Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.
En bref (résumé court généré par IA)

Tués parce que jugés trop âgés pour être réutilisés, les rats de 18 mois de ce projet côtoient des rats de 15 semaines gardés vivants pour d’autres mises au point de tests comportementaux. 192 rats au total vont être utilisés dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger, 96 étant réutilisés à l’issue et 96 tués. Ils passent jusqu’à une heure par jour dans une cage à écran tactile, cinq jours par semaine pendant cinq semaines, récompensés par du lait à la fraise. Leur eau de boisson est acidifiée à l’acide citrique cinq jours par semaine pendant six semaines, ce que le porteur qualifie de « légèrement aversif » tout en présentant le dispositif comme une méthode « peu stressante » reposant sur le renforcement positif.

NTS-FR-738012v1
Types de recherche
· Recherche appliquée · Troubles nerveux ·
Mots-clés
écran tactile, Rat, flexibilité cognitive, apprentissage spatial
Rats : 192

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).

Dans quel but fait-on ça ?

Réponse du laboratoire :

Les tests couramment utilisés pour l’évaluation des fonctions cognitives chez les rongeurs sont souvent aversifs et ont généralement peu de points communs avec les tests utilisés en milieu clinique. Une méthode de plus en plus populaire pour évaluer les fonctions cognitives chez les rongeurs est la plateforme automatisée à écran tactile, sur laquelle un certain nombre de tests cognitifs différents peuvent être effectués d’une manière très similaire aux méthodes actuellement utilisées pour tester les sujets humains (par exemple, Cambridge Neuropsychological Test Automated Battery, CANTAB). Cette méthodologie est peu stressante et fait appel à un renforcement appétitif plutôt qu’aversif. Elle présente un potentiel translationnel élevé (Bussey et Saksida, 2015) et se prête à un haut degré de standardisation. Cette technologie est couramment utilisée chez les primates non humains (PNH) mais reste peu employée chez les rongeurs. L’utilisation de cet outil chez les rongeurs, les PNH et les humains augmenterait la validité et la fiabilité des études translationnelles sur la cognition. L’objectif de ce projet est de mettre en place un protocole d’évaluation de la flexibilité cognitive et un protocole d’apprentissage spatial chez le rat jeune et le rat âgé. Ces protocoles seront ensuite proposés à la communauté scientifique pour des études sur le vieillissement ou la caractérisation de modèles de pathologies humaines comme l’autisme ou la maladie d’Alzheimer.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).

Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ?

Réponse du laboratoire :

Les tests couramment utilisés pour l’évaluation des fonctions cognitives chez les rongeurs ont peu de points communs avec les tests utilisés en milieu clinique. La mise en place de ces deux protocoles d’apprentissage sur écran tactile, inspirés de méthodes actuellement utilisées pour tester les sujets humains, permettra d’améliorer l’aspect translationnel des tests précliniques sur rongeurs pour l’évaluation des fonctions cognitives.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).

Le droit d'accès aux documents

Réponse du laboratoire :

L’eau de boisson des animaux sera acidifiée pendant les jours ouvrés de la semaine précédant le début de l’apprentissage, pour habituer les animaux à cette eau de boisson, puis pendant les jours de test afin d’augmenter l’appétence de la récompense (lait fraise), soit 5 jours par semaine pendant 6 semaines au maximum. Les animaux seront placés dans les cages d’apprentissage sur écran tactile au maximum 1 heure par jour, 5 jours par semaine pendant 5 semaines.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.

Les animaux souffrent-ils ?

Réponse du laboratoire :

L’eau acidifiée dans les cages d’hébergement peut entrainer une légère perte de poids des animaux.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.

Peut-on parler d'éthique en expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Les animaux de 18 mois seront mis à mort car trop âgés pour être réutilisés. Les animaux de 15 semaines n’ayant réalisé que l’apprentissage sur écran tactile, ils seront conservés pour une réutilisation dans les mises au point de tests comportementaux non invasifs.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.

Comment avancer vers la fin de l'expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Les tests qui seront mis en place visent à évaluer l’apprentissage spatial et la flexibilité cognitive et ne peuvent être réalisés que sur des modèles animaux évolués tels que le rat.

2. Réduction

Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.

Qui est concerné ?

Réponse du laboratoire :

Ces tests n’ont jamais été réalisés dans notre institut et la bibliographie est très rare et peu informative sur leur puissance statistique. Cette étude préliminaire nous permettra d’avoir des données pour calculer cette puissance statistique et ainsi affiner la taille des effectifs pour de futures études sur des modèles de pathologies humaines. Le calcul de puissance sera réalisé sur le nombre d’essais réalisés pour atteindre les critères de réussite.

3. Raffinement

Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.

La réglementation est-elle « très stricte » ?

Réponse du laboratoire :

Les tests que nous souhaitons développer sont similaires à ceux utilisés chez l’humain pour évaluer les déficits cognitifs. Leur pouvoir translationnel est ainsi plus important que les tests classiquement utilisés chez les rongeurs pour étudier les fonctions cognitives. L’eau de boisson quotidienne sera légèrement aversive (mélange avec acide citrique à 1.5%) afin de faciliter l’apprentissage du test par renforcement positif (la récompense dans le test d’apprentissage est constituée de lait mélangé à du sirop de fraise) sans avoir à subir de privation ou de renforcement négatif.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.

Spécisme et expérimentation animale

Réponse du laboratoire :

La mise en place de ces protocoles d’évaluation des fonctions cognitives sur écran tactile ayant pour but la future caractérisation de modèles de pathologies humaines, le rat est une espèce pertinente pour ce projet. En effet, le rat présente des comportements élaborés et nous pouvons accéder à des animaux génétiquement modifiés. Les deux protocoles que nous souhaitons mettre en place serviront à caractériser des déficits d’apprentissage chez des animaux jeunes ou âgés en fonction des modèles de pathologie étudiés, c’est pourquoi nous souhaitons mettre ces tests en place chez des animaux de 15-20 semaines et des animaux de 18 mois.