
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 09/01/2024
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-362702)
200 souris et 200 rats vont être utilisés, tous tués à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance sévère. Ils sont isolés quatre jours puis reçoivent un appât anticoagulant, avant une surveillance quotidienne sur 28 jours et une mise à mort dès les premiers signes d’empoisonnement. Le porteur décrit des hémorragies, un état de faiblesse et une anémie conduisant à la mort, et empoisonne ainsi des rongeurs pour homologuer des produits destinés à tuer des rongeurs. Il affirme qu’aucun remplacement n’est possible, la réglementation imposant de tester l’appétence et la mortalité sur les espèces cibles.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
La lutte contre les rongeurs est un enjeu de santé publique et un enjeu économique majeur pour l’industrie agro-alimentaire. En plus des mesures classiques d’hygiène et de conception des bâtiments, la politique de lutte contre les rongeurs fait appel à des appâts anticoagulants. Ces appâts sont consommés par les rongeurs et ils ont un effet biocide. L’utilisation de ces biocides est considérée comme étant la méthode chimique létale la plus efficace. Tous les anticoagulants ont le même mécanisme d’action, ils inhibent les facteurs de la coagulation sanguine, dits « vitamine K1 dépendants », conduisant à un trouble de la coagulation. Ce trouble de la coagulation engendre de la mortalité dans la population de rongeurs diminuant ainsi les problèmatiques liées à une surpopulation. La toxicité de ces anticoagulants est connue et souvent déjà bien évaluée in vitro et in vivo. Cependant, la réglementation exige de nouveaux tests in vivo si la composition d’un traitement évolue (e.g. : concentration, appétence augmenté, passage d’une formulation liquide à une formulation solide). En effet, le changement de composition peut entrainer une modification du comportement des rongeurs face à l’appât. Selon la réglementation, ces produits modifiés doivent être obligatoirement testés conformément à des recommandations précises avant de pouvoir être mis sur le marché. L’entreprise à l’origine de cette DAP est prestataire pour d’autres entreprises. Ces entreprises lui délèguent les tests nécessaires à l’homologation de leurs produits anticoagulants rodenticides ou le cas échéant la ré-homologation imposée par la législation après 5 ans d’utilisation commerciale. Les procédures réalisées dans ce projet permettent de tester l’appétence et l’efficacité d’un rodenticide sur rat et/ou souris (mesure de la consommation et de ses effets). Les résultats de ces procédures permettrons de jugué quant à l’homologation du produit ou non. Cette demande d’autorisation de projet, encadre différents produits et formulations de produits provenant de différents délégataires. Les principes actifs de ces produits sont tous des anticoagulants perturbant le métabolisme de la vitamine K. Les résultats des procédures alimentent un dossier réglementaire très strict permettant de réaliser des demandes d’autorisation de mise sur le marché. Ces autorisations sont obligatoires et positivement bien encadrées.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
La gestion problématique des déchets de consommations et des poubelles a intensifié un fait ayant toujours existé, la présence de rats et de souris en contact direct avec l’être humain. Comme pour beaucoup d’espèces vivantes, une prolifération intense engendre des conséquences négatives. Dans notre cas, la prolifération de rats et de souris peut avoir des conséquences sanitaires (droit de retrait pour le rammassage des containers poubelle, leptospirose, transmission de diverses bactéries et helminthes), cela peut entrainer des dégâts sur les ressources alimentaires (10% à 15% des pertes mondiales :consommés/contaminés/jetés) et les rongeurs sont à l’origine de dégâts matériels conséquent (en France : coût annuel des dégâts = environ 38 millions d’euros, galeries, accès aux bâtiment, sites de passage souillés, câbles rongés, accidents liés au dysfonctionnement). De plus les proliférations de rongeurs ont un impact très négatif sur l’image des sites infestés et une répercution économique et sociale importante sur ces sites (fermetures d’écoles, industrie agroalimentaire fermé par le autorités sanitaires, restaurant, boulangeries). Quant aux particuliers concernés par ces infestations la répercussion psychologique n’est pas négligeable. Le développement de produits rodenticides plus performants est un élément important de la lutte contre la prolifération des rongeurs. L’utilisation d’anticoagulants est le moyen chimique le plus efficace pour diminuer la pression parasitaire. Ces anticoagulant doivent être homologués, aussi la réalisation de tests réglementaires est indispensable à la mise sur le marché de ces produits. De plus, les rodonticides ne présentant pas les résultats attendus par la réglementation ne seront pas autorisés. Donc ce projet permet d’empêcher la mise sur le marché de produits inefficaces. Or l’utilisation de produits inefficaces peut être à l’origine de résistances pour la cible (rongeurs) mais demeurer mortel pour des espèces non-ciblées (eg.chien). Aussi Il est très important de tester ces produits afin d’écarter les produits inefficaces. En résumé, il y a des avantages économique, écologique, sociale et sanitaire à la mise sur le marché de produits efficaces, or cette mise sur le marché nécessite la réalisation des tests décrits dans ce projet comme préconisé par la loi et la réglementation.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux seront maintenus en cage individuelle (isolement) durant 4 jours. Les cages des animaux isolés sont à proximité de cages contenant des congénères afin de conserver un contact visuel, sonore et olfactif. Les cages individuelles contiennent un enrichissement supplémentaire (abris et du coton). Durant 4 jours, un produit anticoagulant est proposé à la consommation en libre choix en regard d’une alimentation habituelle. Quotidiennement durant 28 jours, les animaux sont sortis de leur cages et doucement manipuler durant moins de 10 minutes afin d’observer leur orifices (nez, yeux, bouche oreille, anus appareil génital) et d’être pesé. Lorsque les animaux présentent les signes cliniques d’une intoxication aux anticoagulants, alors afin de limiter la souffrance des animaux, ils sont mis à mort.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Au regard de leur nature sociale, l’isolement des individus (rats et souris) durant 4 jours est une source de mal-être chez le rat et la souris. C’est à pondéré avec un maintien des individus à proximité d’autres cages afin de maintenir un contact visuel, auditif et olfactif avec leurs congénères. Nous n’attendrons pas d’observer d’intoxications graves dues aux anticoagulants. En effet ceux-ci entrainent des hémorragies, occasionnant différents maux et troubles significativement négatifs : hémorragies interne et externe entrainant un état de faiblesse et d’apathie, sans douleurs mais susceptible de provoquer un mal-être et dont l’issue est une anémie aigüe entrainant la mort. Aussi, il est inconcevable d’attendre la mort par intoxication aux anticoagulants. Aussi, une observation régulière des animaux permettra de déceler les animaux commençant à présenter des signes négatifs d’intoxication (prostration, pelage, léthargie, décoloration des extrémités ou saignements); ces points limites permettront d’effectuer une mise à mort très en amont de la mort liée à l’anticoagulant. La sortie, l’auscultation et la pesé régulière des animaux peut être une source d’angoisse surtout si cela se cumule avec un mal-être/souffrance existante aussi une période d’habituation permettra de diminuer les contraintes liées à ces manipulations.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Attendre une intoxication létale aux anticoagulants est inenvisageable. Sont mis à mort les animaux montrant des signes précoces d’un empoisonnement aux anticoagulants. La mise à mort permet d’éviter des souffrances inutiles à l’animal. Si l’animal ne présente pas de signes cliniques permettant de juguer quant à son empoisonnement, il est néanmoins victime d’une fragilité au niveau de la coagulation pouvant perdurer plusieurs mois. Cette fragilité de coagulation pourrait se révéler cliniquement en dehors du temps d’observation prévu par la procédure et engendrer des souffrances importantes si une mise à mort n’est pas réalisée à temps. Ce risque de fragilité de coagulation est trop important pour envisager une réutilisation des animaux. Aussi, les animaux ayant reçu l’anticoagulant sont euthanasiés à la fin des procédures.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Il n’y a pas de stratégie de remplacement possible. En effet, la réglementation impose de tester l’attractivité alimentaire du traitement (consommation) et les effets du traitement (mortalité). Ces critères ne peuvent être observés que sur animaux vivants, le comportement de consommation en particulier ne peut être simulé. De plus, la réglementation impose que ces produits soient testés sur les espèces cibles, c’est à dire rats et souris. il y a donc une obligation réglementaire empêchant ce remplacement par d’autre espèces animales.
2. Réduction
Dans le cadre d’une Autorisation de mise sur le marché (AMM) d’un produit produit biocide de type anticoagulant, les essais règlementaires soumis au législateur doivent être mis en place selon des recommandations strictes. Pour chaque formulation à l’étude, il est recommandé de tester à minima 10 animaux par espèce ciblée. Pour chaque formulation et selon la revendication du produit, des tests pourront être conduit sur les 2 espèces ou sur une espèce. Ainsi, si un produit à l’étude cible les rats et les souris alors 20 animaux sont utilisés dans la procédure (10 rats et 10 souris). La loi exige de tester un minimum de 10 animaux; nous souhaitons utiliser le moins d’animaux possible, aussi nous ne testerons que le minimum d’individus préconisé soit 10 animaux par procédure. Un test statistique sera réalisé afin de vérifier si la consommation et la mortalité sont identiques entre les 2 sexes, le cas échéant ces taux seront calculés en prenant en compte la population entière. Le nombre d’animaux définit suffira à déterminer la tendance statistique nécessaire pour voir si le produit testé est suffisamment consommé (≥20% de la ration alimentaire) et s’il permet une mortalité efficace (≥90% des animaux testés). Afin de ne pas inclure inutilement des animaux dans les procédures, nous ne testons pas d’animaux témoin. Nous nous basons sur une survie théorique de 100% des individus témoin en nous basant sur les périodes d’acclimatation et d’habituation qui précédent le test. Afin d’éviter un biais de placement pour la mesure de la consommation, l’emplacement du produit est inversé quotidiennement avec l’emplacement de l’aliment de laboratoire habituel (aliment extrudé ou biberon d’eau).
3. Raffinement
Phase d’Acclimatation : durée = 7 jours minimum , acclimatation le cas échéant à la salle, à l’aliment, aux procédures d’hébergement, aux congénères. Phase d’Habituation : Durée = 7 jours. Afin d’individualiser les animaux, un signe distinctif est réalisé au marqueur indélébile sur leur queue. Afin d’habituer les animaux aux manipulations et au manipulateur, celui-ci réalise différentes actions sur les animaux. Quotidiennement, le manipulateur consigne pour chaque animal : l’état du pelage, des yeux et des oreilles et le comportement de l’animal. Pour chaque animal, le manipulateur saisit délicatement l’animal, le sort de la cage, réalise une brève observation et le pèse. Lors de la brève observation, le manipulateur vérifie l’état des différents orifices (bouches, oreilles, nez, anus, appareil génitale). La masse des animaux et la masse d’aliment non-consommé est consignée quotidiennement, puis une masse déterminée d’aliment est mise à disposition. Ainsi, le manipulateur prend connaissance du comportement « normal » de chaque animal et pourra le comparer à celui de l’animal sous anticoagulant. De plus, l’animal habitué réagira moins aux manipulations lorsqu’il sera sous anticoagulant, ce qui évitera l’accumulation de contraintes. Phase d’isolement : durée = 4 jours . Lors de l’hébergement individuel, l’environnement est enrichi (cachette + coton). Les animaux sont placés dans des cages transparentes à proximité d’autres cages afin de maintenir un contact visuel, auditif et olfactif avec leurs congénères. Après ces 4 jours d’isolement, les rongeurs femelles sont regroupés. Les mâles non-agressifs seront regroupés suivant leur affinité et groupe de départ. Sinon, ils seront maintenus isolés. Phase d’observation de la mortalité (J+2 à J+21) : Signes précoces d’intoxication ou de morbidité = mise à mort. Afin d’éviter des souffrances inutiles aux animaux, l’observations des points limites en regard d’un score au delà duquel les animaux sont mis à morts est mis en place. Les cages et éléments d’élevage sont adaptés à l’espèce et au nombre d’animaux. Si une baisse de poids supérieure à 10% est observé, alors de l’aliment humidifié et de l’eau gélifiée seront fournis à l’animal. À la suite de chaque réalisation de procédure, une analyse rétrospective sera réalisée pour le comité éthique afin d’améliorer d’un point de vue « éthique animal » la procédure (affinement des points limites, des observations …).
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Les produits sont destinés à limiter la surpopulation indésirable de rongeurs en agriculture, en industrie ou en milieu urbain. La réglementation exige l’utilisation des espèces cibles comme modèle expérimental. L’utilisation de rongeurs est appropriée puisque les produits testés ont pour destination une utilisation sur rats et souris. Bien que les traitements anticoagulants ciblent les rongeurs « sauvages », nous utilisons des souches de laboratoire. En effet, en plus de la contrainte d’obtention, d’habituation et du risque sanitaire, la récupération d’individus sauvages est en soit une source de stress et de mal-être chez l’animal. Une souche de laboratoire « non résistante » nous permet de réaliser plus efficacement l’observation des points limites. Les souches testées sont quasiment identiques aux souches sauvages. Nous utiliserons des adultes afin de conserver une certaine homogénéité dans la consommation interindividuelle de produit à l’étude. Ainsi, nous conservons une relative maitrise de l’intensité et du délais avant apparition des effets toxiques. Ainsi, nous pouvons anticiper de manière plus fine et donc mieux gérer la souffrance et détresse. Dans un objectif de réutilisation, les animaux utilisés seront idéalement d’anciens reproducteurs issus des laboratoires d’élevage. Nous utiliserons des animaux âgés de plus de 6 mois et de moins de 1,5 an, cela correspondant à la fourchette d’âge observée dans la nature, de plus les individus sont de masses relativement homogènes et donc plus facilement comparables.