Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.
En bref (résumé court généré par IA)

Infestés par des coccidies à six jours d’âge, 252 des 288 poulets de ce projet subissent ensuite vingt-quatre pesées individuelles, vingt-deux écouvillonnages cloacaux et une à deux prises de sang, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Tous sont tués en fin d’expérimentation pour que leur tube digestif soit prélevé et les lésions comptées. L’objectif est de comparer une race décrite comme résistante et une lignée commerciale, afin d’estimer ce que la sélection génétique pourrait apporter contre une maladie dont le porteur souligne d’abord le « fort impact économique ». Il annonce des « signes subcliniques transitoires » sur vingt-quatre à quarante-huit heures, sans mortalité ni signe clinique sévère, sans préciser ce que ce terme recouvre.

NTS-FR-413866v1
Types de recherche
· Maladies animales · Recherche appliquée ·
Mots-clés
Epidémiogénétique, Coccidie, Infectiosité, Tolérance
Poules : 288

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).

Dans quel but fait-on ça ?

Réponse du laboratoire :

L’amélioration de la résistance des élevages aux maladies infectieuses est nécessaire pour promouvoir le bien-être des animaux, de même que pour contribuer à la réduction de l’utilisation d’antimicrobiens. Parmi les maladies fréquemment rencontrées en élevage, la coccidiose du poulet est particulièrement intéressante en raison de son fort impact économique. L’objectif de ce projet est d’explorer et de comparer la sensibilité, l’infectiosité, la durée d’infection, la tolérance et la croissance compensatrice chez deux races de poulets suite à une infection. L’une des races étant décrite comme résistante à la coccidiose et l’autre étant une lignée commerciale. Nous regarderons et analyserons les différences entre animaux et entre génétiques, de même que les mécanismes de transmission de la maladie.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).

Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ?

Réponse du laboratoire :

La coccidiose est une des maladies les plus fréquentes chez les volailles. Pourtant, à ce jour, aucune donnée n’est disponible concernant la variabilité inter-individuelle au sein des poulets de chair concernant la sensibilité, l’infectiosité, la durée d’infection, la tolérance et la capacité de croissance compensatoire après une infestation. Notre projet est donc une première étape pour estimer le potentiel de la sélection génétique sur ces caractères. A plus long terme, ce projet permettra l’utilisation des courbes de poids individuelles pour retracer la dynamique d’une épidémie au sein d’une large population, étape nécessaire pour estimer des paramètres génétiques pour des caractères dits « sociaux » tels que la sensibilité et l’infectiosité. Il permettra également d’orienter la sélection génétique sur des caractères favorisant la santé animale face à une maladie infectieuse en prenant en compte les mécanismes de transmission d’un animal à un autre.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).

Le droit d'accès aux documents

Réponse du laboratoire :

Sur les 48 parquets de 6 poulets chacun, 42 poulets seront soumis à une infestation coccidienne expérimentale unique. L’inoculation se fera, sur animaux vigiles, à 6 jours d’âge et chaque inoculation durera moins de 20 secondes. Les 288 poulets du projet auront 24 pesées individuelles et 22 prélèvements par écouvillon cloacal. Les pesées sans prélèvement (au nombre de 2) seront faites sur animaux vigiles et la durée sera inférieure à 10 secondes par animal. Les pesées avec prélèvement (au nombre de 22) seront faites sur animaux vigiles et la durée sera de 30 secondes maximum. Les 288 poulets du projet auront une prise de sang à 5 jours et, parmi eux, 240 poulets en auront une seconde à 35 jours. Chaque prélèvement se fera sur animal vigile et durera moins de 15 secondes.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.

Les animaux souffrent-ils ?

Réponse du laboratoire :

Les effets négatifs sur les animaux sont liés à l’infestation coccidienne, aux prises de sang et aux prélèvements par écouvillons cloacaux. Infestation : présence de signes subcliniques transitoires, sur 24h (48h maximum), au moment du pic d’excrétion des coccidies, soit environ 4 à 7 jours d’après l’infestation. La contention lors des inoculations peut également engendrer un stress léger et passager pour l’animal. Prises de sang : douleur légère et transitoire (inférieure à 15 secondes) générée par la pénétration de l’aiguille et stress léger et passager lors de la contention. Prélèvements cloacaux : stress léger et passager lors de la contention.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.

Peut-on parler d'éthique en expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Tous les animaux seront mis à mort en fin d’expérimentation à des fins de prélèvements du tube digestif pour la recherche et le dénombrement de lésions liées à la coccidiose.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.

Comment avancer vers la fin de l'expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Avant la mise en place de ce projet, nous avons développé un modèle in silico de simulation d’une épidémie de coccidiose en élevage. Ce modèle se base cependant sur de fortes hypothèses et ne prend pas en compte la variabilité inter individuelle. A ce jour, il n’existe pas de méthodes pour étudier les réponses physiologiques individuelles des individus face aux parasites (ici les coccidies) auxquels ils sont exposés. En effet, le développement d’une coccidiose et la réaction à la maladie (sensibilité, tolérance…) varient fortement d’un animal à l’autre. Enfin, l’analyse des contenus digestifs en fin de procédure, nécessite obligatoirement le recours à des animaux.

2. Réduction

Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.

Qui est concerné ?

Réponse du laboratoire :

Dans notre projet, les 288 poulets sont répartis en trois modalités dont 36 poulets dans la modalité témoin (6 répétitions de 6 animaux). Nous avons réduit le nombre d’animaux au minimum nécessaire, pour d’une part maintenir des relations sociales (6 animaux par répétitions) et d’autre part pour trouver des différences significatives sur la base de l’indice de consommation (6 répétitions). Dans les 2 autres modalités infestés par la coccidiose, les 21 répétitions par modalité sont nécessaires pour détecter des différences significatives de sensibilité et d’infectiosité entre les deux lignées génétiques. Aussi, avec 252 animaux au total dans ces deux modalités (126 par lignée génétique), nous aurons le nombre d’animaux nécessaires pour réaliser des statistiques fiables et trouver des différences significatives pour évaluer les caractères « individuels » comme la durée d’infection ou les caractères liés au poids (tolérance et rapidité de la croissance compensatrice)

3. Raffinement

Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.

La réglementation est-elle « très stricte » ?

Réponse du laboratoire :

Les animaux seront élevés dans des parquets (petits enclos où se trouvent les poulets), au sol sur des copeaux et en groupe (6 par parquet) afin de créer des relations sociales. Des ficelles et des pierres à piquer seront installées dans chaque parquet en tant que matériel d’enrichissement. Les animaux seront hébergés dans des conditions optimales d’alimentation et de soins, selon des normes mieux-disantes que celles prévues par la règlementation. Dans ce projet, nous avons porté une vigilance particulière aux conséquences de l’infestation que nous avons choisi : il n’entrainera ni mortalité, ni signes cliniques sévères. Seuls des réductions de consommation alimentaire et des ralentissements de croissance sont attendus. Toutes les contentions seront réalisées dans le calme par des personnes expérimentées. Afin de limiter le nombre de contentions, les prélèvements cloacaux se feront juste après la pesée. Le matériel de pesée sera adapté à la taille et à la morphologie des animaux. Lors des prélèvements de sang nous utiliserons une garde d’aiguille pour sécuriser le prélèvement. Une grille d’évaluation du bienêtre des animaux, basée sur leur comportement et leur état de santé, est complétée quotidiennement par le personnel animalier afin de détecter toute altération de leur état de bien-être. Pour chaque paramètre d’atteinte au bien-être, nous avons défini plusieurs niveaux d’action.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.

Spécisme et expérimentation animale

Réponse du laboratoire :

S’agissant d’un objectif finalisé sur la santé des volailles, le choix du poulet (gallus gallus) a été fait car il s’agit l’espèce majeure sur le terrain et un modèle reconnu par la filière. Les poussins arriveront dans notre élevage à 1 jour d’âge mais l‘infestation coccidienne n’aura lieu qu’à 6 jours d’âge. Cela permettra d’avoir des premières excrétions d’oocystes entre 10 et 20 jours, âge auquel les infestations aux coccidies apparaissent en élevage. Nous étudierons ensuite les animaux infestés sur toute la durée d’élevage, c’est-à-dire jusqu’à 35 jours.