
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 29/03/2023
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-509183)
6 000 poissons d’élevage, des truites arc-en-ciel, vont être utilisés, tous tués à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Ils subissent un stress d’entassement obtenu en abaissant le niveau d’eau pour les maintenir à la verticale, la nageoire dorsale hors de l’eau, une heure par jour pendant quatorze jours, avec des prélèvements sanguins. Le projet, étalé sur cinq ans, sert à tester des additifs alimentaires destinés à être vendus pour l’aquaculture, que le porteur juge « indispensable » d’évaluer sur l’espèce cible avant leur autorisation. Il présente ces additifs comme un moyen d’améliorer le « bien-être des animaux non-humains » en élevage, alors que le protocole repose sur l’application répétée d’un stress d’élevage.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Le projet s’étend sur 5 années dans le but de réaliser des études d’efficacité avec des nouveaux additifs alimentaires ou des additifs déjà enregistrés et considérés comme bénéfiques pour moduler ou atténuer la réponse au stress (chronique d’élevage ou nutritionnel) et par conséquent d’améliorer le bien-être des poissons. Le stress est une réaction normale de l’organisme, qui, s’adapte à une situation potentiellement menaçante. Au cours de leur vie, les poissons d’élevage connaissent obligatoirement des épisodes de stress, élément perturbateur majeur de l’équilibre fragile établi entre les capacités de défense des animaux, la qualité du milieu d’élevage et la pression exercée par les pathogènes potentiels présents dans le milieu. Le développement d’additifs alimentaires comme les lipides, les probiotiques entre autres a pour objectif de moduler ou d’atténuer la réponse et l’adaptation au stress des poissons qui réaffectent l’énergie métabolique des activités de croissance et de reproduction vers des activités qui doivent être intensifiées pour rétablir l’homéostasie (respiration, locomotion, régulation hydrominérale et la réparation des tissus) entrainant une croissance réduite exprimée sous forme de variations du poids corporel ou de l’efficacité de la conversion alimentaire. Les études in vivo vont mettre en œuvre diverses approches scientifiques, et faire appel à des procédures entrainant notamment l’application d’agents stressants liés en partie aux pratiques d’élevage. Ces facteurs seront appliqués afin d’induire des changements sur la performance, l’ingestion, la réponse immune, l’état de santé intestinale, l’utilisation et le métabolisme des nutriments qui serviront à évaluer l’impact de la nouvelle solution testée sur ces changements. Ils pourront être appliqués de manière additive afin d’induire une réponse plus grande que si l’animal avait été exposé à un seul facteur ou répétitive afin d’éviter l’habituation. L’agent stressant sera appliqué le plus souvent sur une durée limitée dans le temps (stress aigu) ou plus sur une longue durée (stress chronique).
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les résultats de ce projet permettront d’identifier et de mieux appréhender le fonctionnement et les effets de nouvelles molécules innovantes qui assureront une meilleure adaptation en réponse au stress des poissons Dans un premier temps, ce projet contribuera à déterminer si le modèle de stress choisi pour reproduire une procédure stressante comparable aux pratiques d’élevage est adéquat pour mettre en évidence une réponse des additifs testés au stress appliqué. Ensuite, ce projet permettra au moyen du modèle de stress établit, d’identifier des additifs alimentaires comme solution de prophylaxie nutritionnelle en vue d’améliorer le bien-être des animaux en leur permettant de mieux résister aux facteurs de stress en conditions d’élevage. Cependant, en fonction du type d’additif testé, une grande diversité de réactions physiologiques peut être observée permettant une différenciation de la réponse au stress. Ce projet sera utile pour établir le mode d’action spécifique de chaque additif testé sur l’immunité et l’intégrité de la barrière intestinale afin qu’il soit bénéfique aux animaux.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Stress d’entassement obtenu en réduisant la hauteur du niveau d’eau de manière à maintenir le poisson à la verticale et la nageoire dorsale en surface, pendant 1 heure, 1 fois par jour pendant 14 jours. Prélèvement de sang ( pas plus de 1% du volume sanguin, avant administration de la substance, 1 h et 5 heure après l’administration) sur poisson anesthésié.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Comportement atypique (animal hypo actif ou restant au fond du bassin), stress osmotique (sécrétion augmentée de mucus) pendant la période d’application du stress d’entassement d’une heure. Perte de poids, ralentissement de la croissance en cas de réduction de l’ingestion alimentaire pendant toute la durée de l’étude.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
A la fin de chaque procédure expérimentale, les animaux sont mis à mort pour le prélèvement d’échantillons biologiques.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Les recherches expérimentales réalisées afin de moduler ou d’atténuer la réponse et l’adaptation au stress des poissons nécessitent le développement d’additifs alimentaires (lipides, les vitamines, les caroténoïdes, les probiotiques entre autres) qui vont entrer dans la composition des aliments destinés aux poissons. Lors du processus de développement et d’enregistrements de ces additifs alimentaires, il est indispensable de tester l’efficacité des additifs développés sur l’animal auquel il est destiné, cela afin d’en démontrer l’efficacité et l’innocuité auprès de l’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) qui autorisera la mise sur le marché pour l’alimentation animale. Les candidats sont ainsi testés sur l’espèce animale cible à l’intérieur de notre établissement afin de comprendre le mécanisme d’action du produit, de déterminer la dose qui sera recommandée ainsi que les doses minimales et maximales qui pourront être utilisées, afin de garantir une bonne utilisation du produit.
2. Réduction
Une analyse statistique, spécifique est réalisée en amont sur la base d’études antérieures afin de déterminer le nombre minimum d’échantillons permettant d’obtenir cette différence significative (puissance de l’expérience) et donc de réduire le nombre d’animaux à utiliser dans les différentes études à venir. De plus, le raffinement appliqué aux études limitera le nombre et la diversité des échantillons prélevés à la seule finalité de l’étude. Selon, le protocole de l’étude, le nombre de traitements, et la distribution normale ou non de la population, un test paramétrique (Fischer ; t-test, etc.), non paramétrique (Kruskal-Walli, etc.) ou une analyse de variance à un ou plusieurs facteurs seront réalisés et suivis d’un test de comparaison multiple (Newman-Keuls, Bonferonni, Duncan, etc.) permettant de classer les moyennes des différents traitements. D’autres méthodes de test statistique sont susceptibles d’être utilisées, en fonction des paramètres étudiés.
3. Raffinement
Avant toute manipulation (pesée ou prélèvement) au cours d’une étude, les truites arc en ciel sont anesthésiées puis sédatées. Les densités restent inférieures à 80 kg de poissons/m3. L’état de santé des animaux est suivi quotidiennement. Mise à jeun des poissons la veille du gavage pour éviter la régurgitation et forcer la vidange gastrique. La capture et le stress dus à la sortie des bassins pour la pesée par groupe des animaux, pour les prises de sang (approche ventrale) et le gavage sont réduits par une manipulation délicate des animaux par les applicateurs, un séchage modéré des poissons, le port de gants, l’utilisation d’un mousse humide pour poser l’animal sur le support de contention et d’un point de pression sur le site de prélèvement. Les conditions d’hébergement des animaux sont définies de telle sorte que la densité des animaux par bassin, les paramètres environnementaux, la qualité de l’eau procurent le maximum de confort aux animaux, et restent supérieurs ou égaux à la législation en vigueur (Arrêté du 01/02/2013). Aucun animal ne reste isolé sans contact visuel ou tactile avec ses congénères, ceci afin de réduire au minimum l’angoisse et le stress des animaux.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Les additifs alimentaires développés sont destinés à être incorporés dans les aliments destinés aux poissons. Il peut s’agir de la truite qui fait partie de la famille des salmonidés, utilisée comme modèle pour les poissons d’eau froide. Truites : tous les stades du cycle de vie peuvent être utilisés et généralement entre 50 g et 250 g.