
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 17/10/2023
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-598109)
64 truites arc-en-ciel vont être utilisées, toutes tuées à l’issue, dans des procédures classées en souffrance modérée. Chaque poisson reçoit un gavage puis une injection intraveineuse d’antibiotiques, espacés de trois semaines, et subit quatre à huit prélèvements sanguins sous anesthésie. Le porteur n’attend qu’un léger stress lié aux manipulations et vise à ajuster les doses d’une association d’antibiotiques utilisée en pisciculture. Il indique qu’aucune méthode alternative ne permet encore de suivre la cinétique plasmatique des molécules.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Afin de limiter les risques liés à l’antibio-résistance pour la santé de l’humanité, l’Agence européenne des médicaments préconise l’utilisation d’antibiotiques spécifiques de première intention pour la médecine vétérinaire. L’association de deux antibiotiques avec un ratio 5:1 est classiquement utilisée en médecine vétérinaire pour leur effet synergique. Ce ratio de 5:1 utilisé dans la quasi-totalité des préparations vétérinaires mises sur le marché correspond à une transposition utilisée chez l’Homme, où les vitesses d’élimination sont assez proches ce qui permet de conserver un rapport de concentrations efficaces entre les deux molécules et de maintenir leur effet synergique dans le temps. A l’inverse, chez les animaux de rente par exemple, les temps de demi vie peuvent être très variables d’une espèce à l’autre, ce qui peut entrainer un déséquilibre des concentrations avec une perte probable de l’effet synergique entre les deux molécules et par conséquence une perte de l’efficacité de l’association. L’ensemble de ces facteurs questionne la pertinence du ratio 5:1 des formulations vétérinaires ainsi que les posologies recommandées (doses et/ou intervalles d’administration). L’objectif du projet est d’optimiser les schémas posologiques de l’association de deux antibiotiques chez la truite arc-en-ciel (TAC) qui est une espèce de destination de ce traitement.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les formulations d’antibiotiques destinées aux animaux sont des transferts des données permettant une synergie chez l’Homme sans tenir compte des spécificités des espèces animales ou de leurs bactéries pathogènes. Le projet générera des données pharmacocinétiques (PK) in vivo qui seront couplées aux études pharmacodynamiques sur des bactéries pathogènes les plus fréquemment rencontrées et qui à l’aide de la modélisation pharmacocinétique/pharmacodynamique (PKPD), vont permettre d’optimiser le traitement (doses, posologies) chez la TAC. Le projet contribuera à une utilisation responsable et prudente des combinaisons d’antibiotiques en pisciculture et sera bénéfique à terme pour la santé humaine et environnementale en évitant les traitements inefficaces et en limitant le recours à des antibiotiques de deuxième intention plus critiques pour la santé humaine.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Durant l’expérimentation, un acte de gavage et une injection intra-veineuse seront réalisés sur chaque animal, espacés de 3 semaines. Des prélèvements (4 à 8) de 0.3 mL de sang chacun seront également effectués sur chaque poisson, et répartis sur une période allant de 96 h à 240 h après chaque administration (orale ou intra-veineuse). Tous ces actes seront faits sur animal anesthésié et ne dureront pas plus de 2 minutes.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Induction possible d’un léger stress des animaux du fait des conditions expérimentales (hausse de la température et prélèvements de sang en cinétique). Peu d’effets indésirables visibles attendus sur les animaux qui seront exposés aux concentrations usuelles (non toxiques) des antibiotiques.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
A la fin de l’expérimentation tous les animaux seront mis à mort.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Aucune méthode alternative n’a encore été développée pour suivre la cinétique plasmatique (Tout en incluant les variabilités inter-individuelles) des molécules qui est une étape préliminaire à l’approche PK/PD envisagée.
2. Réduction
La procédure expérimentale sera menée en réduisant au maximum le nombre d’animaux utilisés tout en conservant une pertinence scientifique. Le nombre de points de prélèvements permet de couvrir l’ensemble de la cinétique. Le nombre de poissons prélevés par temps a été estimé au plus juste pour limiter l’impact des prélèvements sur chaque poisson tout en permettant d’estimer correctement les variabilités inter-individuelles des paramètres cinétiques (clairance, etc) et pour générer suffisamment de données pour construire les modèles de pharmacocinétique/pharmacodynamique (PKPD). Une période de « wash-out » adaptée permet de garantir la fiabilité des résultats. Une fois le modèle PK développé et fiable, il permettra d’étendre l’exploration à d’autres posologies sans la nécessité d’utiliser d’autres animaux.
3. Raffinement
Les mesures de raffinement viseront : – à assurer des conditions optimales d’hébergement des animaux afin de s’assurer de leur bien-être : une biomasse (nombre d’animaux par bassin) contrôlée permettant l’expression des comportements alimentaires et natatoires attendus de l’espèce étudiée, un volume d’eau adapté et renouvelé en continu, une saturation en oxygène suffisante, un rythme jour/nuit naturel, et une alimentation adaptée à leur stade de développement et la biomasse. – réaliser des observations quotidiennes de l’état de santé général des poissons et de leur comportement natatoire et alimentaire. – à mettre à mort de façon compassionnelle des animaux présentant un comportement anormal et/ou des signes cliniques de mal-être (selon une grille d’évaluation du point limite).
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
La truite arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss) est une espèce cible pour le traitement à base de sulfadiazine/triméthoprime (pour lutter contre la furonculose), d’un grand intérêt économique et représente un modèle environnemental pertinent proche des espèces endémiques (c.à.d, Salmo trutta fario) des eaux européennes ; c’est une espèce facile à élever en laboratoire. Les animaux seront utilisés au stade jeune adulte. Ils seront suffisamment gros et résistant pour réaliser les prélèvements de sang en cinétique sur plusieurs semaines.