
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 08/03/2024
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-646960)
Tous relâchés à l’issue, 630 pigeons bisets sont capturés, bagués, pesés, mesurés et soumis à des prises de sang, dans des procédures d’un niveau de souffrance léger. Une partie passe quatre à cinq mois en volière, avec six prises de sang et un harnais GPS porté quatre mois, le reste étant manipulé puis relâché sur le lieu de capture. Le porteur indique renoncer à toute anesthésie et à toute analgésie pour éviter d’altérer le comportement, et décrit un stress temporaire « sans aucune conséquence indésirable », qu’il appuie sur le retour à des comportements normaux d’alimentation et de toilettage. L’objet déclaré, mesurer l’effet des canicules urbaines sur la survie et la reproduction, sert aussi les plans d’action des collectivités pour la biodiversité urbaine.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Nos travaux de recherche appartiennent au champ disciplinaire de l’écologie, qui peut se définir comme l’étude scientifique des relations entre les organismes vivants et leur milieu. Ils portent sur l’étude de la variabilité naturelle des paramètres morphologiques et physiologiques et des comportements chez les espèces animales évoluant en milieu urbain, et donc soumises à de fortes pressions anthropiques. Plus particulièrement, nous nous demandons comment les canicules induisent des modifications du comportement. Si ces modifications ne sont pas assez efficaces pour moduler les contraintes des canicules sur la physiologie, nous nous attendons à observer des variations dans les taux de survie et de reproduction des individus. Dans ce projet, nous voulons baguer des pigeons bisets à des fins de reconnaissance individuelle afin de pouvoir évaluer la démographie de la population et les taux de survie et de reproduction. En parallèle, nous souhaitons équiper un sous-échantillon de ces individus avec des GPSs pour suivre leur comportement. Pour se faire, nous voulons tester la tolérance des individus à des harnais GPSs en volières et vérifier sur une journée que l’équipement de pigeons en ville permet bien de collecter des données.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les résultats de ces différents travaux permettront de mieux comprendre les mécanismes de réponses des pigeons, et des oiseaux de manière plus générale, aux contraintes des canicules en milieu urbain. Ces informations sont importantes pour les prédictions des effets des changements climatiques sur la biodiversité. Ces données intéressent également les collectivités territoriales dans leurs plans d’action pour la biodiversité urbaine et sa cohabitation avec l’humain.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Dans le cadre du test de tolérance des pigeons aux harnais GPS, un lot d’animaux sera capturé et hébergé pendant 4-5 mois en volières. Ils seront soumis vigiles à diverses mesures de masse, taille et couleur, à des tests de réponse immunitaire et à un baguage (5 min par individu), 6 prises de sang seront répartis sur 5 mois pour déterminer le sexe des individus et la concentration de leurs hormones de stress (5min par individu par mois), une pesée hebdomadaire (1 min par individu par semaine). La moitié d’entre eux sera équipé d’un harnais GPS (10 min par individu) qui sera retirée après 4 mois. Pour compléter cette procédure et vérifier que le système GPS fonctionne en conditions naturelles un autre lot de pigeons sera équipé de GPS à l’aide d’un harnais après mesures et une prise de sang (10-15 minutes de manipulation au total, 48h avec le GPS au maximum). Pour les animaux du suivi populationnel : 500 individus vigiles seront soumis à une contention avec prise de sang, baguage, pesée et mesures (5 à 10 minutes par individu). 100 parmi eux seront équipés d’un harnais GPS (5 minutes par individs). Tous les individus seront relâchés sur le lieu de capture à la fin des procédures.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les nuisances attendues sur les animaux impliquent très majoritairement du stress et de la détresse lors de la capture et des manipulations, notamment lors de la prise de sang, de l’injection pour le test de la réponse immunitaire et la pose du harnais GPS. Ce stress est temporaire et n’a aucune conséquence indésirable sur les individus qui retrouvent des comportements sociaux, de toilettage et d’alimentation normaux lors du retour en volière (dans laquelle ils présentent une courbe de suivi de masse normale) ou du relâché en milieu naturel.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Nos procédures sont peu invasives et tous les animaux seront relâchés à l’issue des manipulations / expérience. En milieu naturel les individus manipulés s’envolent et vont se nourrir très rapidement après le relâché et les individus utilisés en volière sont regulièrement revus en milieu naturel les animaux suivant le protocole ce qui nous indique que nos protocoles n’excluent pas un relâché.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Afin d’atteindre les objectifs scientifiques qui se focalisent sur une population de vertébrés en conditions naturelles, le recours à des animaux est nécessaire et il n’est pas possible aujourd’hui de les remplacer. Des organismes qui ne rentrent pas dans les limites taxonomiques de la législation sur l’expérimentation animale (comme les insectes ou les mollusques) ne présentent pas la même écologie et la même biologie. Ainsi, seuls des vertébrés sont endothermes ou possèdent des plumes, points essentiels de nos projets, ou réalisent des mouvements journaliers traçables en milieu urbain.
2. Réduction
Le nombre d’individus le plus bas possible est utilisé dans nos protocoles afin de permettre un compromis entre une limitation du nombre d’individus et permettre d’identifier des effets en réponse à nos manipulation ss’ils existent. Lorsque cela a été possible, nous avons estimé le nombre minimum d’individus nécessaires à l’aide d’outils statistiques. Au total le projet inclue 630 pigeons.
3. Raffinement
Toutes nos procédures sont légères en terme de stress et de souffrance infligée à l’animal. De plus, les pigeons bisets sont très tolérants à la capture et à l’hébergement. L’utilisation de tissu pour les couvrir est efficace pour les calmer car nos procédures sont réalisés sur animaux vigiles. Nous n’utilisons pas d’anesthésiant ou d’analgésiant afin d’éviter les effets néfastes sur le comportement. Les procédures les plus stressantes (prise de sang) sont le plus espacées possible. Les individus seront vus tous les jours afin d’identifier tout animal en mauvaise santé ou en condition de stress intense afin de le sortir des conditions expérimentales. En milieu naturel, tout animal déjà blessé ou qui semble en mauvaise santé sera relâché dans qu’aucun gestion autre que du baguage et éventuellement des mesures morphométriques (masse) ne soient réalisées. En volière, des comportements anormaux (stéréotypés, surtoilettage), une blessure, ou une perte de masse trop importante impliquera la sortie d’un individu de la procédure, sa mise en quarantaine et le contact du vétérinaire pour les soins ou l’euthanasie. Les volières correspondent aux critères définis pour l’élevage du pigeon biset. Chaque volière accueillera un maximum de 12 individus et a une surface au sol supérieure à la surface recommandée. De plus, les volières permettent aux individus d’effectuer de brefs vols. Par ailleurs, chaque compartiment est enrichi de nichoirs, de perchoirs en bambou, d’un mangeoire, d’un abreuvoir d’eau et d’une baignoire de faible profondeur. Tous ces enrichissements permettent de réduire le stress de la captivité pendant tout le protocole. L’équipe technique et scientifique a l’expérience du travail sur cette espèce.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le pigeon biset Columba livia apparaît comme étant un modèle animal idéal pour étudier les mécanismes écologiques et évolutifs en milieu urbain. En effet, c’est un oiseau issu d’élevage domestique relâché par l’homme par le passé qui s’est installé dans les zones urbaines et qui est, a priori, soumis à de fortes pressions évolutives. De part ses grandes facilités d’adaptation, il constitue le modèle vertébré « sauvage » le plus répandu en zone urbaine.Elle est également appropriée pour l’étude de l’effet des fortes chaleurs urbaines car soumises aux îlots de chaleur urbains partout dans le monde et présentant des morphes différents, impliquant des réponses à la température différente. Par ailleurs, cette espèce est très répandue et ne constitue pas une espèce menacée d’extinction. Les pigeons échantillonnés et prélevés en milieu naturel seront tous adultes (plus de 8 mois) reconnus sur la base de leur morphologie. Des pigeons plus jeunes ont des taux de mortalité plus élevés à court terme, il est donc possible qu’ils meurent rapidement après baguage ou équipement GPS. De plus ils sont plus sensibles au stress, notre impact serait plus grand si nous les manipulions. Enfin, ils sont trop petits pour être équipés de harnais GPS.