
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 09/09/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-758575)
Quatre loups vont être capturés au piège à patte ou par fléchette anesthésique, chacun immobilisé environ 45 minutes, dans des procédures déclarées d’un niveau de souffrance modéré. Pendant ce laps de temps, l’animal est pesé, mesuré, prélevé de sang et d’ADN, perforé aux deux oreilles pour y fixer une étiquette et équipé d’un collier GPS. Le porteur énumère les risques de la capture, du stress aux blessures superficielles jusqu’aux luxations, fractures des os longs et myopathie de capture, et rappelle que l’anesthésie peut provoquer un arrêt cardio-respiratoire. Les quatre loups sont relâchés immédiatement après la manipulation puis suivis douze à vingt-quatre mois, le temps de la batterie du collier.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Un certain nombre d’études ont été menées à travers le monde sur le loup et son rôle sur les populations proies et les écosystèmes. En effet, en tant que prédateur, le loup a un impact potentiellement important sur les populations de proies, en particulier les ongulés sauvages, en termes de densité et de comportement en modifiant la distribution, la sélection des habitats, le régime alimentaire et la démographie des grands herbivores sauvages, avec des effets sur les écosystèmes associés. Ces effets sont toutefois très peu documentés dans des environnements dominés par les activités humaines, tel qu’on peut en trouver en France et en Europe. Or, en tant que super-prédateur, l’humain et ses activités impactent l’ensemble des interactions entre les espèces et leur environnement. Alors que le loup recolonise rapidement le territoire européen et français, il devient nécessaire de mieux évaluer son comportement dans des écosystèmes dominés par les activités humaines et les effets de son expansion sur ceux-ci, en particulier sur des territoires à protection forte. Ce projet vise à combler ces lacunes en étudiant le comportement et l’utilisation de l’espace d’une meute de loups vis-à-vis des activités humaines et de ses interactions avec les autres espèces sauvages, et ainsi nous éclairer sur le rôle que joue le loup dans un écosystème anthropisé de montagne. Du fait des nombreux suivis qu’elle réalise sur la faune sauvage, la flore et les habitats naturels depuis de nombreuses années, et de son rôle majeur dans la conservation de la biodiversité, une Réserve naturelle nationale abritant depuis peu une meute de loup, représente un site d’étude idéal pour étudier ces questionnements. Les objectifs d’une telle étude sont : Étudier le comportement d’une meute de loup sur leur territoire en fonction de la saisonnalité et des activités humaines; Définir le régime alimentaire des loups dans un contexte d’abondance forte de cervidés sauvages et une dominance de l’élevage bovin ; Évaluer les impacts sur la densité, la distribution et le comportement des ongulés sauvages, notamment du Cerf élaphe, et les effets indirects à plus ou moins long terme sur les écosystèmes forestiers utilisés par ces derniers. L’intérêt global est l’acquisition de données comportementales sur le loup en tant que nouvel acteur dans un écosystème à protection forte afin de pouvoir assurer sa conservation ainsi qu’une coexistence optimale de cette espèce avec les différentes activités humaines.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Ce projet a pour but de concrétiser des études et suivis de loups dans un territoire multi-usages et multi-acteurs, typique des paysages montagnards confrontés au retour de ce grand prédateur ces dernières décennies en France et en Europe. Via l’acquisition de données par GPS sur cette espèce très discrète, sur un site d’étude protégé et très suivi (faune, flore et habitats) par ailleurs sur le long terme, ce projet permettra d’acquérir de nouvelles connaissances sur le comportement des loups, le fonctionnement d’une meute dans un contexte local à usages multiples et leurs rôles dans les socio-écosystèmes de montagne. Des connaissances importantes seront également acquises sur les impacts directs et indirects des loups sur la faune sauvage à l’instar des ongulés sauvages, mais aussi sur d’autres espèces à enjeu telles le Grand tétras, la Gélinotte des bois et le Lynx, ainsi que sur les écosystèmes associés (notamment forestiers). Bénéficiant de paysages contrastés, le projet permettra également d’acquérir des connaissances sur les potentiels points de contacts entre loups et humains et sur les déplacements de loup dans un paysage dynamique en termes de dérangements anthropiques en fonction des secteurs et de la saisonnalité. À plus long terme, le projet permettra de mettre en évidence les effets indirects du loup sur les écosystèmes forestiers et le rôle bénéfique qu’il pourrait jouer via la réduction des impacts des herbivores sur les forêts exploitées. Les connaissances acquises serviront à une conciliation des usages entre les activités d’exploitation forestières et de chasse tout en assurant le maintien de la biodiversité sur les milieux forestiers. Enfin, le suivi des loups et l’étude de leurs interactions avec les activités humaines et la faune sauvage, nous permettra d’avoir une meilleure compréhension de l’espèce et de son rôle dans les écosystèmes. En local, afin de maintenir l’intégrité des loups équipés et le bon fonctionnement de la meute suivie, la Réserve naturelle coordonnant ce projet a proposé en parallèle, pour les zones en dehors de son territoire (le tir létal dans la Réserve naturelle étant interdit), des alternatives aux tirs létaux de défense (ex. surveillance troupeau par agent de la réserve ou bénévole, aide berger, tir d’effarouchement, etc), ce qui assurerait la protection des individus concernés.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les loups seront capturés avec des pièges à patte ou par téléanesthésie (flèche anesthésique projetée par un fusil alimenté au CO2). Ils seront manipulés sous anesthésie générale. Sur une bâche de manipulation, ils seront équipés d’un collier GPS puis un ensemble de mesures corporelles (poids, mensuration), une prise de sang (analyses sanguines) et un frotti buccal (prélèvement ADN) seront effectués avant que l’animal soit relâché. Un marquage auriculaire sera également réalisé par perforation sur chaque oreille à l’aide d’une pince et d’une étiquette en plastique spécifique et adaptée. L’ensemble des manipulations est réalisé en 45 minutes environ (de l’anesthésie générale au relâcher). Après leur relâcher, les déplacements des animaux seront suivis pendant 12 à 24 mois (durée de batterie du collier). Une fois le suivi terminé le collier sera décroché automatiquement ou à distance.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
La capture peut occasionner du stress, des troubles locomoteurs légers en réponse à un stress musculaire, des changements hiérarchiques au sein de la meute, des blessures superficielles en cas de traction sur le piège ou de morsure du câble, des blessures sévères (rares : boiterie du membre entravé, luxation des articulations, fractures des os longs), une myopathie de capture, un risque de mortalité (très faible: aucun cas de mortalité n’a été rapporté avec ce protocole par les partenaires internationaux du projet). Les effets indésirables potentiels de l’anesthésie sont : hypoventilation, hypotension, anomalies du rythme cardiaque, perturbations de la température corporelle, troubles neurologiques, nausées, vomissements, déficit de la circulation sanguine, ulcères de la cornée de l’œil, arrêt cardio-respiratoire dans de très rares cas. Des protocoles seront mis en place tout au long de l’anesthésie pour prévenir ou contrecarrer ces effets.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux sont relâchés dans le milieu naturel immédiatement après leur manipulation.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Il n’y a pas d’alternative satisfaisante aujourd’hui au suivi des grands prédateurs en milieu naturel, constat établi récemment par le conseil scientifique du Plan National d’Actions loup et activités d’élevage. En effet, les études écologiques et comportementales impliquant le suivi de ces espèces sont essentielles pour comprendre leurs interactions avec les activités humaines, la faune sauvage ainsi que les effets en cascade sur la végétation forestière notamment. Cet état des connaissances est d’autant plus important dans un contexte montagnard qui est sensible au retour du loup de par sa fragilité intrinsèque, mais aussi par la présence de multiples activités humaines, dont le pastoralisme. Cependant, les données apportées par ce type de suivi permettront d’ouvrir la voie à la modélisation informatique de l’utilisation de l’espace par les loups et de leurs interférences avec la faune sauvage et les activités humaines, ce qui pourrait autoriser à l’avenir un remplacement des suivis en nature pour répondre à certaines questions scientifiques et/ou de gestion (par exemple caractérisation des facteurs orientant la prédation sur des animaux domestiques).
2. Réduction
Pour obtenir des données généralisables à d’autres contextes, en prenant en compte les différences intrinsèques liés à l’individu, son rôle social au sein de la meute, les variations de cultures de meute, etc, il faut compiler des données sur un certain nombre d’animaux. Dans un premier temps, nous avons pour ambition de commencer par la capture de 4 loups, qui permettront de construire la capacité et les connaissances de terrain sur les captures, et commenceront à produire des données exploitables (dès la première capture). Capturer plusieurs individus d’une même meute est envisagé afin d’obtenir des informations sur la dispersion d’individus isolés d’une part, et pour assurer une redondance en cas de tir/collision avec un véhicule ou autre mortalité d’un individu suivi d’autre part. Ce suivi de plusieurs loups par collier GPS en milieu de moyenne montagne bénéficiera à de nombreux partenaires scientifiques en France et en Europe. En effet, les données sur l’écologie spatiale du loup seront mises à disposition dans le cadre d’un réseau scientifique européen sur les mouvements des mammifères et, plus globalement, dans une dynamique mondiale de partage de ce type de données. Les données collectées lors de notre projet, uniques en France, seront combinées à celles d’autres projets européens (dans des contextes socio-écologiques différents) impliquant des captures de loups et s’intéressant à des questions similaires. Une collaboration nationale et internationale est déjà établie dans ce sens avec les équipes partenaires travaillant sur ce sujet en France et en Europe.
3. Raffinement
1/ Piégeage : *Choix des sites et moments de capture priorisant la sécurité des animaux (pas de capture en été et dans conditions météo non favorables) *Ajout de ressorts et d’articulations (pivots) à la longe afin de garantir un bon niveau d’absorption pour limiter les risques de blessures *Ajout de bourrelets en tissus sur le lacet coulant pour assurer la circulation sanguine dans la patte *Alerte de déclenchement pour une intervention rapide (
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Dans des territoires sauvages, il a été montré que le loup peut substantiellement modifier la densité, la distribution et le comportement des grands herbivores sauvages (ses proies privilégiées) avec des conséquences en cascade sur les écosystèmes associés. Le comportement du loup, ses interactions avec les autres espèces et son impact sur les écosystèmes sont toutefois peu documentés dans des environnements dominés par les activités humaines, qui peuvent impacter l’ensemble des interactions entre les espèces. Ainsi, les connaissances sur l’écologie du loup demeurent encore insuffisantes pour appréhender et prédire ses effets sur un territoire. Ce projet vise donc à combler ces lacunes et à nous éclairer sur le rôle que joue le loup dans un écosystème anthropisé de montagne. Pour répondre à cette problématique le recours au suivi de loups équipés de collier GPS est l’option la plus pertinente (cf. rapport du Plan National d’Actions loup et activités d’élevage). Les équipements seront déployés uniquement sur des individus subadultes et adultes d’au moins 23 kilogrammes, qui sont jugés comme suffisamment développés pour pouvoir supporter un équipement par collier GPS, d’après les retours d’expérience des projets européens portant sur le loup. Les périodes ciblées de capture permettront d’éviter de capturer des femelles dans le dernier tiers de gestation ou des jeunes.