
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 05/12/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-637630)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
La Myasthénie Gravis (MG) est une maladie auto-immune qui perturbe la communication entre les nerfs et les muscles, qui a pour conséquence une faiblesse musculaire et une fatigabilité impactant fortement la qualité de vie des patients pouvant aller jusqu’à l’isolement social. L’incidence de cette maladie est estimée entre 3 et 28 personnes sur 1 million avec plus de 700000 patients atteints dans le monde. Les traitements actuels sont essentiellement des immunosuppresseurs qui nécessitent des mois de traitements et qui sont souvent associés à des effets secondaires lourds. De plus, 10 à 15% des patients sont résistants à ces traitements. La MG est causée par la production d’auto-anticorps attaquant les molécules de la jonction neuromusculaire, perturbant la transmission des signaux entre nerfs et muscles. La plupart des patients produisent des auto-anticorps contre le récepteur de l’acétylcholine (AChR), mais certains présentent des auto-anticorps ciblant la kinase spécifique du muscle (MuSK), essentielle pour une bonne communication nerveuse et musculaire. Ce projet vise à développer un modèle de MG forme MuSK chez la souris, car aucun modèle in vitro ne récapitule la complexité biologique de cette pathologie. Le projet consiste à administrer aux souris tout ou une partie de la protéine MuSK pour que leur système immunitaire produise des anticorps contre cette protéine, perturbant ainsi la communication nerf/muscle et reproduisant la pathologie observée chez les patients. Pour induire une réaction immunitaire, un adjuvant est ajouté, optimisant la production de ces auto-anticorps. Les études réalisées dans le cadre de ce projet prévoient des évaluations cliniques et biologiques (prélèvements sanguins pour notamment doser la présence des anticorps en cours d’étude et prélèvements d’organes en fin d’étude pour valider l’expression des cibles thérapeutiques). Ces études seront réalisées sur des souris génétiquement modifiées ou non pour un gène/cible d’intérêt impliqué dans la maladie. Nous prévoyons une étude de mise au point du modèle en comparant le protocole bibliographique à un protocole apportant des améliorations éthiques (adjuvant) (36 souris). Dans un second temps nous souhaiterions adapter ce protocole sur une souris génétiquement modifiée (sans phénotype dommageable) d’intérêt pour un de nos projets et tester l’intérêt d’immuniser avec tout ou partie du domaine extracellulaire de la protéine MuSK (24 souris) soit 60 souris au total pour ce projet.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Dans le processus de développement d’un nouveau médicament, ce type d’étude se fait après des tests en laboratoire sur des cellules et des simulations informatiques. L’objectif est de mettre au point un modèle murin de MG forme MuSk en apportant des améliorations éthiques au protocole de référence. Les bénéfices attendus sont les suivants : 1. Affiner le modèle de la pathologie MG forme Musk sur les souris, en réduisant au maximum leur souffrance et en améliorant les conditions des expériences. 2. Proposer un modèle permettant de sélectionner les médicaments qui ont un effet positif sur les mécanismes de la MG forme Musk, avant de passer aux essais cliniques, et offrir ainsi une nouvelle option de traitement.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
– Immunisation par l’agent inducteur (protéine + adjuvant) de la pathologie/du modèle : l’immunisation se fait 4 fois par jour (4 injections à 4 sites différents), 1 jour toutes les 4 semaines, et cela jusqu’à 3 fois, moins de 30 secondes pour chacune des 4 injections – Administration d’un anti-douleur au préalable des immunisations par l’adjuvant le nécessitant (30 secondes par administration) – Prélèvement de sang (faible volume, moins de 30 secondes) avec une fréquence en accord avec les recommandations de la structure de Bien-Etre Animal : jusqu’à 3 prélèvements sur les 13 semaines que dure l’étude – Electromyogramme (étude de la fonction des nerfs et des muscles) sous anesthésie générale avec utilisation d’électrodes musculaires réalisé une seule fois par souris (en fin d’étude) – Prélèvement de sang terminal sous anesthésie générale et analgésie (une seule fois, 30 secondes) – Pour la 2ème phase du projet, nous utiliserons des souris génétiquement modifiées élevées et commercialisées par un éleveur : préalablement à leur expédition dans notre établissement utilisateur, elles auront eu un prélèvement de tissus (biopsie de l’extrémité de la queue) pour confirmer leur modification génétique.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Selon les données de la littérature, les nuisances estimées sont les suivantes : 1. Administration de peptide avec adjuvant (4 sites d’administration, jusqu’à 3 jours d’immunisation espacés de 4 semaines) : moins de 30 secondes par injection, 3 fois. Risque de nécrose ou durcissement de la peau (douleur modérée) dans les jours suivant les administrations et dépendant du type d’adjuvant (risque accru avec l’adjuvant de l’article de référence pondéré par l’administration préventive 5 minutes avant d’un antalgique). 2. Prélèvements de sang : 30 secondes maximum 3 fois. Stress et douleur ponctuels (douleur légère). 3. Développement de myasthénie gravis sur maximum 12 semaines : Faiblesse musculaire et réduction de la mobilité (souffrance modérée), sans atteindre des signes cliniques sévères 4. Electromyogramme : 5 électrodes sous anesthésie gazeuse en fin d’étude : Stress léger (une fois, 10 minutes) 5. Prélèvement de sang terminal sous anesthésie et analgésie : Sans réveil, donc sans douleur post-procédure.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
A l’issue de chaque procédure, les animaux seront euthanasiés pour la collecte des organes et tissus nécessaires pour les analyses in vitro des échantillons (immunohistochimie, etc) nécessaires à la caractérisation complète du modèle.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
La recherche de nouveaux médicaments dans la prise en charge des maladies auto-immunes repose sur une première phase d’identification de candidats médicaments efficaces sur leur cible au moyen de modélisations in silico et in vitro. Néanmoins, l’efficacité thérapeutique d’un candidat médicament ne peut être démontrée qu’après administration chez l’animal, dans le contexte d’un organisme complet et complexe incluant l’ensemble des mécanismes physiopathologiques. Les pathologies auto-immunes sont par essence multifactorielles et impliquent un grand nombre de types cellulaires et de médiateurs, qu’il n’est pas possible de modéliser complètement in vitro, c’est pourquoi nous souhaitons établir ce modèle vivo.
2. Réduction
Les conditions expérimentales des premières étapes sont directement basées sur les données de la littérature pour ce modèle, et un accompagnement par le service Biostatistique sera assuré afin d’affiner les designs expérimentaux, d’estimer la variabilité des paramètres et in fine le nombre d’animaux nécessaire par groupe pour de futures études (sur une nouvelle DAP ultérieurement). La technique de micro-prélèvement décrite en 5.10.3 pour réaliser les prélèvements sanguins permet également de réduire le nombre d’animaux utilisés au cours de ce projet.
3. Raffinement
Des prélèvements de sang répétés sont réalisés à différents temps afin de mesurer en cinétique les paramètres biologiques d’intérêt. Les prélèvements de sang sont effectués selon la technique de micro-prélèvements de la souris, réalisable plusieurs fois sur un même animal en respectant les bonnes pratiques, les volémies et les conditions physiologiques de la souris. Cette technique permet également de réduire considérablement le nombre d’animaux inclus par étude. L’adjuvant de référence (dont le but est d’activer le système immunitaire et le rendre plus sensible à l’agent qui va induire le modèle) sera associé à l’administration d’un antidouleur 5 minutes avant l’administration de l’adjuvant. Nous évaluerons cependant un second adjuvant, jamais utilisé dans ce modèle, mais connu pour être mieux toléré, dans l’optique de raffiner ce modèle. L’alternative d’immunisation en sous cutanée dans le mollet plutôt que dans la voute plantaire sera mise en place dès la première étude afin de diminuer le risque de douleur. Des points limites spécifiques à ce modèle ont été mis en place et seront appliqués.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
L’espèce murine est exclusivement utilisée dans la bibliographie pour reproduire ce type de pathologie de par sa transposition à l’homme et la possibilité d’utiliser des souris transgéniques permettant d’évaluer la cible humaine. Les souris sont utilisées à l’âge adulte, à partir de 6 semaines, tel que décrit dans la littérature de ce modèle (en comptant les premières étapes de pesées avant le début d’induction de la pathologie à 8 semaines).