
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 19/02/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-600512)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Environ 40% des pertes auditives sont d’origine génétique. Les prothèses auditives (dans le cas des surdités légères) et les implants (dans les cas de surdités sévères ou profondes) sont des dispositifs médicaux qui permettent d’accéder aux sons, mais ne restaurent pas une audition naturelle. Depuis peu, la thérapie génique est l’une des pistes explorées pour soigner les surdités génétiques. Notre objectif est d’évaluer l’effet d’une telle approche dans des modèles murins de surdité liée à une déficience en molécule que nous souhaitions étudier. Nous testerons deux stratégies de thérapie génique dans des souris génétiquement modifiées.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet nous permettra de développer des stratégies thérapeutiques capables de prévenir et/ou retarder les déficits sensoriels (audition/équilibre) liés à une déficience en molécule étudiée. A court terme, nous identifierons les méthodes les plus efficaces pour apporter une protéine fonctionnelle (supplémentation de gène) ou réparer le gène d’une protéine mutée (édition de gène) au niveau des cellules sensorielles de l’oreille interne. A long terme, nous espérons grâce à ce travail développer des outils utilisables dans des essais pré-cliniques et cliniques afin de prévenir la surdité postlinguale chez les patients porteurs de mutation sur les gènes codant pour les Clarines. Le fait de générer une souris double déficiente en molécules étudiées va nous permettre de : 1) enrichir nos connaissances sur la possible redondance biologique des 2 molécules, 2) consolider les effets bénéfiques de la thérapie génique par supplémentation de gènes ou par édition génique pour corriger la perte auditive et les troubles d’équilibre.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Chirurgie : Les animaux seront soumis à des injections sous anesthésie gazeuse et analgésie, elles seront uniques et ne dureront pas plus de 10 minutes. Tests auditifs : Les souris seront soumises à des tests auditifs dès l’âge de 1 mois. Ces tests pourront être répétés à 2, 3, 4, 5, 6 et 12 mois. Les souris seront anesthésiées puis exposées à de brefs stimuli sonores d’intensité et de fréquence croissantes. Des mesures seront enregistrées à l’aide d’électrodes ou de sondes placées sous la peau ou à l’entrée du conduit auditif. L’ensemble de ces enregistrements ne durera pas plus de 30 minutes par session. Tests d’équilibre : Les souris seront également soumises à des tests comportementaux. Leurs déplacements seront analysés à l’aide d’un système vidéo (2 minutes). Leur capacité d’équilibre sera quantifiée par 2 tests (l’un durant 31 minutes, l’autre 2 minutes). Leur capacité d’orientation dans l’espace sera évaluée grâce à deux autre tests (10 à 60 secondes chacun). Un test de nage sera finalement réalisé (10 secondes) avant le retour en cage d’hébergement.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les souris déficientes en molécule étudiée présentent des déficits auditifs progressifs. La nouvelle lignée de souris que nous souhaitons créer sera déficiente en deux molécules et pourrait présenter des troubles de l’équilibre, en plus d’un déficit auditif. Les injections dans l’oreille interne seront réalisées sous anesthésie gazeuse et analgésie, en conditions optimales d’asepsie et avec un contrôle rigoureux des animaux en pré- et post-opératoire. Aucune dégradation de l’état des animaux n’est attendue. Bien au contraire, nous espérons que le remplacement ou la correction du gène muté contribuera à rétablir les fonctions sensorielles des souris injectées. En découle la liste ci-dessous des interventions après raffinement, et de leurs éventuels effets indésirables supérieurs ou égaux à une piqûre d’aiguille : 1) Pour la création d’une lignée de souris transgénique déficiente en deux molcéules, élevées dans un milieu fortement enrichi -> surdité et troubles d’équilibre, 2) Pour les injections sous anesthésie gazeuse et analgésie, avec soins pré- et post-opératoires -> pas de nuisance attendue du fait des injections réalisées sous contrôle strict pré- et post-opératoire.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
A la fin de chaque procédure, tous les animaux seront mis à mort pour des prélèvements post-mortem de l’oreille interne, à des fins d’analyses.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Il n’existe pas à ce jour de méthode alternative in vitro ou in silico pour appréhender les mécanismes complexes impliqués dans le fonctionnement de l‘oreille interne que sont : 1) la perception du stimulus mécanique par les cellules sensorielles ; 2) la transduction de ce stimulus en un signal électrique ; 3) la transmission de ce signal électrique aux neurones de la cochlée ; 4) le transfert via ces neurones et leurs relais de l’information jusqu’au cerveau. De fait, nous aurons recours à la souris dans notre projet pour étudier les cascades physiopathologiques impliquées dans la surdité et pour tester l’efficacité thérapeutique de traitements préventifs.
2. Réduction
Afin de limiter le nombre d’individus par groupe expérimental, nous avons effectué un test de puissance statistique à partir des données issues de l’une de nos récentes publications. Ce qui nous a permis de déterminer qu’il nous faudrait un nombre de 5 individus par groupe. Nous limitons également le nombre d’individus de nos groupes contrôles en réexploitant, quand cela est pertinent, les données contrôles de nos expériences antérieures. Afin d’éviter un éventuel « effet cage », les souris d’une même cage seront subdivisées pour recevoir au moins 2 traitements différents. Nos données quantifiées seront analysées avec un logiciel. Selon la taille et la distribution des échantillons, nous utiliserons différents tests statistiques.
3. Raffinement
A) Grille d’évaluation d’un phénotype dommageable : Notre projet prévoit la création d’une nouvelle lignée de souris transgéniques déficientes en deux molécules. Dans la mesure où toute création d’une nouvelle lignée de souris implique de surveiller la survenue d’un phénotype dommageable, nous suivrons la « fiche d’évaluation de phénotype suite à une création de lignée » proposée par notre SBEA. Ainsi, sur un minimum de 14 mâles et de 14 femelles (issues de 4 portées distinctes, nous examinerons un panel de critères physiques et comportementaux à trois stades : 1) à la naissance : taille des portées, soins apportés par les mères, présence d’une poche de lait stomacale, poids, apparence, réactivité, 2) au sevrage : âge de séparation, nombre de souris sevrées, proportion mâles/femelles, poids, apparence, réactivité, 3) à 2 ou 3 mois : poids, apparence, comportement, posture, consistance des selles. La survenue d’un signe clinique grave et persistant (plus de 24h) entrainera la mise à mort de l’individu concerné. B) Enrichissement de l’environnement Chez la souris, les troubles sensoriels peuvent s’accompagner d’hyperactivité, de désorientation, de stress et de bagarres (chez les mâles). D’expérience, nous avons remarqué que pour limiter ces effets, il suffisait d’ajouter deux igloos par cage, des copeaux en carton, des bâtonnets en bois à grignoter (1 par souris), et d’équilibrer le nombre d’animaux normaux et d’animaux déficients dans une même cage. Les cages doivent de plus être manipulées avec une très grande délicatesse et le moins souvent possible (une fois par jour maximum). Les personnes amenées à intervenir sur nos cages de souris déficientes sont alertées sur les consignes à appliquer. C) Monitoring des souris en amont et en aval d’une anesthésie avec ou sans chirurgie L’emploi d’analgésiques sera systématique tout comme l’application d’un gel ophtalmique lors des anesthésies de souris adultes. Nous utiliserons un matériel miniaturisé pour l’anesthésie gazeuse des souriceaux. Les animaux anesthésiés seront gardés sur un tapis chauffant jusqu’à leur réveil complet puis remis dans leur cage. Les animaux opérés seront régulièrement inspectés pour détecter et traiter les éventuels signes d’inconfort tels que décrits dans la grille d’évaluation fournie par notre SBEA.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Les cellules et les molécules impliquées dans le fonctionnement de l’oreille interne sont comparables chez l’homme et la souris. Les pathologies qui nous intéressent ont déjà des modèles murins. Nous projetons d’en créer un nouveau, déficient pour deux molécules. Ces modèles vont nous permettre d’explorer les preuves de concept thérapeutique que nous pourrons transposer, du moins conceptuellement, chez l’homme. Les injections se feront sur des souris âgées de 1 jour, soit à un stade immature où les cellules sensorielles ne sont pas encore trop affectées. La mise à mort se fera entre 8 jours et 6 mois post-injection pour évaluer les effets à court, moyen et long termes d’une correction génique.