, soit 6 animaux/groupe pour le modèle parodontite (sans AVC). Pour le modèle d’AVC, une étude préliminaire a montré que 8 animaux/groupe sont nécessaires pour obtenir une puissance statistique. En tenant compte d’une perte d’animaux de 20 % dû à la mortalité inhérente au modèle, nous anticipons l’utilisation d’un nombre de 10 animaux pour les lots parodontite + AVC.
3. Raffinement
Des mesures de raffinement seront prises pour réduire la douleur, la souffrance et l’angoisse infligées aux animaux : (1) avant chaque examen radiologique, sans intervention chirurgicale,une anesthésie légère mais dont l’efficacité est validée, est effectuée (2) avant chaque pose de ligature et prélèvement sanguin (même séquence opératoire), les souris sont anesthésiées profondément (3) après chaque anesthésie, les souris sont placées dans un environnement chauffé et surveillées jusqu’à leur réveil (4) les animaux sont surveillés le lendemain de chaque intervention puis tous les 2 à 3 jours par le personnel dédié de l’animalerie ou les responsables de projet (5) des analgésies sont prévues avant les procédures de sévérité élevée et en cas d’atteintes de points limites et (6) des points limites ont été établis.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La souris est l’espèce la plus couramment utilisée pour l’étude de la parodontite et tout particulièrement pour l’étude de la composante systémique de la parodontite. De nombreux outils d’analyses, qu’ils soient commerciaux ou dans notre laboratoire, sont développés et adaptés à ce modèle. Il en est de même pour l’étude de l’AVC. Les souris seront agées de 3 mois, âge adulte avec croissance des maxillaires achevée.