Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.
En bref (résumé court généré par IA)

Colite déclenchée par l’eau de boisson, encéphalomyélite induite par deux injections sous la peau, psoriasis provoqué par une pommade appliquée six jours sur le dos : 1 508 souris vont être utilisées dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger à sévère, dont 720 en gravité sévère. Une partie est rendue immunodéficiente, donc plus vulnérable aux infections, avant d’être reconstituée par injection intraveineuse de cellules. Le porteur décrit pour le modèle d’encéphalomyélite une paralysie des membres postérieurs puis antérieurs accompagnée d’une perte de poids, pour la colite du sang dans les selles et des diarrhées avec déshydratation, et pour le psoriasis un érythème cutané plus ou moins étendu. Les 1 508 souris sont tuées à la fin de chaque procédure parce que les cellules régulatrices étudiées doivent être analysées dans les organes atteints.

NTS-FR-722381v1
Types de recherche
· Recherche fondamentale · Système immunitaire ·
Mots-clés
Lymphocyte T CD8 régulateur, Maladies auto-immunes, Déplétion cellules régulatrices
Souris : 1508

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).

Dans quel but fait-on ça ?

Réponse du laboratoire :

Le système immunitaire est le fruit d’un équilibre complexe entre des cellules effectrices qui combattent les pathogènes et des cellules régulatrices qui refreinent ces dernières. En effet, les cellules effectrices du système immunitaire peuvent parfois s’attaquer aux propres cellules de l’organisme et conduire à ce que l’on nomme une maladie auto-immune. Certaines catégories des cellules régulatrices appelés lymphocytes T régulateurs (Tregs), sont très bien connues et décrites depuis une trentaine d’années. D’autres ont été mises en évidence plus récemment mais sont beaucoup moins bien décrites et connues. Ce projet a pour but de mieux comprendre le rôle des Tregs récemment mis en évidence dans différentes maladies auto-immunes grâce à des modèles murins uniques.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).

Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ?

Réponse du laboratoire :

Notre étude est originale car c’est la première fois, grâce à l’établissement d’une nouvelle lignée murine transgénique, que les cellules régulatrices (Tregs) seront étudiées indépendamment selon leur sous-type. En effet, plusieurs modèles existent dans lesquels toutes les cellules régulatrices peuvent être supprimées, sans distinction des sous-types cellulaires. Avec cette étude nous allons supprimer spécifiquement des Tregs dans des contextes de maladies auto-immunes, et nous verrons directement leur rôle dans la régulation du système immunitaire. Cette étude va permettre de mieux comprendre le rôle des Tregs qui semble d’après plusieurs études avoir un rôle important dans l’équilibre du système immunitaire. Si ce rôle est bien confirmé, nous pourrons alors proposer des thérapies chez l’homme dans les maladies auto-immunes.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).

Le droit d'accès aux documents

Réponse du laboratoire :

La colite sera induite via eau de boisson pendant 5-6 jours (abreuvement spontanée, animaux vigiles). L’EAE sera induit par injection sous-cutané (SC) d’un peptide avec de l’adjuvant à J0 ainsi que par l’injection d’un traitement en intra-péritonéale (IP) à J0 et J2. Le psoriasis est induit par application d’une pommade pendant 6 jours sur le dos des animaux. La suppression du système immunitaire sera obtenue par injections chroniques d’un traitement par voie IP. L’injection de cellules est effectuée par voie intra-veineuse (IV). Les injections, qu’elles soient par voies IV ou SC sont effectuées sous anesthésie gazeuse, tout comme le rasage du pelage et l’application de crème sur la peau. Les injections durent 5 minutes et sont réalisées 1 seule fois par animal pour les IV, et 2 fois par animal pour les SC. Les injections par voie intra péritonéales (IP) ainsi que les prélèvements sanguins sont quant à eux réalisés sur animaux vigiles. Ces actes ne durent que quelques minutes et sont réalisés 6 fois maximum pour les injections IP et 3 fois maximum pour les prélèvements sanguins. Certains animaux présenteront un phénotype dommageable d’immunodéficience, les rendant plus sensibles aux infections. Les animaux sont euthanasiés par une méthode réglementaire en fin de projet.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.

Les animaux souffrent-ils ?

Réponse du laboratoire :

Une partie des animaux présente une immunodéficience acquise ou induite ce qui implique un risque accru aux infections, à des atteintes cutanées avec l’apparition de lésions de l’épiderme, ou encore à des atteintes digestives conduisant à une perte de poids. Les 6 injections de traitement nécessaires pour la suppression du système immunitaire pourront conduire à un stress limité et à une douleur de courte durée. La reconstitution des souris immunodéficiences avec un système immunitaire spécifique selon les conditions sera réalisée par une injection de cellules en suspension par voie intraveineuse. L’injection pourra conduire à une gêne très courte suite à un écoulement sanguin. L’immuno-monitoring sera réalisé sur un prélèvement sanguin. Ces prélèvements (3 au maximum), peuvent conduire à un hématome ou une hémorragie. La douleur mandibulaire peut aussi avoir pour conséquence des difficultés pour se nourrir. De manière générale toutes les injections par voie intraveineuse et sous-cutanée ainsi que les prélèvements sanguins sont réalisés sous anesthésie gazeuse ce qui pourra engendrer une baisse de la thermorégulation et dans de rares cas une détresse respiratoire. L’induction d’encéphalomyélite allergique expérimentale (EAE) est réalisée par 2 injections sous cutanées pouvant conduire à une inflammation et donc à une douleur locale. Ce modèle a pour conséquences à une paralysie des membres postérieurs puis antérieurs associée à une perte de poids. Cette perte de mobilité peut conduire à un stress des animaux. Le modèle de colite peut conduire à une forte perte de poids, du sang dans les selles et des diarrhées plus ou moins fortes ayant pour conséquence une déshydratation. Le modèle de psoriasis quant à lui conduit à l’apparition d’érythème cutané plus ou moins étendu. Tous ces modèles de maladies auto-immunes peuvent avoir pour conséquence des symptômes une douleur qui sera évaluée tout au long des protocoles.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.

Peut-on parler d'éthique en expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Il est nécessaire à la fin de chaque procédure mettant en jeu un modèle de pathologie auto-immune d’analyser les cellules d’intérêt dans les organes atteints par la maladie. Ainsi, les prélèvements ou les analyses dans les organes internes impliquent l’euthanasie des 1508 animaux par une méthode réglementaire.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.

Comment avancer vers la fin de l'expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Le modèle animal est indispensable pour étudier le rôle d’une population cellulaire, ici une sous population régulatrice du système immunitaire, qui sont encore peu décrits et étudiés, dans différentes pathologies auto-immunes. Ici nous avons choisi d’étudier ce rôle dans 3 pathologies distinctes faisant intervenir des acteurs immunologiques de nature différente au sein de 3 organes cibles distincts : le système nerveux central, la peau et le système digestif. Les organes et les réponses immunitaires étudiés sont complexes et il n’est pas possible de recréer in vitro la complexité d’un organisme entier avec tous les acteurs cellulaires entrant en jeu.

2. Réduction

Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.

Qui est concerné ?

Réponse du laboratoire :

Le projet impliquera un total de 1508 animaux. A cause des variabilités inter-animales et intergroupes, un nombre trop restreint d’animaux engendrerait des résultats trop variables et non valides. Compte tenu de nos résultats préliminaires, nous avons pris l’hypothèse que la différence de score entre les souris dans nos 3 modèles pathologiques serait d’environ 10 pourcents. La taille des effectifs a été établie grâce à un calcul de puissance et il sera nécessaire de procéder à des tests statistiques pour une interprétation fiable des résultats.

3. Raffinement

Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.

La réglementation est-elle « très stricte » ?

Réponse du laboratoire :

Dans la réalisation de ce projet, l’ensemble des procédures ont été mises au point afin de permettre une interprétation fiable dans le respect du bien-être animal, en limitant la douleur et le stress. Les animaux sont hébergés dans les conditions standard exempt d’organisme pathogène spécifique (EOPS). Les conditions d’hébergement sont conformes à la réglementation, les animaux disposent de nourriture et d’eau ad libitum. Le milieu est enrichi à l’aide de papier Kraft, maison en carton, tunnel en carton ou carré de coton de nidification compacté. Nous nous efforçons à chaque instant de raffiner nos procédures afin de garantir le bien-être des animaux en cours de procédure grâce à une surveillance attentive (point limite) et des soins adaptés. Lors des gestes invasifs tels que injections, rasage et application de crème cutanée les animaux subissent une courte anesthésie gazeuse. Si après ces courtes anesthésies les animaux ont du mal à retrouver un état vigil, ils seront gardés dans la cage d’induction posée sur plateau chauffant à 37 degrés dans laquelle seule l’oxygène sera maintenu. Les animaux seront surveillés jusqu’à récupération complète. Si les animaux montrent des signes de douleur un traitement antalgique par voie orale sera mélangée à un aliment appétant. De même, 30 minutes avant les euthanasies, les animaux seront sous analgésie.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.

Spécisme et expérimentation animale

Réponse du laboratoire :

La souris est un modèle validé pour les études immunologiques. Les 3 modèles de maladies auto-immunes utilisées dans ce projet sont également très bien caractérisés et favorisés par le fond génétique choisi. Les modèles de souris transgéniques utilisées dans ce projet permettent d’étudier spécifiquement nos cellules régulatrices d’intérêt ce qui a pour conséquence que le projet tel qu’il est ne pourrait pas être réalisé dans une autre espèce animale. Les animaux inclus dans les protocoles seront des animaux adultes de 6 semaines minimum, condition favorable permettant d’obtenir un stade de maturité immunitaire suffisant tout en limitant le temps d’hébergement total. L’âge maximum d’inclusion dans une procédure sera quant à lui de 24 semaines. Au-delà on estime que le système immunitaire sera vieillissant vis-à-vis des animaux les plus jeunes.