
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 18/01/2024
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-467293)
200 lézards de dix espèces sauvages vont être capturés puis utilisés dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger, avant d’être relâchés à leur point de capture. Seuls des mâles sont capturés sur le terrain, gardés cinq à sept jours et soumis à des mesures répétées de pertes en eau cutanée et à des mesures morphologiques, pour relier la topographie des écailles à l’adaptation à l’aridité. Le porteur indique que les nuisances tiennent surtout au stress de la capture, du transport et des contentions, qu’il déclare réversible. Il justifie le recours à des animaux sauvages par l’absence d’élevage de ces espèces et affirme que les collections de muséum ne permettent pas de mesurer les pertes hydriques.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Les variations spatiales de la disponibilité en eau et des conditions thermiques dans l’environnement favorisent l’évolution de tactiques spécifiques de conservation de l’eau et d’optimisation de son utilisation pour les besoins métaboliques. Chez les animaux ectothermes terrestres, la balance hydrique dépend de l’équilibre entre l’apport d’eau par l’alimentation et la consommation d’eau de pluie, d’eau stagnante ou d’humidité, la production d’eau métabolique et la perte d’eau par évaporation respiratoire, ainsi que la perte d’eau par évaporation cutanée, oculaire ou cloacale (perte d’eau cutanée). La perte d’eau cutanée est par ailleurs un élément prépondérant dans la perte évaporative totale. Ainsi, les adaptations à l’aridité chez ces organismes devraient impliquer des mécanismes de réduction des pertes hydriques cutanées et/ou respiratoires, ainsi que des modifications du métabolisme basal. Des adaptations structurelles du tégument semblent minimiser la perte d’eau et maximiser la locomotion et la résistance à la déshydratation chez les reptiles, dont la résistance cutanée à la perte d’eau dépend de l’épaisseur de la peau, des lipides de la couche cornée et de la couverture de la surface par les écailles. À ce jour, il n’existe aucune étude liant la caractérisation de la diversité interspécifique des pertes hydriques cutanées avec des mesures topographiques des écailles chez les reptiles. De fait, nous proposons ici d’analyser et de mesurer conjointement les pertes hydriques totales et cutanées et la topographie des écailles associées sur des lézards de différentes espèces de Lacertidae. En utilisant des espèces venant de milieux contrastés, nous pourrons ainsi mieux comprendre les mécanismes de résistance aux contraintes hydriques le long des gradients d’aridité et identifier les caractères et les espèces les plus sensibles à l’altération des conditions climatiques.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet a pour objectif de faire progresser la compréhension du rôle de la peau dans les adaptations aux contraintes hydriques le long des gradients d’aridité. Des premières études chez les reptiles montrent une relation négative entre les pertes hydriques totales et la température de l’environnement, et quelques travaux ont mis en évidence des relations entre l’aridité et la topographie des écailles, mais aucune étude n’a encore fait le lien entre les pertes hydriques cutanées et la topographie des écailles dans un contexte comparatif. Après l’achèvement de ce projet, ces données pourront être utilisées pour effectuer des modèles prédictifs afin d’étudier l’influence des variations climatiques futures sur la distribution de ces espèces. Enfin, ce projet va également fournir des données uniques sur une dizaine d’espèces de lézards, ce qui permettra de mieux comprendre l’écophysiologie hydrique comparative de ces espèces, certaines pouvant occuper des régions très arides.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Nos protocoles impliqueront des captures sur le terrain, le transport des animaux et des mesures morphologiques (3 séries de mesure de 30 secondes le jour de la capture ou le lendemain), une acclimatation pendant 1 ou 2 journées, des mesures de perte hydriques cutanées (6 mesures successives de 3-4 minutes pendant une journée) et des mesures de pertes de pertes hydriques totales au repos (1 mesure pendant la nuit avec deux pesées avant et après le protocole) en cumulatif sur chaque individu de chaque espèce et chaque population du projet. Après 2 à 4 journées d’acclimatation et de surveillance, les animaux seront relâchés sur leur site de capture
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les mesures sont faiblement invasives et les nuisances seront essentiellement liées au stress de la capture et du transport et aux contentions. Les mesures répétées induisent un stress léger pour les animaux principalement du fait des contentions et du cumul des actes. Le stress induit par la contention est parfaitement réversible et n’entraîne pas de conséquences à long terme. Par ailleurs, le stress lié à l’hébergement sera réduit car les animaux seront gardés au maximum 5-7 jours en captivité puis relâchés.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront relaché à l’endroit exacte de la capture. Les mesures effectuées comportent une part de stress; cependant, elles ne produisent aucune séquelle durable pour les animaux qui seront tous gardés en vie.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
L’objectif de l’étude est de comprendre les adaptations physiologiques des lézards sauvages dans leurs environnements naturels. Nous ne disposons pas d’élevage de ces espèces et les collections de Muséum ne permettent pas de faire des mesures de pertes hydriques. Les animaux vivants capturés sur le terrain ne peuvent donc être remplacés par un équivalent cellulaire ou in silico ni par des individus élevés en captivité pour ce projet.
2. Réduction
Afin de garantir la puissance statistique de l’étude tout en réduisant l’effectif de l’étude, nous proposons d’échantillonner entre 1 et 2 populations de chaque espèce le long d’un gradient d’aridité de l’habitat entre les 10 espèces (depuis des espèces de milieux continentaux humides jusqu’à des espèces de milieux arides) et en capturant un nombre limité mais homogène de mâles dans chaque population (10 adultes). En matière d’analyse, cela impliquera une analyse de variance avec 10 espèces x 2 populations x 10 individus soit 200 individus.
3. Raffinement
Les individus maintenus en captivité seront acclimatés avant les mesures puis suivis quotidiennement. Les conditions d’hébergement seront enrichies (présence d’abris et de substrat) en suivant les recommandations zootechniques pour l’espèce. Nous nous appuierons sur un suivi journalier et scoré des individus pour quantifier plusieurs paramètres. Les comportements des animaux seront contrôlés visuellement chaque jour pour détecter l’apparition de comportements anormaux tels que prostration, léthargie, ou agitation. La masse corporelle sera suivie régulièrement (tous les 2 jours) afin de détecter toute perte soudaine de masse. Après les mesures, l’animal sera surveillé pendant 2-4 jours puis replacé dans son habitat naturel au point de capture.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Les espèces animales choisies sont le lézard des souches (Lacerta agilis), le lézard des murailles (Podarcis muralis), le lézard vivipare (Zootoca vivipara), le lézard vert (Lacerta bilineata), le lézard ocellé, (Timon lepidus), le lézard de Bonnal (Iberolacerta bonnali), le lézard catalan (Podarcis liolepis), le lézard de Bédriaga (Archaelacerta bedriagae), l’Algyroïde de Fitzinger (Algydroides fitzingeri) et le lézard tyrrhénien (Podarcis tiliguerta). Ces espèces font partie de la famille des Lacertidae qui dispose d’une phylogénie complète et récente et est distribuée en Eurasie et en Afrique. Elle représente 360 espèces répartie dans 30 genres différents distribués sur un gradient d’aridité et dans une grande diversité d’habitats. Cette famille comprend de nombreuses espèces menacées d’extinction en Europe et à valeur symbolique et écologique forte. Ce projet visera à quantifier le rôle de la peau dans l’adapation à l’aridité et pour aider à identifier les epsèces les plus sensible au réchauffement climatique. Dans ce projet, uniquement des mâles sexuellement matures vont être mesurés afin de limiter la variabilité de taille, de statut physiologique et de cycle reproducteur entre individus pouvant influencer les pertes hydriques cutanées.