Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Les virus de l’influenza aviaire hautement pathogènes (VIAHP) de la lignée H5 ont provoqué ces dernières années des pertes majeures chez les volailles d’élevage. Leur impact se manifeste par l’abattage massif de troupeaux infectés, la mortalité d’espèces sauvages parfois menacées, et un risque croissant de transmission inter-espèces, notamment vers les mammifères et potentiellement l’Homme. La vaccination des canards d’élevage contre ces VIAHP H5 est effective en France depuis 2023. Elle a permis de considérablement réduire les dégâts dus aux VIAHP, mais l’optimisation des protocoles de vaccination est encore en cours, en particulier pour certains « types » de canards comme les canes reproductrices. Ces canes reproductrices d’élevage, de l’espèce « canard Pékin » produisent en effet les œufs qui donneront les futurs canetons d’élevage (34 millions de canetons par an), et ont donc un rôle crucial parmi les canards d’élevage. Ces canes sont particulièrement précieuses parce qu’elles sont issues d’une sélection génétique longue et coûteuse et sont peu nombreuses. Leur espérance de vie est de l’ordre de 70 semaines : il est donc important de s’assurer que leur protection vaccinale contre les VIAHP H5 est efficace tout au long de leur vie, en particulier durant la ponte. Les vétérinaires responsables d’élevages de canes reproductrices ont mis en place, dans le contexte des soins vétérinaires, des protocoles de vaccination renforcés pour optimiser la protection vaccinale chez ces animaux. Le présent projet vise à évaluer l’efficacité de ces protocoles sur le développement de la maladie et l’excrétion de virus en réalisant des épreuves virulentes, c’est-à-dire en infectant dans des installations confinées des animaux vaccinés ou pas. Ces épreuves sont l’approche la plus rigoureuse permettant de vérifier si la vaccination protège les animaux.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Le projet induira des bénéfices à court et moyen terme. A court terme, il permettra de déterminer quels sont les protocoles de vaccination optimaux protégeant de façon efficace et durable les canes reproductrices contre les VIAHP H5. Ces protocoles pourront donc être communiqués auprès des vétérinaires et professionnels de l’élevage pour être mis en œuvre sur le terrain. Des animaux avec une protection vaccinale optimale ne développent pas de maladie s’ils sont exposés au virus et produisent très peu voire pas de virus par rapport à des animaux non vaccinés. Cette production réduite ou disparue évite donc de contaminer d’autres animaux. A moyen terme, cette protection des canes reproductrices contribuera à réduire au minimum les dégâts engendrés par les VIAHP chez les volailles, oiseaux sauvages et potentiellement mammifères dont l’homme en protégeant les animaux et en « cassant » la chaîne de transmission de ces virus.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Avant de commencer l’étude, une prise de sang et des écouvillons dans la gorge et le cloaque seront effectués. Au début de la procédure, les animaux vaccinés ou non seront infectés soit par inhalation d’un aérosol contenant le virus, soit en déposant une solution contenant le virus dans le passage reliant le nez et la gorge (voie intra-choanale). Après infection, des prélèvements seront réalisés à plusieurs moments (0, 1, 2, 3, 5, 7, 10, 14 jours après l’infection) : prises de sang (volume réduit à chaque prélèvement), écouvillons dans la gorge et le cloaque. Tous les prélèvements seront réalisés sur animaux vigiles. Chaque prélèvement durera moins d’une minute.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Chez la volaille, la contention nécessaire aux prélèvements (écouvillons, prises de sang) peut induire un stress des animaux. Les prises de sang peuvent induire la formation d’hématomes sous-cutanés, notamment en cas de mauvaise manipulation. Un saignement prolongé au point de ponction est également possible, surtout si la coagulation est altérée ou si le site n’est pas correctement comprimé après le prélèvement. Les VIAHP peuvent entraîner un tableau clinique sévère pouvant aller jusqu’à la mort chez les espèces-cibles. Les signes cliniques observés sont susceptibles de varier en fonction des souches virales, de l’espèce cible et du statut vaccinal. Ainsi, certaines souches virales n’entraînent pas de signes cliniques notable chez les canards (mais demeurent hautement pathogènes pour les poulets). Au contraire, d’autres souches peuvent induire une symptomatologie sévère chez le canard. Les effets indésirables incluent : signes généraux d’abattement, des signes nerveux (torticolis, tremblement, paralysie), une détresse respiratoire, des hémorragies, une mortalité spontanée. Ces signes, lorsqu’ils surviennent, peuvent être observés dès 24 à 48 heures post-inoculation et s’intensifier jusqu’à la mort des animaux. Le score clinique en annexe 2 prend en compte ces données. Ces signes devraient être réduits voire absent chez les animaux vaccinés.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

À la fin de l’étude toutes les canes seront euthanasiées. Cette décision est conforme à l’arrêté du 25 septembre 2023 relatif aux mesures de surveillance, de prévention, de lutte et de vaccination contre l’influenza aviaire hautement pathogène qui impose l’abattage des animaux exposés à ce virus. En effet, ces animaux ne peuvent pas être réintroduits dans un élevage ou utilisés pour d’autres projets car ils représentent un risque sanitaire.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

Le projet a pour but d’évaluer les paramètres cliniques, les paramètres d’excrétion, de transmission et de diffusion des VIAHP ainsi que l’impact de la vaccination sur ces derniers. Des épreuves virulentes sur animal (motif de la présente saisine) sont donc nécessaires et non remplaçables par un modèle ne reproduisant pas le sujet entier.

2. Réduction

3R / Réduction :

Ce projet a été conçu pour utiliser un nombre de canards minimal nécessaire à l’obtention de résultats scientifiquement robustes. Une analyse statistique préalable a été réalisée afin de garantir une sensibilité suffisante pour détecter des différences biologiquement pertinentes tout en limitant le nombre d’animaux utilisés. Un maximum de 192 oiseaux sera dont utilisé en tenant en compte deux facteurs majeurs : l’âge des animaux et le protocole vaccinal. Soit 32 animaux par procédure (8 individus par isolateur x 4 isolateurs) ; procédure répétée 6 fois pour tenir compte du facteur « âge » et du facteur « protocole vaccinal » (2 âges et 3 protocoles).

3. Raffinement

3R / Raffinement :

Afin de réduire la douleur, la souffrance et l’angoisse des animaux, les mesures suivantes seront appliquées : 1. Période d’acclimatation de 72h en isolateur dès leur arrivée. 2. Enrichissement du milieu incluant cordelettes avec jouet de type bouchon suspendu, miroir avec clochette, possibilité pour les canards d’exprimer un comportement de toilettage à l’aide des dispositifs d’abreuvement. 3. Mise en place d’un suivi clinique quotidien, et biquotidien de 9h00 à 11h le matin ainsi qu’un second passage à 18h en phase d’infection précoce (5 premiers jours) avec grille de suivi et de notation clinique par le vétérinaire responsable de l’essai (annexe). Une caméra sera installée dans l’animalerie et à l’extérieur des isolateurs afin de surveiller les animaux plus régulièrement, notamment en phase d’infection précoce. 4. Utilisation d’une garde lors des prises de sang au sinus occipital ainsi qu’une compression au niveau du site d’introduction de l’aiguille après la prise de sang.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Les canards et notamment les canes reproductrices Pékin sont une espèce soumise à la vaccination déployée depuis septembre 2023 et jouent un rôle clef dans la filière avicole française en y constituant l’un des maillons primaires et dans l’écologie des VIAHP en excrétant le virus tout en présentant des degrés variables d’expression clinique (allant d’une absence de signes cliniques jusqu’à la mort selon les souches virales). À ce titre, il n’existe pas de meilleur modèle expérimental que l’espèce cible elle-même pour étudier l’impact des VIAHP et l’efficacité des mesures de prévention. Les canes Pekin domestiques (Anas platyrhynchos domesticus) utilisées seront des animaux adultes de 50 à 70 semaines d’âge et au maximum 3,5 kg. Ces animaux adultes étant sélectionnés selon des critères de production de viande et d’œufs ne volent pas en raison de leur poids corporel important en rapport au développement de leurs muscles pectoraux. L’objectif du projet étant d’évaluer la protection vaccinale chez des animaux de cet âge. Les oiseaux seront pesés avant le transfert de l’élevage vers l’animalerie. Les âges choisis correspondent respectivement au milieu et à la fin de la période de ponte. Cette dernière est une période à risque pour laquelle la protection vaccinale pourrait être moindre, du fait de la durée depuis la dernière injection vaccinale (datant d’avant l’entrée en ponte, soit à environ 25 semaines d’âge) et de l’impact cumulé de la période de ponte, cette dernière sollicitant la physiologie des animaux.