
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 29/05/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-263747)
2 320 souris vont être utilisées, toutes tuées sans réveil pour prélever leurs poumons, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Une substance réactive est déposée dans leurs voies respiratoires pour déclencher une inflammation puis une fibrose pulmonaire, avec un risque de détresse respiratoire modérée. En fin d’étude, chaque animal passe trois à quatre heures en chambre de pléthysmographie. Ces modèles servent au développement préclinique de médicaments, la BPCO citée comme enjeu de santé publique restant l’horizon lointain de ces tests.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
L’inflammation pulmonaire est une réponse biologique complexe du tissu pulmonaire à divers stimuli néfastes : pathogènes, cellules endommagées, substances irritantes, etc. L’inflammation est un mécanisme immunitaire protecteur impliquant les cellules immunitaires, les vaisseaux sanguins et différents messagers cellulaires. Depuis ces dernières décennies, on assiste à une augmentation significative des maladies inflammatoires du poumon, telles que l’asthme ou la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO). L’inflammation peut être aiguë, c’est-à-dire temporaire, ou devenir chronique et donc persister un long moment. Le plus souvent, cette inflammation chronique va évoluer vers une fibrose du tissu pulmonaire qui modifiera la fonction pulmonaire. La BPCO est une maladie chronique inflammatoire qui touche le système respiratoire. La BPCO englobe au moins quatre phénomènes pathologiques, tels que l’emphysème pulmonaire, le remodelage des voies aériennes de petite taille, la bronchite chronique et l’hypertension artérielle pulmonaire. Le tabac est indiscutablement le facteur principal et aggravant de la BPCO chez l’homme. Le modèle animal idéal devrait reproduire les divers phénomènes pathologiques énumérés ci-dessus dans un court laps de temps. Les tests décrits dans ce projet ciblent l’inflammation et la fibrose du système respiratoire dans le cadre de développement préclinique de produits pharmaceutiques. Ces modèles sont mis en place et utilisés afin d’évaluer l’innocuité et/ou l’efficacité de nouveaux candidats médicaments à lutter contre certaines infections pulmonaires. Ces tests fournissent ainsi des données essentielles sur le potentiel thérapeutique des molécules étudiées.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ces modèles d’inflammation ou de fibrose pulmonaire (processus pathologique au cours duquel un tissu normal est remplacé par un excès de tissu conjonctif fibreux, essentiellement constitué de collagène) sont nécessaires à la découverte et la mise sur le marché de nouveaux médicaments sûrs et efficaces pour traiter certaines pathologies pulmonaires. Les traitements ont pour objectif de réduire les symptômes et d’améliorer la tolérance à l’effort des patients. A ce jour, la prise en charge de patients atteints de BPCO reste encore limitée et les conséquences ont un impact sociétal important (médical, psychologique, professionnel, social, familial). Le traitement antifibrosant par pirfénidone ou nintédanib ralentit l’aggravation de la maladie, mais n’entraîne pratiquement pas d’amélioration des symptômes (toux persistante par exemple). Dans ce contexte, il est nécessaire de poursuive la recherche de nouveaux traitements efficaces et sans effets secondaires majeurs. Ainsi, les résultats attendus de ce projet pourraient contribuer à l’identification de nouvelles approches thérapeutiques permettant d’améliorer la qualité et l’espérance de vie des patients.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Pour l’injection de la substance réactive sous aspiration oropharyngée (sous anesthésie légère), l’administration est de l’ordre de la minute. L’inflammation et la fibrose pulmonaire se développent progressivement sur une période de 21 jours (durée maximale de l’expérience). Les traitements sont classiquement administrés soit en aigu (1 fois) soit en chronique (en général 1 à 2 fois/jour pendant 3 semaines maximum). En fin d’étude (généralement le dernier jour, jour 21), les animaux sont placés dans des chambres de pléthysmographie pour l’enregistrement des paramètres respiratoires (stabilisation, puis enregistrement sur une période de 3-4 heures). Pendant l’étude, des prélèvements sanguins intermédiaires peuvent être réalisés (maximum 2, pas plus de 10% du volume sanguin au cours de l’étude). Enfin, un prélèvement sanguin ou de liquide bronchoalvéolaire sous anesthésie est réalisé juste avant l’euthanasie
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Dans ce type de procédures, il est attendu une réaction inflammatoire principalement localisée au niveau pulmonaire pouvant évoluer vers la fibrose. L’inflammation est liée aux effets de substances administrées par voie intra-trachéale dont les effets sont bien caractérisés. Dans le cas de l’inflammation pulmonaire et/ou de la fibrose, les paramètres respiratoires peuvent être altérés et induire une détresse respiratoire modérée. Les traitements testés peuvent potentiellement induire des effets secondaires qui dépendent de la nature du traitement (antiinflammatoire, antifibrotique, immunosuppresseur, etc.), tels que perte de poids, troubles gastro-intestinaux, altérations métaboliques…, qui seront surveillés étroitement afin de garantir le bien-être des animaux
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les animaux sont euthanasiés pour recueil du liquide bronchoalvéolaire et des poumons (pas de réveil).
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
En amont des tests in vivo, des tests in silico ou in vitro ont pu être réalisés. Cependant, même si ces tests peuvent apporter des données préliminaires ou complémentaires (permettant ainsi un tri des substances à étudier, et donc réduisant de fait le nombre d’animaux utilisés), ils ne peuvent entièrement suppléer les modèles animaux car ils ne permettent pas d’évaluer les pathologies dans un environnement biologique et immunologique intact comme cela est possible chez l’animal.
2. Réduction
Le nombre d’animaux utilisé pour chaque étude a été optimisé de façon à obtenir des données suffisantes pour interpréter les résultats de façon correcte, évitant ainsi une répétition des études. Le nombre d’animaux utilisés pour chaque étude sera optimisé de façon à intégrer dans une même expérience la relation dose-effet et la comparaison par rapport à un groupe contrôle négatif et éventuellement positif. Nos données historiques ainsi que celles de la littérature indiquent qu’il est nécessaire d’inclure, selon le modèle, de 8 à 16 animaux par groupe (nombre de groupes variable en fonction du nombre de doses et de produits à tester) pour atteindre une sensibilité correcte. Lorsque celà est possible, des prélèvements sanguins intermédiaires (autre que terminal) peuvent être envisagés sur un même animal, permettant ainsi de générer des données sur la cinétique d’action de la molécule testés sans utiliser un plus grand nombre d’animaux.
3. Raffinement
Le raffinement des méthodes expérimentales pour réduire au maximum la souffrance animale est mis en oeuvre grâce à l’utilisation de points limites clairement établis, permettant d’euthanasier tout animal présentant des signes de douleur, de souffrance ou d’angoisse dépassant le cadre de l’étude. En cas de doute sur l’état général de l’animal, une évaluation approfondie sera réalisée quotidiennement jusqu’au retour aux paramètres physiologiques normaux ou jusqu’à atteinte des points limites. Un formulaire interne spécifique à l’espèce sera alors complété. Il intègre l’aspect général, l’aspect du pelage, des yeux, la posture, les réactions de l’animal quand il est approché ou stimulé, la respiration, l’appétit, le poids, l’état d’hydratation, les tremblements ou les convulsions, la présence de plaie, de tumeurs ou autres évènements imprévisibles. Ce formulaire de suivi des points limites permet de prendre les bonnes décisions en évitant toute souffrance animale. Il est aussi mis en place un enrichissement complet dans l’hébergement des animaux (e.g. sous la forme de jouets, litière, objets de nidification, objets à ronger ou mastiquer, présence de congénères…).
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le choix de l’espèce repose sur les données issues de la littérature scientifique. La souris est retenue pour ces études car elle constitue le modèle de référence pour l’exploration des mécanismes d’inflammation aiguë et de fibrose pulmonaire induites par des agents réactifs tels que le LPS ou la bléomycine (recrutement des cellules inflammatoires, activation macrophagique, signalisation TGF-β et dépôt de matrice..). Elle présente des voies immunitaires et des processus de remodelage tissulaire comparables à ceux de l’homme, permettant une transposition pertinente des résultats vers la physiopathologie humaine. De plus, la disponibilité de nombreux modèles génétiques validés chez la souris permet de mener une investigation mécanistique approfondie et robuste. Principalement sur des souris ayant été sevrées, conformément aux données historiques et à la bibliographie scientifique (classiquement souris agées de 10 semaines).