
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 19/09/2023
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-277753)
900 chiens et furets vont être utilisés dans des procédures impliquant une souffrance déclarée de légère à sévère, dont 200 sévères, une partie réutilisée et environ 300 tués à l’issue. Ils reçoivent des substances destinées à provoquer ou à supprimer les vomissements, les furets étant instrumentés d’un implant télémétrique et d’un cathéter abdominal enregistrant la pression pendant plusieurs jours, pour évaluer l’effet émétique ou anti-émétique de candidats médicaments. Le porteur classe en sévère les tests reposant sur le cisplatine, décrit comme provoquant des vomissements comparables à ceux des patients sous chimiothérapie, et présente ces épreuves comme un prérequis réglementaire avant mise sur le marché. Il indique réutiliser les animaux après récupération et reclasser certains chiens après avis vétérinaire, ceux des procédures sévères étant tués.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Les nausées et vomissements sont des effets secondaires courants et très redoutés des patients traités par chimiothérapie. L’intensité des nausées et vomissements observés chez les patients en cure chimiothérapique dépend de facteurs directement liés au sujet et à la nature même de l’agent cytotoxique administré. L’efficacité anti-émétique reconnue des substances antagonistes des récepteurs 5-HT3, n’empêche malheureusement pas l’apparition des crises émétiques chez tous les patients en chimiothérapie oncologique. De plus, la persistance des vomissements retardés constitue toujours un problème clinique majeur. Les études précliniques se poursuivent donc pour découvrir des agents pharmacologiques aux propriétés anti-émétiques plus marquées que celles des substances actuellement utilisées, mais aussi pour mieux comprendre les mécanismes physiopathologiques responsables des vomissements chimio-induits. Pour contrer ces problématiques cliniques, chez l’homme ou l’animal, et de disposer de médicaments efficaces et sûrs, il est aujourd’hui encore nécessaire d’effectuer quelques tests sur l’animal. Ces tests consistent à étudier l’efficacité ou la toxicité des futurs médicaments, avant leurs mises sur le marché et pour limiter tout risque sur l’Homme adulte, les enfants ou les nourrissons. Souvent, ces médicaments serviront de base pour en produire de nouveaux utilisables en médecine vétérinaire pour traiter les maladies animales. Les tests décrits dans ce projet ciblent l’évaluation des effets émétiques (effets secondaires) ou anti-émétiques (étude d’efficacité) de substances dans le cadre de développement pré-clinique de produits pharmaceutiques. Contrairement aux rongeurs qui ne vomissent pas, le furet ou le chien sont considérés comme les espèces de choix pour évaluer les effets émétiques ou anti-émétiques de substances. Ces modèles seront mis en place et utilisés afin de tester l’efficacité des médicaments et de s’assurer qu’ils n’induisent pas d’effets secondaires ou inattendus. Ils entrent comme prérequis règlementaires pour obtenir les autorisations de commercialisation des nouveaux médicaments.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ces différents modèles sont nécessaires à la découverte et la mise sur le marché de nouveaux médicaments sûrs et efficaces pour traiter les problématiques de vomissement quels qu’en soient l’origine ou le mécanisme d’action. Ils permettent également de disposer de modèle équilibré, léger lorsque l’indication/mécanisme d’action correspond à un vomissement bénin chez le patient. Ils peuvent être classés comme sévère (e.g. cisplatin), lorsque l’indication/mécanisme d’action est très sévère ou mortel chez les patients (vomissements liés au cancer et traitements chimiothérapeutiques).
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Si l’évaluation de la phase précoce d’emesis est relativement facile par observation directe de l’animal, cela s’avère plus compliqué quand les effets émétiques sont attendus sur plusieurs jours, comme cela est le cas avec le cisplatin par exemple (phase précoce suivie d’une phase retardée). Dans ce cas, les furets sont instrumentés avec un implant télémétrique. Un cathéter est placé dans la cavité abdominale et la pression abdominale est enregistrée en continu pendant plusieurs jours. Lors d’un événement émétique, les muscles abdominaux se contractent entrainant une augmentation de la pression abdominale. Les animaux restent hébergés en groupe pendant les périodes d’enregistrement. En fin d’expérience, tous les prélèvements nécessaires (histologie, prélèvement sang etc…) sont réalisés de façon à pouvoir effectuer l’ensemble des analyses nécessaires sur les mêmes lots. Cela permet de réduire significativement le nombre d’études, d’éviter d’avoir à dupliquer des expériences ou d’inclure des animaux satellites pour la vérification de l’exposition plasmatique par exemple. Un prélèvement de sang chez l’animal vigile (par exemple, à la veine cave crâniale chez le furet ou veine jugulaire chez le chien) est classiquement réalisé dans ce type d’expérience. Pour les besoins des études, les animaux peuvent être enthanasiés pour le prélèvement des organes cibles d’intérêt (cerveau, rein, …).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Dans ce type de procédures, il est attendu de voir la potentielle apparition d’événements émétiques (vomissement et haut le coeur). L’anticipation de ces effets sert à écarter des molécules inacceptables ou à établir la balance « bénéfice/risque » pour permettre un bon emploi des médicaments de demain. Les expérimentations animales occupent aujourd’hui une place centrale dans les démonstrations. Ces études ont pour objectif de renseigner des effets secondaires ou de l’efficacité des substances testées, des doses ayant induit ces effets et de la vraisemblance biologique d’un effet suspecté chez l’homme. Selon la durée et la fréquence de ces événements, ces procédures engendrent une souffrance plus ou moins intense et sont donc classées de légère à sévère. Pour le développement d’un nouveau médicament, 3 doses sont classiquement testées dans la même expérience (soit 24 furets ou 15 chiens) en comparaison d’un groupe contrôle. Selon les espèces, un effectif minimum de 8 (furet) ou 5 (chien) est inclus dans les expériences pour mettre en évidence un effet suffisamment robuste. Il est donc difficile de diminuer l’effectif en fonction de la sévérité de la procédure.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Pour les procédures légères ou modérées, les animaux peuvent être réutilisés après l’approbation du vétérinaire. Pour les procédures sévères, les animaux sont euthanasiés à la fin du test. Lorsque possible et après avis vétérinaire, un programme de reclassement des chiens est mis en place.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Les techniques, décrites et validées dans ce projet, sont utilisées dans divers modèles animaux qui ne peuvent pas être remplacés par des méthodes alternatives car ils impliquent l’observation des effets de substances pharmacologiques sur l’apparition d’événements émétiques (haut-le-cœur et vomissement, principalement).
2. Réduction
La réduction du nombre d’animaux utilisé dans le projet est garantie par la réutilisation des animaux entre différentes sessions. Une période de récupération d’une semaine est généralement observée. D’autre part, la stratégie expérimentale, dans le contexte de l’évaluation de composés potentiellement émétiques, est de démontrer que le produit testé n’induit pas fréquemment d’effet émétique. Afin de limiter la consommation d’animaux dans les études ultérieures, les effets potentiellement émétiques ne sont testés que sur quelques animaux par dose croissante. Dans ce contexte, aucune analyse statistique n’est réalisée. Cinq chiens ou 6 furets sont classiquement inclus dans ces expériences. Les analyses de puissance ne sont pas réalisées car il serait nécessaire de générer de nombreuses études avec systématiquement le même agent émétique. Dans le contexte de l’évaluation de composés potentiellement anti-émétiques, la stratégie expérimentale consiste à comparer, à l’aide de tests de Mann-Whitney U, les groupes recevant les substances d’essai à un groupe contrôle recevant un agent émétique, l’objectif étant de réduire le nombre d’évènements émétiques induits par l’agent émétique. Le nombre d’animaux utilisés pour chaque étude sera optimisé de façon à intégrer dans une même expérience la relation dose-effet et la comparaison par rapport à un groupe contrôle positif et négatif. Cherchant à réverser/diminuer l’effet émétique d’une substance réactive, nous pouvons observer une variabilité inter-individuelle de réponse pouvant être liée à l’agent émétique utilisé et à la substance d’essai évaluée. Afin d’avoir une réponse suffisamment reproductible, le nombre d’animaux par groupe est augmenté. Huit furets ou 5 chiens sont classiquement inclus dans ces expériences.
3. Raffinement
Dans le cadre du projet, les mesures de raffinement qui s’intègrent dans la règle des 3Rs, vont consister en un suivi des points limites permettant d’euthanasier précocement tout animal présentant des signes de douleur, de souffrance ou d’angoisse (incluant une surveillance de l’aspect général, un suivi de poids). De plus, les animaux sont manipulés fréquemment par des techniciens formés et attentifs et suivis par le vétérinaire. Il est également mis en place un enrichissement complet dans leur hébergement, sous la forme de litière, objet de nidification, objet à ronger ou à mastiquer, présence de congénères. Prises dans leur ensemble, ces mesures tendent à limiter la variabilité des données
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Les tests seront réalisés chez le furet ou le chien. Le furet est considéré comme l’espèce de choix pour évaluer les effets émétiques ou anti-émétiques de substances. Le chien est également utilisé pour évaluer les effets émétiques ou anti-émétiques de certaines substances ne pouvant pas être administrées en première intention chez le furet. Ces 2 espèces ont un réflexe de vomissement comparable à l’homme (Les rongeurs et herbivores ne vomissent généralement pas). Furets et chiens adultes conformément aux données historiques et à la bibliographie scientifique