Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.
En bref (résumé court généré par IA)

2 213 souris vont être utilisées sur cinq ans, toutes tuées à l’issue, dans des procédures impliquant des niveaux de souffrance modéré à sévère, mères allaitantes et souriceaux de deux à vingt et un jours. Chaque femelle peut être infectée par la dengue, Zika ou la fièvre jaune, subir jusqu’à trois prises de sang en huit jours, recevoir une injection d’hormone, puis passer cinq minutes sous anesthésie générale sans réveil pour le prélèvement de son lait. Les souriceaux sont infectés par voie orale ou par gavage, et le porteur indique que certains peuvent exceptionnellement s’aggraver rapidement jusqu’à la mort, plus souvent avec le virus Zika qu’avec celui de la fièvre jaune. Aucune souris ne sort vivante de la zone de sécurité biologique de niveau 3, et le porteur écrit que cette recherche fondamentale « n’aura pas d’application médicale immédiate ».

NTS-FR-666661v1
Types de recherche
· Autre recherche fondamentale · Oncologie · Recherche fondamentale · Système gastrointestinal ·
Mots-clés
Tous les animaux seront mis à mort., Orthoflavivirus (dengue, Zika, fièvre jaune), lait maternel, glandes mammaires, voie orale / allaitement
Souris : 2213

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).

Dans quel but fait-on ça ?

Réponse du laboratoire :

L’objectif général du projet est de caractériser les mécanismes de transmission par l’allaitement des orthoflavivirus (virus de la dengue, Zika et fièvre jaune) et d’identifier les déterminants viraux et les facteurs du lait maternel impliqués dans cette transmission. Cet objectif se décline en trois objectifs scientifiques : Objectif 1 : Évaluer la transmission du virus de la dengue par l’allaitement et par voie orale • Caractériser la dissémination du virus de la dengue vers les glandes mammaires au cours de l’infection. • Déterminer la présence de virus infectieux dans le lait maternel et en caractériser les formes (virus libre et/ou associé aux cellules). • Évaluer l’infectivité du virus par voie orale chez les souriceaux. • Analyser la transmission du virus aux souriceaux lors de l’allaitement. Objectif 2 : Caractériser les facteurs viraux et la composition du lait en contexte d’infection • Rechercher la présence de la protéine virale NS1 sous forme sécrétée dans le lait maternel pour les trois virus. • Déterminer les formes de NS1 (libre et/ou associée à des lipoprotéines). • Analyser la composition du lait (lipides, lipoprotéines, apolipoprotéines) en conditions infectées et non infectées. • Étudier les interactions entre les particules virales, NS1 et les composants lipidiques du lait. Objectif 3 : Étudier l’infection des glandes mammaires et ses conséquences • Déterminer le tropisme cellulaire de l’infection dans les glandes mammaires. • Évaluer l’impact de l’infection sur l’intégrité des tissus mammaires. • Analyser la réponse immunitaire locale associée à l’infection. Les données obtenues permettront de mieux comprendre les mécanismes de transmission des virus par l’allaitement et d’identifier des facteurs modulant la transmission/l’infectivité virale dans ce contexte. Pour compléter ces expériences, des modèles in vitro d’épithélium intestinal seront utilisés pour étudier l’impact de NS1 et/ou des lipides et des lipoprotéines du lait sur la capacité des virus à franchir la barrière intestinale, étape clé de l’infection orale chez le nouveau-né.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).

Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ?

Réponse du laboratoire :

Ce projet cherche à mieux comprendre si certains virus transmis par les moustiques, comme ceux de la dengue, du Zika ou de la fièvre jaune, peuvent également être transmis de la mère au nouveau-né par l’allaitement. Les chercheurs étudieront si ces virus peuvent être présents dans le lait maternel, sous quelle forme ils s’y trouvent et comment ils pourraient éventuellement franchir les défenses naturelles de l’intestin du nourrisson. Ils analyseront également l’impact de l’infection sur les glandes mammaires et sur la composition du lait. Les résultats permettront de mieux comprendre les interactions entre les virus, le lait maternel et le nouveau-né. Ils contribueront à combler un manque important de connaissances sur une voie de transmission encore mal connue. Cette recherche est avant tout une recherche fondamentale visant à améliorer les connaissances scientifiques. Elle n’aura pas d’application médicale immédiate, mais les données obtenues pourront à terme aider à mieux évaluer les risques potentiels pour les nourrissons et à orienter les futures stratégies de prévention.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).

Le droit d'accès aux documents

Réponse du laboratoire :

Une partie des souris seront infectées avec un virus (dengue, Zika ou fièvre jaune) par une injection sous-cutanée une fois pour une durée de quelques secondes. Certaines souris seront infectées par administration orale dans la bouche à l’aide d’une pipette ou par gavage avec une sonde souple une fois pour une durée de quelques secondes. Des prises de sang seront réalisées, au maximum 3 prélèvements sur 8 jours consécutifs. Chaque prise de sang durera environ 30 secondes. Certaines souris feront l’objet d’une injection intrapéritonéale d’hormone une fois pour une durée de quelques secondes puis de prélèvement de lait maternel, sous anesthésie générale sans réveil, une fois pour une durée de 5 minutes.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024).

Les animaux souffrent-ils ?

Réponse du laboratoire :

Les administrations et les prélèvements sanguins de petit volume ne requièrent qu’une contention et une introduction d’une aiguille (ou d’une sonde souple pour le gavage) selon les bonnes pratiques vétérinaires. Pour ce geste les animaux sont susceptibles d’éprouver une douleur légère de courte durée. Par conséquent, l’impact principal de nos procédures proviendra de l’infection virale elle-même (virus de la dengue, Zika ou de la fièvre jaune (virus sauvage ou souche vaccinale)). Dans certains cas (selon le virus, la dose infectieuse, la voie d’injection), l’infection aura un impact très modéré sur l’état de santé des souris, avec une perte de poids inférieure à 5% et transitoire (quelques jours). Dans d’autres cas, les souris pourront développer une perte de poids plus importante, une apathie, et des signes extérieurs de souffrance tels qu’un dos voussé, un pelage hérissé, et/ou un faciès de souffrance. Dans le cas particulier de l’infection de souriceaux, d’après notre expérience avec les virus Zika et de la fièvre jaune, certains animaux peuvent exceptionnellement présenter une aggravation rapide de leur état, pouvant entraîner des signes de souffrance importants ou une mortalité malgré la surveillance mise en place. Ce phénomène reste rare, mais il est observé plus fréquemment avec le virus Zika qu’avec le virus de la fièvre jaune.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.

Peut-on parler d'éthique en expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Tous les animaux seront mis à mort à la fin de chaque procédure car ils ne peuvent être ni réutilisés, ni replacés, ni adoptés car ces animaux auront été infectés et manipulés en zone de sécurité biologique de niveau 3.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.

Comment avancer vers la fin de l'expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Ce projet s’inscrit dans une collaboration de recherche visant à mieux comprendre et mesurer les risques en santé humaine liés à la transmission des virus de la dengue, Zika et de la fièvre jaune par le lait, ainsi que les mécanismes et les facteurs de risques associés. Des expériences in vitro, utilisant des organoïdes et cultures de cellules primaires, seront réalisées en parallèle de ce projet pour caractériser l’impact de facteurs viraux ou composants du lait maternel sur le franchissement de la barrière intestinale du nourrisson. Cependant, aucune expérience in vitro ne peut permettre de répondre aux objectifs de ce projet (étude de la dissémination du virus dans les glandes mammaires des individus infectés, de la charge virale dans les glandes mammaires et le lait, le tropisme cellulaire de l’infection dans la glande mammaire, l’impact de l’infection sur la composition du lait maternel, l’efficacité de transmission par allaitement et l’impact à plus ou moins long terme de l’infection sur l’intégrité et la fonction de la glande mammaire.

2. Réduction

Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.

Qui est concerné ?

Réponse du laboratoire :

Le nombre d’animaux utilisés sera limité au strict nécessaire grâce à une planification rigoureuse des expériences, permettant de sélectionner les conditions d’étude les plus pertinentes et de limiter les répétitions inutiles. Les résultats acquis au cours des premières étapes du projet seront utilisés pour déterminer les conditions expérimentales dans la suite du projet, et éviter la réalisation de conditions expérimentales superflues sur un grand nombre d’animaux. Le nombre d’animaux a été déterminé à partir de l’expérience acquise lors de travaux antérieurs et de manière à obtenir des résultats scientifiquement fiables tout en utilisant le plus petit effectif compatible avec cet objectif. Les animaux étant infectés et les analyses nécessitant le prélèvement de différents organes, ils ne pourront pas être réutilisés dans d’autres expériences. En revanche, après la mise à mort, un maximum d’échantillons sera prélevé sur chaque animal afin d’exploiter au mieux les tissus collectés et de limiter le recours à des animaux supplémentaires. Le nombre de répétitions pour chaque expérience pourra éventuellement être réduit au cours du projet grâce à des analyses statistiques intermédiaires.

3. Raffinement

Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.

La réglementation est-elle « très stricte » ?

Réponse du laboratoire :

Deux enrichissements seront utilisées dans toutes les cages contenant des souris lactantes et leurs portées : des igloos ainsi que du coton afin notamment que les mères puissent construire des nids pour leurs portées de souriceaux. Durant la gestation et après la mise bas, chaque mère sera toujours hébergée en compagnie d’une autre femelle adulte (mère elle-même ou pas) , ce qui selon notre expérience réduit considérablement leur stress et le risque que la(les) mère(s) mange(nt) ses(leurs) souriceaux. Tous les gestes techniques effectués sur les mères allaitantes et leurs portées ont été discutés avec la structure du bien-être animal et adaptés spécifiquement afin de garantir un maximum de bien-être pour tous les animaux durant toutes les expériences. Les expérimentateurs changeront également de gants entre les manipulations de chaque portée pour ne pas perturber la reconnaissance (par l’odorat) des souriceaux par leur mère. Dans certains cas, l’infection se traduira par un impact très modéré sur l’état de santé des souris. Dans d’autres cas, les souris pourront développer une perte de poids plus importante dont l’ampleur sera à déterminer, une apathie et d’autres signes de souffrance (dos voussé, poils hérissés, faciès douloureux). Les animaux infectés seront évalués quotidiennement pendant la période symptomatologique (précisée dans chaque procédure) avec plusieurs points limites : perte de poids importante (>20%, ou colonne vertébrale visible), dos voussé, faciès douloureux, isolement dans la cage et/ou perte de mobilité. Un gel nutritif sera placé dans les cages des animaux présentant un affaiblissement pouvant laisser craindre qu’ils peinent à atteindre la mangeoire. Au besoin, une réhydratation sous-cutanée sera effectuée, et les cages pourront être chauffées. Des points limites (précisés dans chaque procédure) spécifiques et précoces seront utilisés afin de minimiser la souffrance.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.

Spécisme et expérimentation animale

Réponse du laboratoire :

La souris A129 est un modèle d’étude scientifiquement reconnu pour l’infection par les orthoflavivirus, notamment les virus Zika et de la fièvre jaune . Ce modèle nous a déjà permis d’effectuer des études publiées sur l’efficacité de la transmission des virus Zika et de la fièvre jaune par allaitement, et a permis de montrer des résultats discriminants concernant l’efficacité de cette vie de transmission selon les virus et les souches sauvages ou vaccinales. Cette lignée est établie depuis longtemps et est élevée dans notre animalerie. Bien que les glandes mammaires de souris soient de forme plane et au nombre de 10, leur structure interne et composition cellulaire est semblable aux glandes mammaires humaines. Ce modèle permet d’utiliser un nombre d’animaux suffisant pour obtenir des résultats statistiquement significatifs, comme l’indiquent nos précédentes études. Les animaux utilisés dans les procédures seront : Des souris femelles adultes (procédures 1, 2 et 4, car études concernant les glandes mam-maires et/ou l’allaitement), et des souriceaux mâles et femelles (âge : entre 2 et 21 jours, pro-cédures 2, 3 et 4). Le choix des âges utilisés est lié à la nature du projet, qui est d’étudier la présence de virus infectieux dans les glandes mammaires et le lait, le tropisme viral dans les glandes mammaires, et l’impact de l’infection sur les glandes mammaires ; ainsi que la transmission par voie orale ou directement par allaitement aux souriceaux.