
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 08/02/2022
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-503100)
80 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Génétiquement modifiées pour une maladie rénale rare, elles sont gavées quotidiennement pendant deux mois, placées en cage métabolique 48 heures, puis soumises à un prélèvement rétro-orbital sous anesthésie le jour de leur mise à mort. Le porteur indique que le gavage comporte un risque de perforation de l’œsophage et de passage de la solution dans les poumons. Il affirme qu’aucun modèle cellulaire ne permet d’étudier un rein in vitro.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
La néphronophtise (NPH) est une maladie rénale héréditaire rare affectant l’enfant et l’adolescent. Cette affection est responsable de 10% des cas d’insuffisance rénale terminale chez l’enfant et nécessite le recours à la dialyse ou à la transplantation rénale, deux procédures lourdes et coûteuses. Actuellement, aucun traitement ne permet d’éviter aux patients d’évoluer vers l’insuffisance rénale terminale. La maladie se révèle par une augmentation du volume des urines et une soif excessive. En parallèle, le rein subit de nombreuses modifications qui conduisent au développement de petits kystes, associés à une inflammation du rein aboutissant à sa transformation en un tissu fibreux non fonctionnel. Au cours de l’évaluation d’une grande quantité de composés chimiques, pour la plupart déjà utilisés en clinique, sur différents modèles cellulaires, des molécules avec un fort potentiel thérapeutique ont été mis en évidence. Récemment, un modèle murin transgénique récapitulant en partie la néphronophtise humaine a été développé. Ces souris présentent des atteintes oculaires, une infertilité masculine et des anomalies de structure du rein à partir de 3 mois sans insuffisance rénale. Dans ce modèle, l’administration par voie intrapéritonéale, d’un des composés identifiés, le composé C1, permet d’améliorer l’état du tissu rénal. L’étude proposée ici a pour objectif d’évaluer l’efficacité thérapeutique du composé chimique C1 administré cette fois-ci par voie orale, dans le même modèle murin de néphronophtise.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
L’ensemble des résultats de ce projet devrait permettre de valider l’administration orale d’un composé thérapeutique identifié in vitro permettant ainsi à terme d’éviter la greffe rénale aux patients.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les 80 animaux seront soumis à un gavage quotidien pendant 2 mois à l’aide de sondes de gavage à bout arrondie adaptées à la taille de l’animal. A la fin du protocole, si après avoir réalisé le spot urinaire, un défaut de concentration des urines a été observé chez certains animaux, les 80 animaux seront également soumis à une mise en cage métabolique, dans le calme dans une pièce dédiée, pendant 48 h : 24h d’adaptation et 24h de recueil des urines des 24h. Pendant les 48h, les souris ont accès à l’eau et à la nourriture. A la fin du recueil, les souris sont regroupées dans leur cage d’origine dont la litière n’a pas été changée. Enfin, chacun des 80 animaux sera soumis à un prélèvement rétro-orbital sous anesthésie générale (test des réflexes et de la mesure de la fréquence respiratoire pour vérifier l’endormissement) une seule fois le jour du sacrifice à l’aide de micro-capillaires héparinés. A la fin du prélèvement, les animaux sont mis à mort par dislocation cervicale.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
L’administration par gavage comporte un risque de perforation de l’œsophage ainsi qu’un risque d’arrivée de la solution dans les poumons, entrainant des signes de détresse respiratoire. Si cela est observé, on attendra de voir si l’animal reprend souffle dans les minutes qui suivent. Si cela n’est pas le cas, l’animal sera mis à mort immédiatement par inhalation progressive de CO2 dans un système dédié. Par ailleurs, la mise en cages métaboliques des animaux pendant 48h peut générer un stress lié à l’isolement. Afin de limiter ce stress, une période d’adaptation de 24h est réalisée. La mise en cage métabolique s’effectue dans le calme dans une pièce dédiée afin de diminuer au maximum le stress occasionné. Les souris ont accès à l’eau et à la nourriture. A la fin du recueil, les souris sont regroupées dans leur cage d’origine dont la litière n’a pas été changée.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
A l’issue de la Procédure 1, les 80 animaux âgés de 3 mois, seront euthanasiés afin de collecter les organes post-mortem pour analyses histologiques et moléculaires.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Les recherches préliminaires ayant permis l’identification du composé C1 qui fait l’objet de l’étude ont été menées sur des lignées de cellules afin de limiter le recours à l’expérimentation animale. Néanmoins, compte tenu de l’absence de modèle cellulaire permettant l’étude d’un rein in vitro, il n’a pas été possible du substituer des approches in vitro aux modèles murins impliqués dans ce projet à visée thérapeutique.
2. Réduction
Le nombre d’animaux utilisé est réduit au minimum (10 animaux par groupe de traitement) permettant d’atteindre des résultats statistiquement significatifs. Pour l’étude statistique, nous utiliserons un test de one-way ANOVA suivi d’un test de Tukey pour comparer les groupes d’animaux deux à deux.
3. Raffinement
Les souris seront surveillées quotidiennement par les membres qualifiés de l’animalerie. Afin de réduire le traumatisme lié aux gavages répétés et réduire les risques de perforation de l’œsophage, des sondes de gavage à bout arrondie adaptées à la taille de l’animal seront utilisées. Toutes les procédures douloureuses sont effectuées sous anesthésie générale associée à une analgésie pré- et post-opératoire. Afin d’assurer aux animaux les meilleures conditions d’hébergement, nous ajouterons dans la cage du coton, des maisonnettes en carton ou des tunnels ainsi que des bâtonnets de bois à ronger. Les souris seront hébergées par 5 en cage ventilée. Des points limites spécifiques à la procédure ont été définis. Tout animal en souffrance sans possibilité de le soulager sera mis à mort par inhalation de CO2 dans un système dédié.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La souris est préférée comme espèce car elle présente l’avantage de facilité d’élevage et de reproduction et elle permet l’étude d’animaux génétiquement modifiés particulièrement informatifs pour la compréhension des mécanismes physiopathologiques et que de nombreux outils d’analyses ont été développés et bien caractérisés dans cette espèce animale. De plus, la souris partage avec l’homme un nombre de néphrons fixés après la fin de la néphrogénèse contrairement aux poissons et aux batraciens. C’est également un modèle indispensable pour les essais pré-cliniques. Le traitement avec le composé C1 sera initié à 1 mois de vie (avant le début de la maladie) et sera poursuivi jusqu’à 3 mois de vie.