
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2023-11-24 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-279590)
150 rats vont être utilisés, tous tués à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance sévère. On leur injecte des composés directement dans le cerveau sous anesthésie, puis on en place une partie jusqu’à cinq jours en cage à métabolisme, sur sol grillagé et isolés, pour mesurer le devenir de candidats médicaments dans l’organisme. Le porteur qualifie lui-même de sévères la douleur chirurgicale et le stress de la cage à métabolisme, et prévoit une mise à mort au-delà de 15 % de perte de poids. Il présente ces études comme « requises par les instances réglementaires » avant tout passage chez l’humain, en visant des cancers du cerveau comme le glioblastome pédiatrique.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
En phase préclinique, le développement d’un médicament évalue différents paramètres dans le but de démontrer son efficacité ainsi que sa bonne tolérance et élimination par l’organisme. Parmi les données à apporter lors de la constitution d’un dossier en vue d’une demande de mise sur le marché, une évaluation de la pharmacocinétique comprenant les étapes d’absorption, de métabolisme, de distribution et d’excrétion, du composé actif est nécessaire. L’objectif de ce projet est d’évaluer in vivo l’absorption, la distribution, la métabolisation et l’excrétion de composés biologiques ou chimiques après une ou plusieurs administrations chez le rongeur, par voie intracorticale (dans le cerveau). Cette approche est en particulier justifiée dans le cas de l’évaluation d’approches thérapeutiques ciblant spécifiquement le cerveau, pour des pathologies – notamment en oncologie (par exemple glioblastomes pédiatriques) – pour lesquelles le besoin médical est critique. Certains paramètres d’absorption, de distribution, de métabolisme et d’élimination des composés seront si possible déterminés préalablement in vitro, avant l’évaluation plus exhaustive in vivo chez le rat. Dans certains cas, il sera possible d’avoir recours à une forme radiomarquée des composés afin de faciliter leur dosage et l’identification de leur distribution. La procédure de ce projet permettra d’étudier la pharmacocinétique des composés testés in vivo, par administration par voie intracorticale de la molécule froide ou radioactive, des animaux contrôles seront traités par administration intraveineuse avec le même composé. Selon les objectifs d’étude, pour l’évaluation des excrétions (fèces et urine), une partie des animaux seront placés en cage à métabolisme en hébergement individuel pour d’une durée maximale de 120h (5 jours). Des prélèvements divers (notamment sanguins), pourront être effectués in vivo dans le respect des recommandations vétérinaires afin de doser le composé dans ces fluides, et des prélèvements d’organes pourront avoir lieu, exclusivement post mortem. Les urines et fèces seront récupérés grâce aux dispositifs de la cage à métabolisme, sans intervention sur l’animal.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
Ce projet permettra d’évaluer chez le rat la pharmacocinétique in vivo de composés biologiques ou chimiques après une administration chez le rongeur, sur une période allant de 1 jour à 28 jours. Lors du développement d’un médicament, cette évaluation est requise par les instances règlementaires avant passage en phase clinique. Ainsi, le comportement de la molécule dans l’organisme, son métabolisme, sa distribution dans les tissus et son excrétion pourront être anticipés avant de réaliser les études chez l’homme. La voie d’administration des composées (intracorticale = dans le cerveau) adresse le cas de pathologies difficiles à traiter et pour lesquelles le besoin médical actuel est critique, notamment en oncologie (par exemple glioblastomes pédiatriques). Le bénéfice attendu du développement de nouvelles molécules thérapeutiques est donc particulièrement important.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
Des composés chimiques ou biologiques froids ou radiomarqués seront administrés aux animaux par voie intracorticale, sous anesthésie générale d’environ une heure avec analgésie.Les administrations intraveineuse (IV) dans la veine caudal (veine de la queue) seront réalisée si nécessaire sous anesthésie générale à l’Isoflurane (cas de produit radiomarqué). Les traitements pre et post opératoire les administrations sous cutanée (SC) et intrapéritonéale (IP) seront réalisées sur animaux vigile (acte bref d’une minute sur animal vigile. Le nombre et la fréquence des administrations sera déterminé en fonction de l’objectif de chaque étude. Les volumes administrés et fréquences d’administration respecteront les recommandations. La phase in vivo pourra durer jusqu’à un maximum de 5 jours en cage à métabolisme ou 28j en cage standard. Des prélèvements de sang, d’organes, d’urine et de fèces pourront être réalisés afin de suivre la biodistribution et l’élimination des produits administrés. Pour les prélèvements individuels d’urine et/ou de fèces, il pourra être nécessaire d’héberger individuellement les animaux en cages à métabolisme, au maximum 120h (5 jours). En fin de projet, les animaux seront euthanasiés pour récupération des organes et du sang. Avant euthanasie, sous anesthésie générale profonde avec analgésie, une perfusion pourra être réalisée pour rincer les organes. Cela durera moins d’une heure avant euthanasie.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.
La chirurgie et la voie d’administration des composés génèreront une douleur opératoire et post opératoire de niveau sévère, justifiant la mise en place d’une analgésie, une perte de poids transitoire sera attendue sur un maximum de 7 jours. De plus, la chirurgie pourra induire d’autres effets indésirables de type neurologique, considérant le site de dépôt du produit. Deux à 3 jours avant le démarrage de l’étude, les animaux seront répartis en groupes homogènes (poids des animaux) et donc potentiellement mis en présence de nouveaux congénères. Cette nouvelle organisation sociale pourra engendrer un stress léger pendant 1 à 2 jours. Au cours d’une étude, les animaux seront manipulés. Les mesures de poids et prélèvements entraînent un stress que l’on peut considérer comme faible, et qui diminue avec l’habituation. Lorsque cela sera nécessaire, le placement en cage à métabolisme génèrera un stress sévère après administration intracorticale. Dans ces conditions d’hébergement dérogatoire (et justifiées scientifiquement pour le suivi individuel des excrétions), les animaux seront placés sur un sol grillagé, ce qui pourrait gêner leur locomotion. Ils seront hébergés individuellement, mais resteront en contact visuel avec leurs congénères. Aucune toxicité du produit n’est attendue dans les conditions prévues de dose de produit utilisées.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
Après la procédure , les animaux seront mis à mort afin de pouvoir procéder à la récupération des organes et de grands volumes de sang, nécessaires pour évaluer l’effet des composés testés.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
Les molécules chimiques ou biologiques dont la pharmacocinétique sera évaluée dans ce projet auront été si possible au préalable sélectionnées à l’aide de tests in vitro (tests sur hépatocytes, microsomes, etc.) afin de s’assurer de leur efficacité, de leur spécificité, de leur propriété pharmacocinétique favorables et de leur absence de toxicité. Ces données sont insuffisantes pour avoir une bonne prédiction de la pharmacocinétique in vivo des molécules et d’autant plus pour permettre l’extrapolation de l’animal à l’homme. La pharmacocinétique réelle des meilleures molécules candidat devra donc être étudiée en premier lieu chez le rat.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Ces études pré-règlementaires constituent une des dernières étapes des phases de développement préclinique, stade auquel les molécules évaluées auront déjà été sélectionnées en tant que candidat médicament parmi de nombreuses autres molécules. La validité scientifique nécessite d’utiliser un nombre minimum d’animaux par groupe pour que les tests statistiques soient valides et représentatifs d’éventuelles variations inter-individus. Une étude peut être composée de 2 à 15 groupes. Le nombre d’animaux par groupe variera généralement entre 3 (biodistribution) à 15 par dose de produit. Le nombre minimal d’animaux surnuméraires, sera utilisé afin de constituer plus facilement des groupes homogènes au moment de l’initiation de l’étude. Pour réduire le nombre d’animaux utilisés dans cette procédure, il sera toujours proposé d’utiliser des prélèvements séquentiels d’un même animal.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
Les animaux seront randomisés minimum 2 jours avant la chirurgie. Pour le groupe d’animaux devant être mis en cage de métabolisme une phase progressive d’habituation sera mise en place (sur 3 jours). Un enrichissement de l’environnement est utilisé dans toutes les cages et dans les cages à métabolisme l’enrichissement sera adapté. La procédure chirurgicale permettant le traitement intracortical (dans le cerveau) sera réalisée par des techniciens maitrisant les gestes chirurgicaux spécifiques. L’absence de conséquence neurologique a été démontrée dans des études préalables. La réalisation de la procédure sera suivie par la SBEA et toutes propositions seront étudiées. La procédure sera réalisée sous anesthésie générale combinant une anesthésie fixe et une anesthésie gazeuse avec une analgésie opiacée et un anti-inflammatoire non stéroïdiens. Une anesthésie locale sera également administrée en sous-cutané avant la chirurgie. L’analgésie sera renouvelée 4h et 6-8h après la chirurgie puis 2 fois le lendemain et le surlendemain de la chirurgie (couverture 72h). L’anti-inflammatoires non stéroïdiens ou un corticoïde sera renouvelé pendant 2 jours. Un soutien thermique (tapis chauffant ou armoire chauffante) sera mis en place durant toute l’anesthésie et la phase réveil. Les administrations IV et prélèvements seront réalisés sous anesthésie sauf si la contention génère moins de stress. Les expérimentateurs sont formés pour évaluer l’état de souffrance et les points limites. Une grille de scoring est mise en place pour statuer sur la mise à mort de l’animal. Les principaux points limites sont listés dans la procédure. Les scores cliniques les plus élevés et l’accumulation de scores intermédiaires constitueront un point limite. Après chaque manipulation lorsque cela est possible l’animal recevra une récompense (contact positif). • Les animaux seront pesés au minimum 2 fois par semaine et pesés quotidiennement pendant les 7 jours suivant la chirurgie.Si perte du poids >10% : pesées quotidiennement et ajout de capsules d’eau gélifiées Poids entre 10 et 15% : réhydratation avec du Ringer Lactate (1mL) 1 fois par jour. Si perte de poids > 15% ou >10% pendant plus de 3 jours constituera un point limite. Le maintien des animaux en cage à métabolisme sera évalué quotidiennement par le vétérinaire ou la SBEA
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
La réglementation demande de réaliser les études précliniques sur plusieurs espèces différentes, or pour la réalisation de cette procédure chirurgicale, le rat en raison de sa taille, est l’espèce la plus adaptée. Les animaux seront utilisés après sevrage à l’âge de jeunes adultes (7 semaines minimum). Des animaux adultes seront utilisés afin qu’ils aient leur poids et leur morphologie adulte pour mieux supporter les effets de la chirurgie et les effets secondaires des composés à tester