
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 02/05/2024
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-556188)
800 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré. Génétiquement modifiées pour produire la version humaine d’une molécule de l’inflammation, elles reçoivent une puce sous-cutanée, un prélèvement au bout de la queue, une injection déclenchant soit une inflammation cérébrale soit une inflammation systémique avec insuffisance cardiaque et lésions multi-organes, puis un cathéter et une séance d’imagerie. Le porteur indique qu’elles peuvent cesser de manger et de boire, maigrir et rester prostrées, et précise qu’elles ne seront pas gardées au-delà des 24 heures que durent les modèles. Sur le remplacement, il affirme qu’il faut mesurer l’affinité de l’agent de contraste à l’échelle d’un « organisme entier » et conclut au « caractère de stricte nécessité » des procédures.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
L’objectif de ce projet est de valider une nouvelle technique d’imagerie ciblée sur une souris génétiquement modifiée qui exprime la version « humaine » de la cible d’intérêt. En effet, au sein de notre équipe de recherche, nous développons un nouvel agent de contraste, une substance qui augmente artificiellement le contraste d’une imagerie médicale. Cet agent de contraste est conçu pour se fixer sur des molécules qui apparaissent spécialement pendant l’inflammation. Nous avons développé une version de cet agent de contraste qui pourrait potentiellement être utilisable chez l’Homme, notamment pour évaluer l’inflammation cérébrale (dans le cadre du diagnostic de l’AVC par exemple) ou encore dans le cadre de l’inflammation cardiaque (infarctus du myocarde ou atteinte cardiaque inflammatoire). Cet agent de contraste a la particularité d’être « ciblé » c’est-à-dire qu’il reconnaît une molécule exprimée lors de l’inflammation. Le but de ce projet est de tester si cet agent de contraste est efficace pour imager l’inflammation cardiaque ou cérébrale chez des souris modifiées génétiquement pour exprimer (c’est-à-dire « produire ») la version humaine de cette molécule cible.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce nouvel agent de contraste a montré une sensibilité et une spécificité élevées pour détecter l’inflammation cérébrale et cardiaque chez des souris non génétiquement modifiées et qui expriment donc la version murine de la molécule cible. Il est donc attendu que l’agent de contraste cible tout aussi bien la version humaine de la molécule exprimée par les souris modifiées génétiquement. Si les résultats de cette étude sont pertinents, cela permettrait d’ajouter des preuves solides au fait que l’agent de contraste développé ici pourrait être un jour utilisé en clinique chez l’Homme pour mieux diagnostiquer, évaluer et prendre en charge les pathologies inflammatoires cérébrales et cardiaques.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux seront soumis aux interventions suivantes : o 1 prélèvement d’ADN pour confirmation du génotype (prélèvement d’un bout de queue) et insertion d’une puce en sous-cutanée (durée: 5min) o Induction du modèle inflammatoire par une unique injection d’un produit induisant l’inflammation (durée : inférieure à 20min) o Pesée lors des manipulations (durée : inférieure à 5 min) o 1 pose d’un cathéter sous anesthésie profonde (durée : environ 15min) o 1 imagerie avec injection de produit de contraste (durée : environ 20min).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
L’étape de génotypage par puçage et prélèvement d’ADN peut induire un inconfort chez l’animal, tels que la douleur au niveau du site d’insertion de la puce sous-cutanée et des saignements, surtout au bout de la queue prélevée. Les deux modèles d’inflammation utilisées chez la souche de souris transgéniques peuvent produire des effets indésirables chez les animaux. Dans le premier modèle, une inflammation cérébrale créée pourra mener à des altérations de la signalisation neuronale et donc des problèmes cognitifs et comportementaux. Les animaux sont susceptibles d’éprouver une douleur de courte durée au niveau des points sutures et du site d’injection. Le deuxième modèle induit une inflammation systémique avec insuffisance cardiaque et des lésions multi-organes. Les animaux pourraient ressentir un inconfort physique et une souffrance de courte durée. Cette situation de mal-être et de stress pourra alors être repérée par une malnutrition liée à un arrêt de la prise alimentaire et de boisson suivie d’une perte de poids, de la prostration et une inactivité dans la cage.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux seront mis à mort afin de récupérer les différents organes d’intérêt des animaux (cerveau, coeur, foie, rate), permettant ainsi de compléter les résultats obtenus in vivo par des résultats post-mortem (biodistribution, caractérisations immunohistologiques). De plus, les caractérisations histologiques sont très souvent demandées pour justifier les résultats obtenus lorsqu’une nouvelle technique d’imagerie pré-clinique est étudiée.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Des tests de ciblage in vitro ont été réalisés pour évaluer l’affinité de l’agent de contraste ciblant la molécule d’intérêt sur des cultures de cellules endothéliales humaines mises en conditions inflammatoires. Toutefois, les expériences in vivo ne peuvent pas être totalement remplacées par des études in vitro car il est nécessaire d’estimer l’affinité de l’agent de contraste pour la molécule humaine exprimée à l’échelle d’un organisme entier sans pouvoir pour autant tester chez l’Homme de suite. Ainsi, les procédures expérimentales décrites dans ce projet ont un caractère de stricte nécessité et ne peuvent pas être remplacées par d’autres méthodes expérimentales n’impliquant pas l’utilisation d’animaux vivants et susceptibles d’apporter le même niveau d’information.
2. Réduction
Le nombre d’animaux utilisés dans ce projet a été évalué au regard de nos données antérieures par rapport à nos précédents projets ayant utilisé les mêmes modèles animaux et les mêmes types d’agents de contraste. Dans ces deux études précédentes, différents groupes de souris avec des doses variables du produit induisant l’inflammation avaient été mis en place et il semble nécessaire de reprendre ces mêmes groupes afin de comparer rigoureusement l’efficacité de ciblage des agents de contraste entre les molécules d’intérêt murine (résultats des études précédentes) et humaine (nouveaux résultats attendus). De plus, il est nécessaire qu’un groupe contrôle soit mis en place avec des souris recevant des agents de contraste dits « contrôle » (non ciblés) pour mettre en évidence la spécificité de détection chez les souris transgéniques. Le nombre d’animaux utilisés dans ce projet a en plus été confirmé par un calcul de taille d’échantillons.
3. Raffinement
Les animaux auront le temps d’acclimatation d’une semaine. Un enrichissement du milieu d’hébergement des souris est prévu. Les animaux seront hébergés en groupe de 5 afin de conserver les interactions sociales. Avant toute mise en place des modèles, un génotypage des animaux sera réalisé par puçage et prélèvement d’ADN. Cela se fera sous anesthésie générale à l’isoflurane et au protoxyde d’azote. A partir du début de la mise en place des modèles, une attention particulière sera accordée à l’état général des animaux, notamment pour vérifier l’absence d’apparition de signes de détresse ou de douleur extérieure ainsi que la bonne prise alimentaire et de boisson. Une coupelle de croquettes humides aura été préalablement placée dans la cage afin de permettre aux animaux malades de s’alimenter et de s’hydrater plus facilement. Une attention particulière sera aussi accordée à l’évolution de la masse corporelle avec une pesée quotidienne afin de vérifier que la perte de poids n’est pas supérieure à 15%. Après induction des deux modèles, une surveillance sera faite 15 minutes après les injections du produit induisant l’inflammation, puis 1 heure après et 2 fois par jour jusqu’à la mise à mort des animaux. De plus, la douleur des animaux sera réduite au maximum en veillant à couvrir les temps d’étude par une analgésie. Enfin, les animaux ne seront pas gardés pour des études sur le long terme pour ne pas les laisser en souffrance au-delà des 24 heures que durent les modèles.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La souris (mus musculus) est l’espèce animale qui a été la plus étudiée dans le domaine des pathologies de type inflammatoire. L’anatomie et la physiologie de la circulation sanguine de la souris sont également bien connues et sont semblables par leurs grands traits à celles de l’Homme. L’ensemble des connaissances et des acquis dont nous disposons au laboratoire et dans la littérature rend cette espèce particulièrement intéressante pour étudier les pathologies inflammatoires. Nous utiliserons des souris mâles adultes de 8 semaines, en rapport avec l’âge des animaux utilisés dans les études pilotes.