Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.
En bref (résumé court généré par IA)

Capturées par pêche à l’électricité ou par tamisage du substrat, 60 anguillettes et 60 larves de lamproie marine sont anesthésiées, marquées d’une injection d’élastomère sous la peau, puis placées en aquarium. Le niveau d’eau y baisse de deux centimètres par jour pendant dix-huit jours, jusqu’à assécher le fond : chaque individu fuit vers une nasse ou s’enfouit dans le substrat, d’où il est extrait en fin d’expérience. Vient ensuite la respirométrie, vingt heures d’immobilisation dans une enceinte d’un volume vingt fois celui du corps, pour mesurer la consommation d’oxygène de chacun. Les procédures sont d’un niveau de souffrance léger et tous les individus sont remis en rivière, avec une marque colorée dont le porteur reconnaît qu’elle peut augmenter le risque d’être repéré par un prédateur.

NTS-FR-245155v1
Types de recherche
· Conservation des espèces · Éthologie / comportement / biologie animale · Oncologie · Recherche fondamentale ·
Mots-clés
Etiage, Adaptation, Comportement, Métabolisme
Autres poissons : 120

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

L’objectif du projet est de décrire la réaction de larves de lamproies et de jeunes anguilles lorsqu’un étiage conduit à un assèchement du lit des rivières. L’alternative est 1) la fuite lors de la baisse progressive du niveau d’eau, vers des zones refuges présentant une plus grande hauteur d’eau, ou 2) l’enfouissement temporaire dans le substrat humide, en attendant que l’eau revienne. En effet, des données préliminaires laissent penser que les larves de lamproies et les jeunes anguilles pourraient survivre plusieurs semaines enfouies dans le substrat humide en absence d’écoulement superficiel d’eau. En revanche, la proportion d’individus optant pour cette stratégie n’est pas quantifiée. Or, cette stratégie, peut-être adaptée pour des assèchements brefs et superficiels, peut éventuellement devenir un piège en cas d’assèchement prolongé ou profond. Pour évaluer la proportion d’individus optant pour chaque stratégie, nous placerons 60 jeunes anguilles et 60 larves de lamproie marine (chaque espèce séparément) dans un aquarium où le niveau d’eau sera progressivement abaissé (2 cm par jour pendant 18 jours) jusqu’à assècher progressivement une surface croissante de substrat. Durant l’abaissement du niveau d’eau, les poissons auront le choix de s’enfouir dans le substrat ou de nager vers des zones où l’eau superficielle subsistera. L’observation directe et l’enregistrement vidéo permettront d’identifier les individus ayant opté pour chaque stratégie. De plus, la stratégie d’enfouissement est censée être d’autant plus efficace que l’individu enfoui parvient à consommer peu d’oxygène pour ses besoins en énergie car il y a peu d’oxygène disponible quand l’eau ne se renouvelle pas. Nous supposons alors que les individus optant pour la stratégie d’enfouissement soient ceux dont le la consommation d’oxygène est la plus faible. Pour tester cette hypothèse, après le test de réaction à l’assèchement nous mesurerons la consommation d’oxygène de chaque individu afin de relier statistiquement la probabilité de chaque stratégie d’échappement de l’assèchement à la consommation individuelle d’oxygène.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Les bénéfices attendus du projet portent sur la réponse d’espèces patrimoniales (l’anguille européenne et la lamproie marine) aux étiages conduisant à des assèchements progressifs de rivière, et seront intégrés dans des modèles visant à prédire l’évolution des populations naturelles dans des environnements soumis au changement climatique. Les connaissances acquises pourront éclairer les stratégies de gestion visant à limiter l’impact du changement climatique sur les écosystèmes aquatiques.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Les individus seront capturés en milieu naturel, par pêche à l’électricité pour les anguilles et par pêche à l’électricité ou tamisage de substrat pour les lamproies. Lors de la pêche à l’électricité, les anguilles seront exposées au champ électrique pendant quelques secondes puis placées en bac de stabulation. Le tamisage de substrat dure environ 5 minutes, après quoi les lamproies sont placées dans un bac de stabulation où elles peuvent à nouveau s’enfouir. Lors du test comportemental chaque individu sera exposé une fois à une baisse progressive du niveau d’eau jusqu’à l’assèchement partiel de l’aquarium. Chaque individu optant pour la fuite à la nage sera collecté dans un piège de type nasse contenant un abri, d’où il sera retiré dans les 12 heures pour être placé en stabulation. Les individus optant pour l’enfouissement seront tous collectés dans le substrat en fin d’expérience. Le test de respirométrie implique de maintenir pendant 20h chaque individu dans une enceinte ayant un volume d’environ 20 fois celui de son corps. Le marquage est effectué une seule fois sous anesthésie, et consiste à l’injection sous-cutanée d’un très petit volume d’élastomère. L’injection dure quelques secondes, et le délai entre le début de l’anesthésie et le réveil est d’environ 5 minutes.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Les effets indésirables potentiels sont liés au stress impliqué par la capture en milieu naturel, l’anesthésie, l’assèchement partiel généré dans l’aquarium, la collecte des individus enfouis dans le substrat, et la contention dans les chambres respirométriques. Pour limiter l’accumulation de stress, les manipulations (capture et transfert d’un dispositif à l’autre, collecte dans le substrat, marquage) seront réalisées minutieusement et rapidement, et seront espacées par des phases d’acclimatation dans l’aquarium, les bacs de stabulation, les enceintes respirométriques. La présence de la marque colorée pourrait causer une gêne liée au volume injecté et augmenter le risque de détection visuelle par des prédateurs sur les individus, qui seront relâchés en milieu naturel après l’expérience. Ces effets indésirables seront limités par la minimisation du volume d’élastomère injecté, qui ne sera visible que par une inspection minutieuse à la loupe.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Tous les individus utilisés seront relâchés en milieu naturel, pour limiter l’effet négatif de notre expérimentation sur les populations dont les individus sont issus.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

Le projet porte sur le comportement de poissons face à un changement de conditions environnementales, et ne peut être mené qu’avec des individus vivants. Les espèces ont été choisies pour leur intérêt patrimonial et leur capacité à exprimer le comportement d’enfouissement donc il ne serait pas possible de les remplacer par des espèces modèles en recherche comme le poisson zèbre ou le medaka, qui ne présentent pas ce comportement.

2. Réduction

3R / Réduction :

L’analyse statistique consistera à estimer la probabilité qu’un individu adopte la stratégie de fuite ou d’enfouissement, en fonction de son métabolisme de repos. Un effectif de 60 individus de chaque espèce (donc 120 au total) nous permettra de détecter significativement un lien statistique entre le comportement et le métabolisme.

3. Raffinement

3R / Raffinement :

Dès leur capture en milieu naturel, les individus seront placés dans des seaux contenant du substrat et des abris pour se cacher. Le test de respirométrie sera mené dans des conditions de faible luminosité et bruit pour limiter le stress, dont des signes pourront être détectés lors du test (agitation, consommation importante d’oxygène comparé aux données de la bibliographie). Le marquage par injection d’élastomère et la biométrie seront effectués sous anesthésie, par une équipe expérimentée, selon une procédure ne durant pas plus de 5 minutes entre le début de l’anesthésie et le réveil. Pour chaque espèce, les tests de respirométrie seront menés pendant environ une semaine ; avant et après leur test respirométrique les individus seront maintenus dans des bacs d’élevages alimentés en eau de rivière et aménagés avec du substrat (sable et gravier) et des abris (pierres, tuiles). Ils seront nourris (sauf dans les 24h précédant le test respirométrique) par distribution de vers de vase (anguillettes) ou par le dépôt de litière en décomposition (ammocètes). La qualité de l’eau (température, pH, sels nutritifs) sera contrôlée deux fois par jour. Le test comportemental consistant à simuler un assec sera effectué dans un aquarium contenant 30 individus pour 10m^2 de substrat, une densité comparable à certaines situations en milieu naturel. Aucun abri ne seras fourni, pour ne pas empêcher la visibilité des individus sur les vidéos, mais l’alimentation sera maintenue. La qualité de l’eau sera également contrôlée. Lors de la stabulation, et des tests comportementaux et respirométriques, les poissons seront observés directement par les expérimentateurs en journée. La nuit (avec un éclairage faible), les poissons seront surveillés grâce à des caméras haute sensibilité diffusant en streaming des vidéos consultables à distance.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Les espèces ont été choisies pour leur intérêt patrimonial, justifiant la compréhension de leurs mécanismes d’adaptation aux conditions écologiques défavorables accentuées par le changement global. Les stades utilisés sont le stade larvaire pour les lamproies (ammocètes) et le stade juvénile pour les anguilles (anguillettes). La bibliographie mentionne la capacité de ces stades à s’enfouir dans le substrat ou à se déplacer dans la rivière lorsqu’elles sont soumises à des étiages conduisant à un assèchement partiel des cours d’eau. Leurs style de vie est complémentaire : les ammocètes vivent normalement enfouies dans le substrat mais peuvent nager en eau libre pour s’enfuir, alors que les anguillettes vivent normalement en eau libre mais peuvent s’enfouir. Les résultats de ce projet alimenteront les stratégies de gestion de ces espèces.