
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 16/10/2023
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-787797)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
A ce jour, la contribution des pesticides au déclin des espèces aviaires emblématiques du milieu rural est toujours controversée. La plupart des études se limitent à une évaluation de la dose létale testée sur un nombre restreint d’espèces modèles. Elles ignorent souvent les effets différés (effets sublétaux) sur la physiologie, le comportement, la reproduction et la survie des individus, et leurs conséquences au niveau populationnel. Comprendre et quantifier de tels effets est fondamental pour notre compréhension du déclin des populations aviaires. Le projet vise à caractériser l’impact de l’exposition aux pesticides sur le comportement, la physiologie du système immunitaire et digestif et la condition corporelle des poussins de busard cendré (Circus pygargus). Le busard cendré est une espèce patrimoniale protégée à l’annexe I de la Directive Oiseaux de l’Union Européenne pour laquelle les populations sont en déclin en France depuis plusieurs décennies et fait déjà l’office d’un suivi de populations à l’échelle nationale et même européenne. Par son écologie, le busard cendré et surtout les poussins sont particulièrement exposés aux pesticides. En effet, le busard cendré niche au sol dans les parcelles de céréales ce qui le rend particulièrement exposé aux pesticides utilisés en agriculture conventionnelle. Par ailleurs, leur position de prédateurs supérieurs les exposent également à ces produits par l’alimentation, principalement constituée de micromammifères (campagnol commun) et d’orthoptères. Ainsi, le busard cendré peut être une espèce sentinelle d’intérêt pour suivre l’état de santé de l’écosystème rural.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Bénéfices à court-moyen terme : Ces expérimentations sur le busard cendré s’inscrivent dans une problématique globale visant à comprendre comment la biodiversité aviaire est impactée par l’usage massif des pesticides en agriculture conventionnelle en investiguant différents aspects de la biologie des oiseaux et ce sur différentes espèces. Ceci permettra de mieux appréhender le lien entre déclin des populations et exposition aux pesticides dans des conditions réalistes d’exposition aux pesticides. Bien que l’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) recommande fortement une approche en conditions naturelles, peu d’études à ce jour ont finalement été réalisées. Ainsi, à court terme, ce projet permettra d’établir les niveaux d’exposition aux pesticides d’une espèce d’oiseau spécialiste du milieu rural. Il nous permettra également de mettre en relation l’état de santé des poussins juste avant leur envol. Bénéfices à long terme : Avec un suivi pluriannuel, nous serons en mesure d’établir le lien entre l’exposition aux pesticides des poussins, leur état de santé et les répercussions sur la dynamique populationnelle de cette espèce. Nos travaux s’inscrivent plus globalement dans une démarche considérant que la santé de la faune sauvage, de l’écosystème et de l’Homme sont interdépendants (concept une santé unique aussi connue sous le nom One Health). Le busard cendré est potentiellement un bon indicateur de l’état de santé du milieu et de ce à quoi, nous sommes nous-mêmes exposés. Ainsi, la compréhension des effets des pesticides sur les oiseaux devraient nous permettre d’anticiper d’éventuels problèmes sanitaires chez l’Homme.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
L’ensemble des manipulations se fera sur des animaux vigiles. Les poussins seront capturés au nid puis placés en contention dans un sac en coton pour les garder au calme avant les manipulations à proprement parlé. Puis, une série de manipulation sera réalisée avec : la prise de mesures morphométriques et de la masse, une prise de sang pour les mesures immunitaires et le dosage de pesticides, une injection intradermique pour mesurer l’intensité de la réponse immunitaire, un lavement cloacal pour récolter des bactéries intestinales, et un prélèvement de plumes du thorax par traction pour avoir une seconde référence d’exposition aux pesticides. A la suite, les poussins seront replacés au nid. Pour l’ensemble de ces interventions, les animaux seront sortis du nid pendant maximum 30 min. Le lendemain, les poussins seront de nouveau capturés au nid pour mesurer la taille de la réaction cutanée suite à l’injection intradermique, puis replacés au nid, le tout en moins de 5 min.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Pour tous les individus — Capture/recapture au nid : stress transitoire, intensité légère / Contention et manipulation : stress transitoire, intensité légère. / Prise de sang par ponction de la veine brachiale: stress ponctuel, intensité légère, douleur faible. / Injection de phytohémagglutinine (test de réaction immunitaire) : stress ponctuel, intensité légère, douleur faible. / Lavement cloacal : stress transitoire, intensité légère, gêne légère, absence de douleur. / Prélèvement de plumes par traction : stress ponctuel, intensité légère, douleur faible. Trois à 4 plumes sont prélevées au niveau du thorax et ne sont donc pas impliquées dans le vol. La peau de l’oiseau n’est pas non plus mise à découvert. / Il n’y a aucun impact connu de la manipulation des poussins proche de l’envol sur la relation avec les parents.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Tous les animaux sont relachés au nid vivants.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
S’agissant de suivi populationnel pour comprendre des mécanismes complexes en milieu naturel, il est impossible de remplacer les animaux vivants par des méthodes in vitro ou in silico car ces données n’existent pas à l’heure actuelle.
2. Réduction
Le point central de notre protocole est relatif au positionnement des nids dans un paysage contrasté en utilisation de pesticides. La zone d’étude représente 450km2 contrastés en pratiques agricoles et donc en utilisation de pesticides. Ne pouvant pas choisir la localisation des nids, nous essayons de suivre un nombre de nichées de 40. La moyenne du nombre de poussins à l’envol étant d’environ 3 poussins, cela représente donc 120 poussins par an. Compte tenu de l’hétérogénéité de l’exposition aux pesticides des poussins d’une même nichée, il est obligatoire de suivre tous les poussins d’un même nid. Les busards cendrés étant en déclin au niveau national, nous sommes donc limités par la taille de la population qui est suivie et nous suivons donc de façon exhaustive toutes les nichées. Sur les dernières années (2016-2022), cela représente un maximum de 31 nids et un peu moins de 90 poussins par an. Le nombre de 120 poussins est donc un nombre idéal, rarement atteint. Nous compensons ces faibles effectifs par un suivi sur le long terme (5 ans) et l’utilisation de modèles statistiques adaptés.
3. Raffinement
L’ensemble des manipulations est réalisé dans le respect de l’animal aussi bien des poussins qui sont directement manipulés que des adultes nicheurs présents au nid. Pour chaque acte, un point limite qui induit la mise au calme immédiate de l’oiseau a été défini . Les expérimentations sont faites de façon à minimiser le stress, tout dommage durable et la douleur et ce dans un temps limité et toujours à proximité du nid. Les expérimentations sont réalisées en parallèle du suivi pluriannuel de la population de busard cendré dans un but de protection. Le nombre de visites au nid est également limité dans le même but de minimisation du dérangement. Les poussins manipulés seront placés dans des sacs spécifiques (pochons en coton fin) pour les oiseaux qui permet à la fois une respiration optimale pour les individus et de les laisser à l’obscurité, réduisant ainsi leur stress. Un seul expérimentateur approchera le nid pour prélever les poussins et les placera directement dans un sac en coton propre (pas de souillure d’autres individus, pas d’échange de parasite ou pathogène). Les poussins ne seront manipulés que s’ils sont en bon état et uniquement dans des conditions météorologiques favorables.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le busard cendré est un bon modèle d’étude pour la thématique des pesticides car il est particulièrement exposé aux pesticides directement (via l’épandage en plein champ) et indirectement (via les proies consommées, insectes et surtout campagnols). Les poussins sont suivis de l’éclosion à l’envol mais les manipulations auront lieu que lorsqu’ils seront âgés de 26 +/- 2 jours. Contrairement aux adultes volants, les poussins sont directement exposés à ces produits sans pouvoir les éviter.