
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 23/01/2025
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-796369)
Injectées de cellules tumorales puis irradiées localement à faible dose sous anesthésie générale, 1 765 souris subissent des procédures d’un niveau de souffrance modéré et sont toutes tuées pour analyse des organes. Elles reçoivent jusqu’à cinq injections de traitement, deux gavages et une ponction sanguine. Le projet cherche à comprendre pourquoi seuls 10 à 30 % des patients répondent à l’association radiothérapie-immunothérapie, à partir d’une observation faite sur des malades dont l’intestin avait été irradié par erreur. Le porteur écrit que cette irradiation « n’induit pas de nuisance » et range la croissance des tumeurs greffées sous une « gêne locale modérée ».
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Les principales méthodes de traitement du cancer sont la chirurgie, la radiothérapie, la chimiothérapie et l’immunothérapie. La radiothérapie tue les cellules cancéreuses en provoquant directement des dommages définitifs à l’ADN. Elle peut également déclencher une réponse immunitaire anti-tumorale. La combinaison de la radiothérapie et de d’une immunothérapie pourrait donc avoir un effet antitumoral synergique. Cette nouvelle combinaison thérapeutique a d’abord été testée dans des modèles précliniques, puis validée dans quelques essais pionniers chez l’Homme avec des résultats prometteurs. Depuis, des centaines d’essais ont été lancés pour examiner cette combinaison thérapeutique dans divers cancers. Toutefois, il convient de noter que seuls 10 à 30 % des patients participant à ces essais ont présenté une réponse objective à ce traitement. Les mécanismes qui sous-tendent la résistance des patients au traitement restent insaisissables. De nouvelles stratégies sont nécessaires pour améliorer les résultats pour les patients. Nous avons mené un essai clinique de phase II pour évaluer l’efficacité thérapeutique d’un type de radiothérapie en combinaison avec l’immunothérapie dans le cancer métastatique. Le suivi à long terme suggère qu’environ 20 % des patients bénéficient du traitement avec une survie globale supérieure à 24 mois. L’objectif du projet est de tenter de déterminer les mécanismes de résistance mis en cause et d’améliorer la proportion de patients répondant bien au traitement.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
L’étude de l’ADN des échantillons fécaux des patients traités indique que les répondeurs sont associés à un enrichissement de l’abondance des espèces bactériennes immunogènes. En outre, la moitié des patients recrutés dans cet essai ont subi une exposition hors cible de la zone intestinale à l’irradiation lorsque l’irradiation a été administrée à des métastases hépatiques. Il est frappant de constater que le nombre de patients ayant une survie à long terme est plus élevé dans le sous-groupe des patients ayant subi une irradiation non voulue que dans le sous-groupe des patients n’en ayant pas subi (38 % contre 5). Notre hypothèse est que cette irradiation pourrait stimuler la réponse des patients à l’immunothérapie en modulant la composition du microbiote intestinal. L’étude de cette irradiation pourrait fournir des indications importantes sur le traitement personnalisé du cancer et ouvrir la voie à de nouvelles thérapies. Nous nous attendons à trouver que la combinaison de cette irradiation et une immunothérapie conduisent à un effet synergique sur le contrôle de la tumeur. Cette étude fournira donc des informations importantes sur le traitement individualisé du cancer pour les patients et aidera à développer de nouvelles thérapies pour améliorer leurs résultats.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Nous prélèverons le sang des souris par ponction (1 fois) sous anesthésie générale, durée une minute. Les souris recevront également une injection de cellules tumorales (1 fois, durée une minute), les souris recevront jusqu’à 5 injections pour traitement (durée 1 minute), sous anesthésie locale. Certains animaux auront des administrations par gavage (n=2), durée 1 minute. Les souris recevront une irradiation localisée sous anesthésie générale (durée 5 minutes).
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Dans certaines procédures les souris seront irradiées localement à faible dose. L’irradation limitée et localisée n’induit pas de nuisance. L’implantation tumorale (1 fois) par injection sous anesthésie locale entraîne une douleur légère et transitoire. La croissance des tumeurs peut entraîner une gêne locale modérée. Les traitements peuvent entraîner des pertes de poids (assez rare, car selon nos études précédentes, il n’y a pas eu de perte de poids notable). Les administrations orales entraînent une contrainte transitoire légère de courte durée due à la préhension et au geste lui même.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Les animaux seront euthanasiés pour analyses post-mortem sur tissus et organes.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Il n’y a pas de modèle de remplacement, car il est impossible de récapituler et reproduire toutes les interactions immunologiques dans l’organisme in vitro. Pour la réalisation de ce projet, l’utilisation d’animaux vivants est donc indispensable car seul un animal vivant, entier, peut permettre d’étudier dans leur globalité, l’immunité antitumorale et l’effet des immunothérapies sur la réponse antitumorale dans un cadre de cancer du colon, avec toutes les interactions nécessaires notamment les effets de l’irradiation sur la partie intestinale, impossible à reproduire in vitro. Dans ce projet, nous voulons observer l’effet de l’administration orale d’un composé sur différents organes, sur l’expression de gènes et protéines mais surtout sur la migration de cellules immunitaires entre ces différents organes.
2. Réduction
Pour la réalisation de cette étude, nous chercherons à regrouper les expérimentations dans le but de réduire le nombre d’animaux contrôles. Le nombre d’animaux est rigoureusement contrôlé afin de respecter la règle des 3R. D Après un calcul de puissance, nous avons pu déterminer le nombre nécessaire et suffisant d’animaux par groupe. Les tests statistiques utilisés pour suivre la croissance tumorale et la survie des animaux ont été préalablement définis. Au vu du nombre d’animaux utilisé par groupe, des tests statistiques non paramétriques seront utilisés.Les concentrations de traitements ont déjà été établies par notre laboratoire et sont donc optimisés pour réduire au maximum les animaux en procédure.
3. Raffinement
Pour limiter la souffrance liée à la progression tumorale, les animaux seront suivis quotidiennement pour effectuer un examen clinique et observer leur comportement, et dès l’apparition d’un signe de douleur, les animaux recevront un traitement adéquat. Toutes les procédures sont réalisées sous anesthésie générale ou locale pour limiter la douleur et le stress des animaux. Les injections seront réalisées après anesthésie locale (Lidocaïne). Les animaux seront hébergés en groupe dès leur réveil et recevront nourriture et boisson ad libitum. Des point limites adaptés et des critères d’arrêt précoces de souffrance ont été définis et seront strictement appliqués. Lorsque les animaux présentent une faiblesse, un complément alimentaire leur est proposé avec facilité d’accès.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Les souris comme les humains font partie des Mammifères, ce qui les rend génétiquement proches de l’Homme. De plus, leur petite taille, leur reproduction rapide et leur espérance de vie étant plus petite, font d’elles de parfaits organismes-modèles. Les modèles tumoraux existants sont issus de lignées cellulaires murines et plus particulièrement avec un fond génétique utilisé. Nous utiliserons des souris âgées de 8 semaines, c’est à partir de cet âge, qu’elles sont catégorisées comme adulte et donc ayant un métabolisme fonctionnel et une immunité normale.