
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 28/05/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-448731)
Capturés puis mesurés, bagués, prélevés de quelques plumes et de sang, écouvillonnés et pour certains équipés d’une balise GPS, 1 200 goélands leucophées, adultes et poussins, sont relâchés sur leur lieu de capture. Ces manipulations, classées d’un niveau de souffrance léger, servent à documenter l’exposition de ces oiseaux urbains aux contaminants et leur usage de l’espace. Le porteur indique que blessures et mortalité liées à ces gestes restent rares, moins de 0,1 % lors du programme précédent, et que les effets attendus relèvent surtout du dérangement et du stress. Aucun individu n’est tué, l’étude reposant sur le suivi d’oiseaux sauvages remis en liberté.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Le développement rapide des milieux urbains ces dernières décennies s’est accompagné du développement de leur utilisation par différentes espèces sauvages opportunistes. Ces espèces sont confrontées à des conditions de vie très différentes de celles rencontrées dans leur milieu naturel. Ces conditions entrainent une adaptation du comportement des individus, dans la recherche de nourriture ou dans la communication entre individus notamment. Ces phénomènes sont décrits pour des espèces installées de longue date en ville telles que les pigeons ou les rats par exemple. Cependant, les goélands, dont certaines espèces ont massivement investi l’espace urbain beaucoup plus récemment, ont été moins étudiés de ce point de vue. Pourtant, la connaissance des comportements de ces oiseaux semble essentielle à l’établissement de pratiques permettant une meilleure cohabitation entre humains et goélands. De plus, au sein des milieux urbains les humains comme les non-humains sont exposés à une grande diversité de contaminants. Cet aspect parait particulièrement important pour des espèces opportunistes et prédatrices telles que les goélands. L’exposition spécifique des populations sauvages urbaines aux contaminants est jusqu’alors peu documentée alors qu’elle permettrait de mieux comprendre les pressions qui s’exercent sur les individus urbains mais aussi d’evaluer le role potentiel des goélands dans la dissemination et la transmission des contaminants aux humains. C’est pourquoi nous avons pour objectif de documenter l’exposition spécifique des goélands leucophées nichant en ville à différents contaminants, à commencer par les plastiques et leurs additifs chimiques toxiques, tout en la comparant à celle des individus nichant en milieu naturel que nous étudions depuis plusieurs années. Nos objectifs spécifiques sont les suivants: -Investiguer l’exposition des goélands urbains à plusieurs contaminants incluant des agents infectieux ainsi que les plastiques et leurs additifs.-Comprendre l’utilisation de l’espace urbain par les goélands avec l’hypothèse que leur rayon de recherche alimentaire est bien moindre que celui des individus non-urbains. -Echanger avec différents acteurs du territoire impliqués dans les interactions avec les goélands urbains pour contribuer à une meilleure cohabitation avec cette espèce.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Nous proposons un projet permettant d’acquérir des connaissances nouvelles qui nous semblent essentielles à une meilleure cohabitation avec les goélands urbains et à une réduction du risque sanitaire à l’interface faune sauvage/humain. Nous proposons de mener ce projet en lien direct avec plusieurs types d’acteurs du territoire dès ces premières étapes, notamment les services de gestion des déchets urbains et les acteurs en charge de l’effarouchement et de la régulation des populations de goélands en ville. Nos études permettront notamment d’obtenir : -une cartographie de l’usage de l’espace par chaque individu pendant et en dehors de la reproduction ainsi qu’une quantification de l’usage des différents types d’habitat (urbain, marin, agricole, centre d’enfouissement de déchet, etc.) -une caractérisation pour chaque individu des différents contaminants auxquels il a été exposé à savoir à minima :Macro-déchets dont macro-plastiques, tiques, virus de l’influenza aviaire, parasites sanguins et bactéries antibiorésistantes. Si les financements complémentaires sont obtenus, nous analyserons les additifs de plastiques et éléments traces métalliques -une comparaison de l’usage de l’espace et des expositions entre individus urbains et des îlots. -une mise en relation entre ces expositions et le succès de reproduction d’une part et les caractéristiques individuelles d’autre part (masse, taille, etc.) Ces résultats feront l’objet de publications scientifiques dans des revues internationales selon les principes de la science ouverte ainsi que de présentations au sein de colloques nationaux et internationaux. Ils feront également l’objet de fiches de synthèse spécialement réalisées pour chaque acteur collaborateur en tenant compte de ses propres questionnements. Des recommandations d’actions à mettre en œuvre peuvent ensuite être discutées avec les acteurs. Nous collaborons déjà activement avec différents professionnels de la sensibilisation à la préservation de l’environnement et au tri des déchets tels que les CPIE, le Seaquarium du Grau-du-roi ou encore la LPO. Comme nous le faisons actuellement, nous organiserons des échanges avec eux autour de ce nouveau projet et leur transmettrons résultats et matériaux (tels que cartes de déplacements ou régurgitats) afin de contribuer à leur actions et à leurs supports de sensibilisation.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les individus seront capturés et mesurés (durée 10 min). Chaque individu sera bagué avec une bague métal d’un diamètre intérieur de 12mm (3g) ainsi qu’une bague darvic (3.3g; plastique; durée totale du baguage 5 min). Un prélèvement de 3 à 4 plumes ventrales sera effectué. Deux écouvillons cloacaux et un écouvillon oropharyngé sera effectué ainsi qu’une prise de sang dans la veine alaire de 2 à 3ml pour les adultes et 1 à 2 ml pour les poussins. L’ensemble des prélèvements prend environ 10 min. Une partie des individus sera équipée d’une balise GPS, le poids du dispositif total est de 22.3g, la balise pesant 18.8g et étant fixée sur le dos à l’aide d’un harnais en téflon de 3.5g. La pose de la balise prend entre 10 et 15min.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les retours d’expérience sur cette espèce montrent que les blessures irréversibles comme la mortalité liée à ce type de manipulation sont très rares (
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
A l’issue des mesures et prélèvements chaque individu sera relâché sur le site de capture.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
L’étude porte spécifiquement sur une espèce d’oiseau sauvage identifiée comme un pont épidémiologique entre faune sauvage et populations humaines de par son utilisation des espaces urbains et son alimentation en grande partie dépendante des activités humaines. Il est donc nécessaire d’étudier le goéland leucophée pour répondre aux enjeux du projet. Un modèle mathématique, des simulations ou un modèle expérimental ne peuvent pas dans l’état actuel des connaissances y suppléer.
2. Réduction
Le nombre d’individus envisagés dans cette étude (30 par site et par an pour les adultes et 30 par site et par an pour les poussins pour 4 sites soit un total de 600 adultes et 600 poussins maximum pour les 5 ans du projet) a été estimé en tenant compte de la faisabilité des captures en réduisant le dérangement dans les différents sites. De plus, comme nous l’avons fait lors de notre précédent programme, nous partagerons les données et les échantillons notamment selon les principes suivants : -Maximisation de l’éventail des contaminants recherchés et des paramètres suivis permettant d’étudier la santé grâce aux échantillons issus de chaque individu permis par des partenariats avec de nombreuses équipes. -Partage des données GPS, référencées en ligne sur Movebank. Nos données collectées jusqu’ici sont déjà utilisées dans 7 autres projets en plus du nôtre. -Application des principes de la science ouverte, notamment à travers nos choix de revues scientifiques et par l’écriture d’un article décrivant notre jeu de données qui permettra de favoriser son partage.
3. Raffinement
-Nous limitons notre présence à 2 h sur chaque zone prospectée pour chaque semaine afin de limiter le dérangement global de chaque colonie. -La contention de chaque individu se fait au calme, si l’individu est agité un tissu peut-être appliqué sur sa tête pour favoriser le calme. Après la prise de sang un coton est appliqué fermement sur la zone concernée pour limiter la formation d’hématome. Pour la pose de balise le harnais est ajusté au mieux pour chaque individu afin de limiter tous les frottements et de maximiser l’aérodynamie. Les individus sont relâchés au plus près de la zone de capture. Avant le lâcher l’individu est tenu en le laissant déployer ses ailes pour vérifier que cette manœuvre n’est pas gênée par le harnais.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
L’étude porte spécifiquement sur le goéland leucophée (Larus michahellis) car il s’agit d’une espèce d’oiseau identifiée comme un pont épidémiologique entre faune sauvage et populations humaines de par son utilisation des espaces urbains et son alimentation en grande partie dépendante des activités humaines. Nous étudierons les adultes reproducteurs d’une part et les juvéniles d’autre part. Notre projet vise à caractériser les contrastes de comportement et d’exposition entre individus des sites urbains et des îlots. Ceci parait pertinent pour les parents et potentiellement différent pour les juvéniles qui d’une part sont plus vulnérables face aux contaminations et d’autre part ont avant la reproduction (qui n’intervient que vers 4 ans chez cette espèce) des comportements distincts de ceux des parents qui peuvent modifier leurs expositions, associés à une survie plus faible, en particulier les premiers mois.