
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 19/06/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-658126)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Ce projet vise à étudier un modèle murin génétiquement modifié susceptible de reproduire les symptômes d’une neuropathie périphérique héréditaire de type Charcot-Marie-Tooth (CMT). Ces souris feront l’objet d’un suivi longitudinal par des évaluations comportementales et électrophysiologiques régulières, afin d’identifier des marqueurs cliniques et biologiques pouvant contribuer à l’amélioration du diagnostic génétique des patients atteints de CMT non résolus.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Les bénéfices attendus de ce projet concernent principalement la compréhension et la prise en charge des neuropathies périphériques de type CMT. En testant l’hypothèse qu’une surexpression ciblée d’une protéine de remodelage membranaire peut déclencher ou aggraver un phénotype de neuropathie périphérique dans un modèle prédisposé, le projet permettra de mieux définir le rôle potentiel de cette protéine comme gène de risque ou gène causal dans les formes non résolues de CMT. Sur le plan diagnostique, ces résultats pourraient justifier l’intégration de ce gène au panel d’analyses génétiques proposé aux patients CMT non diagnostiqués, en particulier pour rechercher des mutations à gain de fonction ou des duplications. Sur le plan thérapeutique, l’identification d’un déséquilibre fonctionnel entre deux protéines clés du trafic membranaire pourrait ouvrir la voie au développement de stratégies ciblant cet équilibre (par exemple, ajustement de l’expression ou de l’activité de l’une des protéines) afin de prévenir ou atténuer la neuropathie périphérique.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux seront soumis à des tests comportementaux et fonctionnels non invasifs (animaux vigiles), à une procédure instrumentale sous anesthésie générale à l’isoflurane. Les tests non invasifs sont réalisés hebdomadairement de 8 à 16 semaines, cependant, un enregistrement anticipé pourra être effectué si l’état clinique de l’animal l’exige, conformément aux points limites définis dans le protocole (1-15 min par animal, par test et par semaine). Un enregistrement de l’activité musculaire est réalisé à deux reprises chez chaque animal (à 8 et 16 semaines), pour une durée maximale de 15 minutes par session, avec une surveillance respiratoire continue.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les effets prévus sur les animaux résultent à la fois des manipulations expérimentales et des nuisances liées aux mutations. Les tests sur animaux vigiles peuvent induire un stress transitoire, une fatigue musculaire ou une anxiété modérée, mais ces effets sont limités en durée et en intensité, avec des périodes de repos suffisantes entre essais. L’enregistrement de l’activité musculaire , réalisé sous anesthésie générale à l’isoflurane, comporte un risque anesthésique minimal (dépression respiratoire, hypothermie) et une douleur ou irritation locale potentielle au site d’insertion des électrodes, compensée par la surveillance continue. Les mutations génétiques induisent un phénotype dommageable caractérisé par des déficits moteurs progressifs et une hypotrophie musculaire au cours du temps. Globalement, les effets indésirables prévus sont légers à modérés et transitoires pour les manipulations, mais chroniques et progressives pour les animaux porteurs de la double mutation ; ils sont maîtrisés par des protocoles de raffinement, de surveillance clinique quotidienne et de points limites prédéfinis permettant l’intervention ou la mise à mort en cas de détresse importante.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Le sort prévu pour tous les animaux consiste en leur mise à mort en fin d’expérience, après la réalisation des tests comportementaux, fonctionnels à 16 semaines maximum. La mise à mort est suivie d’une collecte terminale de tissus (muscles, nerfs périphériques et, le cas échéant, cerveau ou moelle épinière), nécessaire pour corréler le phénotype fonctionnel avec les analyses histologiques, moléculaires et ultrastructurales.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Aucune méthode alternative (in vitro, in silico ou autre modèle non animal) ne permet actuellement de reproduire de manière fiable l’ensemble des interactions entre la protéine de remodelage membranaire et la protéine de trafic intracellulaire dans un organisme intégré, ni d’évaluer simultanément les déficits musculaires et neurologiques, la sensibilité périphérique et la conduction nerveuse. Les modèles cellulaires ou bioinformatiques existants ne suffisent pas à remplacer le modèle murin pour caractériser un phénotype de neuropathie périphérique de type CMT (Charcot Marie Touth) et ses corrélats fonctionnels. L’expérimentation animale est donc justifiée à ce stade, en accord avec le principe de remplacement qui impose de n’utiliser des animaux que lorsqu’aucune autre approche ne peut fournir le même niveau d’information.
2. Réduction
Le principe de réduction est appliqué en minimisant le nombre d’animaux utilisés tout en garantissant une puissance statistique suffisante pour répondre aux objectifs scientifiques. Le projet prévoit 80 souris réparties en 4 lots (20 animaux par lot, 10 mâles et 10 femelles), ce qui permet d’atteindre une puissance statistique adaptée aux paramètres fonctionnels et histologiques attendus, sans sur‑échantillonnage. Cette estimation s’appuie également sur nos connaissances sur le modèle murin utilisé et les variabilités attendues dans les paramètres fonctionnels et histologiques. Les prélèvements terminaux de muscles et d’organes sont réalisés sur chaque animal en fin de procédure, ce qui permet de corréler données fonctionnelles et analyses moléculaires/histologiques sans multiplier les cohortes. Les protocoles sont standardisés et optimisés (durée des tests, conditions d’hébergement, conditions d’anesthésie, périodes de repos) pour réduire la variabilité et éviter de devoir répéter des expériences. Un suivi clinique quotidien et des points limites prédéfinis permettent de détecter précocement toute détresse, ce qui contribue également à la réduction en évitant de poursuivre des expériences sur des animaux dont l’état de santé se dégrade.
3. Raffinement
Le principe de raffinement est appliqué tout au long du projet afin de réduire au minimum la douleur, la souffrance et l’angoisse des animaux. Les souris sont élevées dans des cages enrichies (tunnels, copeaux épais, nids), avec température et hygrométrie contrôlées, cycle lumière/obscurité standardisé, groupées par 5 maximum, alimentation et eau ad libitum, et sont manipulées régulièrement pour limiter le stress lors des tests. En cas de difficulté à se nourrir ou à boire, une nourriture en gel est proposée afin de faciliter l’hydratation et l’alimentation, et de prévenir la déshydratation ou la malnutrition. Les tests comportementaux non invasifs sont limités en durée, réalisés dans un environnement calme, avec des périodes de repos d’au moins 15 minutes entre essais. L’enregistrement de l’activité musculaire est réalisée sous anesthésie générale, avec surveillance continue de la respiration et de l’état général. Les souris sont utilisées pour plusieurs types d’analyses (tests comportementaux, tests de coordination et de force, tests de sensibilité mécanique et thermique, enregistrement de l’activité musculaire , analyses histologiques et moléculaires), ce qui maximise l’information obtenue par animal et évite de multiplier les expériences redondantes Un suivi clinique quotidien est mis en place pour détecter précocement tout signe de souffrance (perte de poids ≥ 15% sur une semaine à partir du poids maximum, difficulté à se nourrir ou à boire, déficits moteurs sévères, comportement de douleur, altération de l’état général), et tout animal atteignant un point limite prédéfini est mis à mort sans délai. Ces mesures garantissent que les conditions de l’expérience sont optimisées pour le bien être animal, tout en préservant la validité scientifique des données.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le choix de l’espèce souris (Mus musculus) repose sur sa pertinence comme modèle biologique pour l’étude des myopathies et neuropathies périphériques de type CMT, ainsi que sur l’existence de modèles génétiquement modifiés permettant de reproduire de manière fiable les déficits musculaires et neurologiques étudiés. La souris offre une bonne reproductibilité, un temps de génération court et des outils génétiques et analytiques bien établis, tout en restant suffisamment proche de l’humain pour permettre une translation raisonnable des résultats. Les animaux sont utilisés à partir de 8 semaines (âge adulte jeune) jusqu’à 16 semaines, stade auquel le phénotype musculaire et neurologique lié aux mutations est déjà installé mais encore progressif, ce qui permet d’évaluer l’impact de la surexpression de la protéine de remodelage membranaire sur l’évolution de la maladie. Ce choix de stades de développement évite les périodes néonatales ou très avancées de la vie, où la gestion des animaux et l’interprétation des données seraient plus complexes, tout en couvrant une fenêtre temporelle pertinente pour détecter des effets précoces et durables sur la fonction neuromusculaire.