
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2024-02-09 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-630684)
60 souris vont être utilisées, opérées sous anesthésie et tuées avant tout réveil. Chaque animal subit une chirurgie de trente minutes destinée à mettre au point un geste de prélèvement de liquide céphalo-rachidien, sans objectif de connaissance au-delà de la maîtrise de la technique. Le porteur indique que les animaux, inconscients pendant l’acte, ne devraient ressentir aucune douleur, et précise recourir en partie à des animaux de réforme. Il affirme ne pas pouvoir éviter l’usage d’animaux pour développer ce geste, présenté comme « essentiel » à de futurs projets en neurosciences.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
Le liquide céphalo-rachidien (LCR) est le liquide dans lequel baignent le cerveau et la moelle épinière. Il amortit ainsi les mouvements et les chocs qui risqueraient d’endommager le cerveau, mais permet également le passage de substances du cerveau et de la moelle épinière vers le système nerveux périphérique. Ce liquide présente une importance capitale dans le cadre clinique puisque son analyse permet déjà de diagnostiquer certaines maladies neurodégénératives. Ce liquide est aussi très important dans le cadre de la recherche car son analyse pourrait aider à une meilleure compréhension de différentes maladies du cerveau et de la moelle épinière dont les mécanismes sont encore inconnus. Cependant, son prélèvement est délicat, d’autant plus chez la souris du fait de la petitesse de la zone d’accès. Ainsi, nous proposons de mettre au point une technique de prélèvement de LCR chez la souris anesthésiée pour pouvoir étudier ce liquide, sa composition, et comprendre certains mécanismes sous-jacents aux pathologies du cerveau et de la moelle épinière.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
A l’issue de ce projet, nous maitriserons une nouvelle technique de prélèvement de LCR chez la souris, technique plus précise et permettant l’obtention d’échantillons sans contamination par des cellules sanguines. Plus généralement, la maîtrise d’une technique de prélèvement du LCR sans contamination sanguine chez la souris est essentielle pour le développement des projets dans le domaine des neurosciences et plus particulièrement pour la compréhension des mécanismes à l’origine des pathologies inflammatoires et neurodégénératives du cerveau et de la moelle épinière. Ce projet permettra donc d’assurer le raffinement maximal et une réduction des animaux dans les futurs projets en améliorant la technique et la qualité des échantillons.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
Les souris seront soumises à une chirurgie sous anesthésie à l’isoflurane d’une durée de 30 minutes.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.
En pré-anesthésie, il peut y avoir stress de contention. Par contre, le restant des actes étant fait sous anesthésie/antalgie adaptées et surveillées tout le temps de la procédure, l’animal inconscient ne doit ressentir aucune douleur.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
Cette étude servant à la mise au point du geste de prélèvement de LCR, nous mettons à mort à l’issue de la réalisation du geste.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
Les études prévues dans cette demande ayant pour finalité de mettre au point, développer et améliorer le geste de prélèvement du LCR chez la souris anesthésiée, nous ne pouvons éviter l’utilisation d’animaux.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Nous avons estimé le nombre minimum d’animaux nécessaires à ces mises au point en intégrant le risque de possibles contaminations du LCR lors des prélèvements. De façon générale, et autant que possible, nous utiliserons des animaux de réforme disponibles sur la plateforme d’animalerie. Cette technique permettra également de réduire le nombre d’animaux car il sera possible de prélever le LCR et d’autres organes et tissus à partir d’une même souris.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
Les souris seront anesthésiées durant la procédure de prélèvement du LCR. La profondeur de l’anesthésie sera évaluée par le réflexe de retrait de la patte ou le pincement de la queue. L’hypothermie due à l’anesthésie sera limitée grâce à l’utilisation d’un tapis chauffant pendant la durée totale du geste. Enfin, du gel ophtalmique sera également appliqué sur les yeux de manière à éviter un dessèchement oculaire. Une période d’acclimatation d’un moins dix jours sera respectée entre l’arrivée des souris dans l’établissement utilisateur où elles seront hébergées en groupe dans un milieu enrichi (tunnel, coton, frisure, bâton à ronger). Le tunnel servira également à la manipulation des souris éveillées, limitant le stress de la manipulation. Enfin, des points limites ont été définis.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
La souris étant actuellement l’organisme-modèle le plus utilisé pour l’étude des neuropathologies, nous réaliserons nos mises au point sur cette espèce à un stade « adulte », à partir de 8-10 semaines, qui correspond au stade de développement des animaux généralement utilisés dans les études de neuropathologies.