Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.
En bref (résumé court généré par IA)

219 souris vont être utilisées, toutes tuées à l’issue pour l’analyse de leur sang et de leurs organes, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger à modéré. 96 d’entre elles reçoivent des cellules tumorales dans une veine de la queue pour développer un cancer du sang et subissent six prélèvements sanguins à la joue, tandis que 135 sont injectées sous la peau avec du kambo, la sécrétion d’une grenouille amazonienne utilisée dans un rituel chamanique. Le porteur espère à long terme un traitement contre une forme grave de leucémie. À court terme, l’objectif se limite à trouver la dose de kambo qui provoque une réaction sans être dangereuse et à observer comment la sécrétion se répartit dans les organes, le porteur affirmant qu’aucun modèle cellulaire ne permet d’y répondre et que la souris est « indispensable ».

NTS-FR-562394v1
Types de recherche
· Cancers · Oncologie · Recherche appliquée · Recherche fondamentale ·
Mots-clés
Leucémie, Innovations thérapeutiques, Grenouille Phyllomedusa bicolor
Souris : 219

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).

Dans quel but fait-on ça ?

Réponse du laboratoire :

Ce projet explore l’utilisation du rituel chamanique, appelé » Kambo » chez les patients atteints d’un cancer du sang très grave. Chez l’Homme, le Kambo consiste à brûler légèrement la peau puis à appliquer des sécrétions d’une grenouille amazonienne sur la brûlure. Dans une étude précédente sur des souris, des effets similaires ont été observés en appliquant le Kambo sur une brûlure ou en l’injectant sous la peau. Cette nouvelle étude, déterminera comment le corps réagit quand le Kambo est injecté sous la peau. De plus, ces expérimentations détermineront comment le Kambo se déplace dans différents organes du corps. Enfin, ce projet déterminera si le kambo peut combattre certains cancers du sang issu de l’Homme. Ces recherches permettront de comprendre les effets du Kambo et à déterminer si le Kambo pourrait être utilisé pour traiter les cancers du sang.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).

Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ?

Réponse du laboratoire :

Le rituel appelé « Kambo » est devenu très populaire ces trente dernières années et est maintenant pratiqué partout dans le monde, bien au-delà de ses origines traditionnelles. Il est donc important d’étudier ses effets sur le corps en utilisant des modèles animaux. Ce projet offrira les avantages suivants : À court terme : • Trouver la bonne dose de Kambo qui provoque une réaction sans être dangereuse. • Voir comment le Kambo se répand dans le corps. • Tester si le Kambo peut combattre certains cancers du sang. Si oui, cela pourrait ouvrir de nouvelles options de traitement. À moyen terme : • Étudier les effets du Kambo sur le corps et évaluer ses risques et bénéfices pour l’Homme. À long terme : • Développer un nouveau traitement pour un type grave de cancer du sang. Ce projet vise à mieux comprendre le Kambo et à l’utiliser de manière sûre et efficace pour traiter certaines maladies

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).

Le droit d'accès aux documents

Réponse du laboratoire :

Durant l’étude, 96 souris vigiles, chaque semaine subiront des prélèvements de sang au niveau de la joue (6 prélevements sur l’ensemble de la procédure, durée du geste contention comprise : moins d’une minute). 96 souris recevront une injection sous la peau d’un antidouleur (une seule injection par animal, durée du geste contention comprise : moins d’une minute). 96 souris vigiles seront maintenues immobiles dans un dispositif spécial afin de recevoir des cellules tumorales dans une veine de leur queue (durée du geste : moins de deux minutes contention comprise). 135 souris sous anesthésie générale, recevront une injection, dans la peau, de kambo, durée du geste contention comprise: moins d’une minute. 66 souris sous anesthésie générale, recevront une injection, dans la peau, d’une solution neutre, durée du geste contention comprise: moins d’une minute.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.

Les animaux souffrent-ils ?

Réponse du laboratoire :

les effets indésirables prévus sonts les suivants: • Les injections vont entraîner du stress et une douleur pour les animaux • Les prélèvements de sang sous la mâchoire vont générer un stress et une légère douleur pour les animaux. • La propagation du cancer dans le sang des souris peut s’accompagner de signe d’inconfort et mal-être animal. Des points limites ont été mis en place afin d’éviter toute souffrance animale.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.

Peut-on parler d'éthique en expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

L’ensemble des procédures requiert une mise à mort des animaux du fait que les analyses seront réalisées sur différents tissus (sang, organes).

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.

Comment avancer vers la fin de l'expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Les peptides du kambo semblent agir sur les cellules du système immunitaire pour combattre le cancer du sang. Pour étudier leurs effets et leur mécanisme d’action il est nécessaire de se placer dans un environnement où l’ensemble du système immunitaire est fonctionnel. Malheureusement, aucun modèle de cellules ne permet de répondre à cette question, l’utilisation du modèle souris est donc indispensable pour répondre aux questions scientifiques de ce projet.

2. Réduction

Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.

Qui est concerné ?

Réponse du laboratoire :

Pour minimiser l’utilisation d’animaux dans nos recherches, nous avons pris deux mesures importantes : d’abord, nous avons calculé le nombre minimum nécessaire pour chaque procédure. Ensuite, nous avons optimisé la collecte de matériel afin d’éviter les répétitions d’expériences, incluant la récupération du sang total, et l’analyse de différents organes tels que la moelle osseuse et la rate.

3. Raffinement

Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.

La réglementation est-elle « très stricte » ?

Réponse du laboratoire :

Pour assurer le bien-être des souris dans nos expériences, nous prenons de nombreuses précautions. Nous utilisons des modèles expérimentaux reconnus et suivons des règles strictes pour éviter toute souffrance inutile. Les personnes qui s’occupent des souris sont qualifiées, expérimentées et veillent à réduire leur stress au maximum. Les souris sont logées dans des cages adaptées, notamment celles avec des systèmes immunitaires affaiblis qui disposent de cages spéciales pour leur protection contre les infections. Pendant les expériences, nous habituons les souris à l’immobilisation pour réduire le stress lors des injections. Nous alternons les sites de prélèvement de sang pour minimiser le stress et favoriser une guérison optimale. Pour les prélèvements de sang en fin d’expérience, réalisés sous anesthésie générale, nous administrons un puissant antidouleur 30 minutes avant. Chaque jour de la semaine, nous surveillons attentivement le bien-être des souris. Si une souris se retrouve isolée à cause de l’agressivité d’une autre, nous lui offrons des abris supplémentaires comme des igloos en carton et des morceaux de bois pour jouer.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.

Spécisme et expérimentation animale

Réponse du laboratoire :

Ce projet étudie les effets des sécrétions d’une grenouille amazonienne, connues sous le nom de « Kambo ». La toxicité et l’impact du Kambo seront évalués sur les organes des souris, notamment le sang, le rein, le foie, le cerveau et la moelle osseuse. Le modèle souris est idéal pour étudier le système immunitaire et son implication dans le développement de certains cancers du sang. En effet, le système immunitaire de la souris est très bien caractérisé et il a un fonctionnement proche de celui de l’Homme. Le modèle murin permet aussi d’étudier différents types de cancers du sang. L’objectif est d’évaluer si le Kambo peut avoir un effet sur ces cellules cancéreuses. Les expériences débuteront lorsque les souris atteindront l’âge adulte (8 semaines) et se termineront au plus tard à 10 mois (signes de vieillissement pouvant induire un biais expérimental).