
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 10/02/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-590798)
Vingt-quatre heures d’isolement dans un lieu inconnu, avec diffusion d’odeurs et de bruits de prédateurs pour imiter un cabinet vétérinaire : 29 lapins subissent des procédures impliquant un niveau de souffrance léger, puis restent en vie pour être réutilisés dans d’autres projets. S’y ajoutent un transport de 20 minutes en voiture, trois prises de sang sur animal vigile, un examen vétérinaire de 30 minutes et quatre rencontres de 15 minutes avec des lapins inconnus, susceptibles de provoquer des blessures. Il s’agit de tester un gel de phéromone apaisante de lapine destiné aux lapins de compagnie, en plaçant les lapins dans les situations mêmes dont le produit doit atténuer le stress. Le porteur retient des adultes déjà présents dans l’animalerie après de précédents projets, dont des mâles castrés, ce qui autorise un hébergement en groupe sans reproduction.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
De par sa nature d’animal de proie, le lapin peut montrer des réactions de stress voir de panique à de nombreuses situations qu’il est amené à rencontrer au cours de sa vie d’animal de compagnie. Or, cette exposition au stress peut avoir des effets délétères sur sa santé et son comportement. Les phéromones maternelles apaisantes sont sécrétées par les mères au cours de la mise bas et de l’allaitement, leur efficacité à promouvoir un état de calme et une meilleure adaptabilité à des situations nouvelles a été mise en évidence sur de nombreuses espèces (chat, cheval, porc, ..). Chez le lapin, une première forme galénique (forme galénique = mode d’administration du produit, par exemple spray, crème, ..) sous la forme d’un bloc a été étudiée sur le lapin de production est a mis en évidence une amélioration des paramètres zootechniques (fertilité, viabilité des jeunes) mais aussi des animaux plus calmes sous traitement phéromonal. Nous souhaitons dans ce projet tester une autre forme galénique qui est un gel à déposer au niveau de la nuque de chaque individu, permettant que chaque lapin soit cible du traitement mais également diffuseur du traitement pour les individus avec lesquels il interagit. Notre objectif actuel et de tester cette formulation sur 2 situations : 1) une visite vétérinaire suivie d’une hospitalisation de 24H; 2) une rencontre entre 2 lapins inconnus, répliquant les premières phases de cohabitation lors de l’achat d’un second lapin. Nos hypothèses sont que sous traitement avec la phéromone, les lapins montreront une meilleure adaptabilité à ces 2 situations potentiellement anxiogènes. Cela se caractérisant par une manipulation plus facile des animaux, un comportement plus calme pendant l’hospitalisation et une diminution de l’agressivité au cours des rencontres.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Nous attendons de ce projet de pouvoir proposer une solution naturelle et sans danger pour les lapins leur permettant d’affronter plus sereinement les situations potentiellement stressantes que les lapins domestiques peuvent rencontrer au cours de leur vie. Ainsi, au cours d’une visite vétérinaire et d’une hospitalisation, des réactions de peur comme de stress pourraient être délétères au pronostic de l’animal, dégradant la qualité des soins, la qualité de l’anesthésie mais aussi la récupération de l’individu. Il serait très utile pour les propriétaires de lapins comme pour le vétérinaire de pouvoir offrir une solution sans danger permettant le limiter ces réactions chez les lapins. Les premières rencontres entre lapins inconnus sont également une situation stressante pour le lapin qui est un animal territorial. Nous espérons que le traitement à base d’analogue de phéromone apaisante de lapine puisse aider les lapins à mieux vivre cette première rencontre, gage d’une cohabitation plus sereine. Si nos résultats sont positifs, cela nous permettra de préconiser l’usage de ce traitement afin d’apaiser les rencontres faisant suite à une adoption d’un nouveau lapin pour le propriétaire ayant déjà un lapin à domicile. En effet le lapin est un animal social, qu’il est important de faire vivre en groupe mais les problèmes de cohabitation peuvent être un frein poussant les propriétaires à n’adopter qu’un seul lapin. Si le produit est efficace, il pourra être une aide importante pour les propriétaires lors d’une adoption, permettant ainsi de favoriser le respect du comportement naturel du lapin et ainsi leur bien-être.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Le projet prévoit la réalisation de 3 prises de sang par lapin avec un délai minimal d’une semaine entre 2 prélèvements. Toutes les prises de sang seront faites sur animal vigile et dureront environ 5 min de la préhension de l’animal à la fin du prélèvement. Les animaux seront soumis à un transport de 20 minutes en voiture ainsi qu’à un examen vétérinaire de 30 minutes et à un l’isolement social dans un environnement inconnu pendant 24H. Les rencontres entre lapins inconnus seront d’une durée de 15 minutes par rencontre et répétées 4 fois par lapin, elles pourront être à l’origine de stress mais aussi de potentielles blessures si les lapins montrent un comportement agressif. Une période minimale de 10 jours sera observée entre 2 rencontres pour un même lapin.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les nuisances attendues sont, au cours de la procédure « hospitalisation », le stress associé au transport en voiture, la contention nécessaire aux prélèvements sanguins, le prélèvement sur animal vigile avec le risque de création d’un hématome au site de prélèvement, l’hébergement individuel pendant 24H afin de mimer une hospitalisation en cabinet vétérinaire, la diffusion d’odeurs et de bruits de prédateurs afin de modéliser un cabinet vétérinaire classique. Lors de la seconde procédure, les nuisances attendues sont de possibles blessures associées à des comportements agressifs lors des rencontres entre lapins inconnus, ainsi que le stress associé à la contention nécessaire aux prélèvements sanguins, le prélèvement sur animal vigile et le risque de création d’un hématome au site de prélèvement.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
A la fin de ce projet, l’ensemble des individus est conservé en vie afin d’être réutilisés pour de futurs projets de recherche.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
L’objectif de cette étude étant de caractériser l’effet potentiel de la phéromone apaisante de lapine lors de l’exposition de lapins à des situations stressantes tant au niveau physiologique que comportemental, il est nécessaire de réaliser ce projet sur des animaux vivants.
2. Réduction
Nous avons choisis d’inclure dans cette étude 29 lapins, ces lapins sont des lapins déjà présent dans notre animalerie suite à de précédents projets (réutilisatiion), la possibilité de travailler avec uniquement ces animaux nous permet d’éviter l’utilisation de nouveaux animaux (reduction). Afin de vérifier qu’un tel effectif serait suffisant pour obtenir des résultats statistiques robustes, nous nous sommes basés sur des resultats obtenus dans notre instiitut sur l’effet de la phéromone appaisante de lapin dans d’autre types de situations, nous avons pu calculer que selon le paramètre mesuré, un effectif variant entre 22 et 36 lapins serait suffisant pour obtenir une puissance statistique de 80%. Nous avons décidé de rester sur cet effectif qui était cohérent avec les évaluations statistiques réalisées. Cela nous permet donc de réutiliser ces animaux et d’éviter l’implication de nouveaux individus dans ces procédures expérimentales. L’analyse statistique comparera les réponses comportementales et physiologiques des animaux à l’aide des tests adéquats et pour limiter les biais expérimentaux, l’ensemble de la procédure sera réalisée en aveugle.
3. Raffinement
Tout au long du projet, à l’exception de la période de 24h d’hospitalisation, les lapins seront hébergés dans des enclos au sol, en groupe sociaux de 3 lapins (1 mâle stérilisé et 2 femelles). Le sol des enclos sont tapis de litière, chaque enclos contiendra des abris pouvant également servir de plateformes, ainsi que des enrichissement (2 à haute valeur (alimentaire), 2 à basse valeur (rongeable) et 1 enrichissement destructible). La seule exception à l’hébergement en groupe concernera les 2 mâles qui selon les recommandations du NC3R (association dont la mission est de développer et promouvoir les 3R dans la recherche) seront hébergés seuls. L’enclos de chaque mâle entier sera mitoyen d’un enclos contenant 3 autres lapins avec une séparation permettant un contact visuel, auditif et olfactif entre les individus mais limitant les risques d’agression. Cela permettant d’éviter un isolement strict limitant ainsi le risque de trouble comportemental chez nos males entiers. Au cours des rencontres entre lapins inconnus, l’arène de test sera équipée de manière à limiter les agressions (grande arène, cachettes à 4 sorties, foin dans toute l’arène, plusieurs points d’eau) et 2 opérateurs resteront à proximité immédiate de l’arène afin de pouvoir intervenir au plus vite dès le point limite atteint (combat d’une durée supérieure à 3 secondes). Lors des expérimentations mais aussi entre ces dernières, des recommandations seront faites aux personnels étant en contact avec les animaux dans l’objectif de limiter les réactions de peurs, ainsi il est demandé à chaque personne entrant dans les salles d’hébergement de toquer 3 fois afin d’annoncer sa présence. Les prélèvements sanguins seront réalisés par un vétérinaire qui utilisera une serviette pour sécuriser l’animal au cours de la contention. Afin de minimiser leur nombre, la première prise de sang servira de base de comparaison à la fois pour la procédure « hospitalisation » et la procédure « rencontres sociales »
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
L’objectif étant de tester un analogue de la phéromone apaisante de lapine sur la physiologie et le comportement de lapins soumis à des situations stressantes vécues par les lapins de compagnie, il est crucial de tester le produit sur l’espèce cible. L’ensemble des individus impliqués dans cette étude seront adultes car c’est ce qui est le plus réprésentatif de la population de lapin domestique. Par ailleurs celà nous permet de travailler en partie avec des lapins mâles castrés, permettant ainsi un hebergement en groupe sans risque de reproduction et avec un risque plus modéré de conflits entre les individus.