Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Le cancer de la surrénale est un cancer agressif avec environ 35 % des patients présentant des métastases lors du diagnostic initial. Le mauvais pronostic de ce cancer peut être attribué au manque de thérapies efficaces. En effet, un traitement curatif n’existe que pour les patients porteurs de cancers à faible agressivité qui subissent une résection chirurgicale complète. Malgré des traitements lourds reposant sur le mitotane (un agent chimique dérivé d’un insecticide) et une tri-chimiothérapie, les patients présentant une récidive ou une maladie métastatique, pour lesquels la chirurgie n’est pas une option, ont de faibles chances de survie à long terme (médiane à 14,8 mois). Récemment, l’analyse d’un modèle de souris génétiquement modifiée, reproduisant des altérations génétiques identifiées chez les patients porteurs de cancers de la surrénale agressifs a permis de mettre en avant un rôle probable de certaines cellules de l’immunité dans la progression tumorale. Notre but est donc de décrypter le rôle de ces cellules dans la progression tumorale grâce à l’étude d’un modèle de cancer de la surrénale agressif chez la souris. L’objectif à long terme de ces expériences est de développer une nouvelle approche thérapeutique ciblant ces cellules pour moduler leurs fonctions, ce qui permettra d’améliorer le traitement et la survie des patients.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

La réalisation de ce projet nous permettra d’évaluer l’intérêt potentiel de cibler certaines cellules de l’immunité ainsi que les leviers d’action utilisables pour moduler leur activité dans un modèle de souris génétiquement modifiées reproduisant les deux altérations génétiques les plus fréquemment retrouvées chez les patients porteurs des cancers de la surrénale les plus agressifs. Ceci devrait permettre de proposer de nouvelles pistes de traitement et d’améliorer le pronostic de ce cancer, qui reste aujourd’hui défavorable.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

– Injection intrapéritonéale d’anticorps déplétant. Durée 15 secondes, sur animal vigile. 6 fois pour 1 lot de 12 souris ; 15 fois pour 12 souris ; 21 fois pour 12 souris ; 27 fois pour 36 souris. – Prise de sang mandibulaire (veine faciale). Durée 30 secondes, sur animal vigile. 1 fois pour 96 souris ; 2 fois pour 126 souris ; 3 fois pour 96 souris ; 6 fois pour 12 souris ; 8 fois pour 12 souris ; 9 fois pour 24 souris ; 10 fois pour 12 souris. – Rasage des flancs + mesure des tumeurs par échographie sous anesthésie gazeuse à l’isoflurane. Durée 30min. 1 fois pour 84 souris ; 5 fois pour 84 souris ; 10 fois pour 150 souris ; 14 fois pour 84 souris. – Injection intraveineuse (sinus rétro-orbitaire) d’anticorps fluorescent sous anesthésie gazeuse à l’isoflurane. Durée 5min. 1 fois pour 108 souris.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

L’injection intrapéritonéale de l’anticorps déplétant peut engendrer un stress de courte durée dû à la contention, ainsi qu’une douleur légère et de courte durée au site d’insertion de l’aiguille. Il en est de même pour la prise de sang au niveau mandibulaire. Les deux manipulations seront réalisées par un opérateur expérimenté afin de limiter ces effets indésirables. De plus, pour réaliser les échographies de suivi, le rasage du flanc des souris sous anesthésie à l’isoflurane n’engendre pas de douleur mais peut induire un stress léger. Le modèle de souris génétiquement modifié utilisé présente un développement tumoral et éventuellement des métastases, sans aucun signe de détresse ni de douleur. L’injection intraveineuse de l’anticorps permettant le suivi de certaines cellules de l’immunité circulantes, réalisée sous anesthésie à l’isoflurane, peut engendrer un stress léger et de courte durée dû à la manipulation des animaux.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Tous les animaux ayant subi la procédure seront mis à mort à la fin de l’expérience pour la réalisation de différentes analyses permettant d’évaluer l’implication des cellules immunitaires dans la survenue du phénotype agressif du cancer de la surrénale, ainsi que leurs fonctions au sein de la tumeur agressive.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

Le développement et la progression du cancer vers des stades avancés sont fortement dépendants de l’environnement (vascularisation, facteurs de croissance, système immunitaire périphérique…), et ne peuvent pas être reproduits in vitro. Ainsi, la nécessité d’avoir recours à des animaux se justifie in fine par le fait que le développement tumoral est un processus complexe impliquant de nombreux types cellulaires dont les interactions sont cruciales pour favoriser la progression de la tumeur. Pour ces raisons, des méthodes expérimentales n’impliquant pas l’utilisation d’animaux vivants n’apportent pas le même niveau d’information et ne pourront pas répondre à la question posée dans notre projet.

2. Réduction

3R / Réduction :

Nous effectuerons une mise au point technique sur des souris sauvages, afin de limiter le recours à des animaux génétiquement modifiés qui présentent un phénotype dommageable. Les lots (taille et composition) ont été déterminés sur la base de l’article décrivant le protocole que nous appliquerons, ainsi que sur l’expérience acquise au laboratoire et la nécessité de recourir aux 2 sexes pour les expériences. Deux protocoles ont été prévus uniquement dans l’hypothèse où le premier ne fonctionnerait pas. Ainsi, si le premier donne satisfaction, le nombre de souris ne sera pas doublé. De plus, si cette preuve de concept échoue, une partie du projet ne sera pas réalisée. En ce qui concerne le recours à des souris génétiquement modifiées, les croisements effectués pour générer les souris d’intérêt seront optimisés et toutes les souris générées seront utilisées puisque les individus contrôles obtenus par ces croisements seront utilisés pour les reproductions suivantes et/ou comme souris contrôles des expériences.De plus, dans l’optique de réduire le nombre d’individus par expérience, nous planifions systématiquement plusieurs analyses simultanées, de sorte que les deux glandes surrénales de chaque individu soient utilisées. De même, le sang des animaux mis à mort sera systématiquement recueilli afin de réaliser les analyses hormonales. Pour les analyses statistiques nous utiliserons des tests non paramétriques destinés à l’analyse de petits lots expérimentaux pour comparer les lots entre eux.

3. Raffinement

3R / Raffinement :

Les animaux seront hébergés en groupes sociaux et en présence de matériel spécifiquement conçu pour le bien-être des souris : ajout de plaques de papier à ronger et de maisons en carton ou polycarbonate, et/ou de tunnels en plastique. Les animaux seront surveillés quotidiennement par du personnel qualifié, des points limites précis seront établis et les expériences seront arrêtées en conséquence.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Les rongeurs sont les animaux couramment utilisés comme modèles de pathologies humaines, y compris dans le domaine de l’oncologie. Le modèle de souris génétiquement modifié que nous allons utiliser, basé sur deux mutations majeures retrouvées chez les patients atteints de cancers de la surrénale agressifs, retrace les caractéristiques humaines principales de la pathologie. La connaissance approfondie du génome de la souris, la redondance des types cellulaires présents et la similarité des mécanismes immunitaires mis en place chez la souris et chez l’homme, ainsi que l’existence d’outils moléculaires permettant de suivre de nombreux paramètres biologiques en font un modèle de choix. Nous dépléterons certaines cellules immunitaires chez des souris sauvages adultes âgées de 7 semaines, âge auquel le système immunitaire est mature. La déplétion sera poursuivie pendant 2 mois car ces souris doivent servir de preuve de concept pour une déplétion dans le modèle génétiquement modifié, adulte également. Le modèle de souris génétiquement modifié que nous allons utiliser est connu pour développer des cancers de la surrénale agressifs à partir de 4 mois, la dissémination métastatique étant évidente à 6 mois. Nous dépléterons donc certaines cellules immunitaires dès le début de la progression vers le caractère agressif (4 mois) pour suivre l’importance de ces cellules dans ce processus et pousuivrons le traitement pendant 2 mois, tout en suivant la progression tumorale par échographe jusqu’à 6 mois. Nous souhaitons également étudier la variété/les fonctions de ces cellules immunitaires au cours du développement des tumeurs agressives dans le modèle de souris génétiquement modifié. Nous utiliserons donc des animaux entre 3 (contrôles pré-tumoraux) et 6 mois d’âge.