
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2024-02-22 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-814534)
Pour tester des vésicules extracellulaires issues de cellules infectées par un virus candidat, 948 souris sont utilisées dans des procédures d’un niveau de souffrance modéré, toutes tuées à l’issue. Elles reçoivent une greffe de cellules tumorales sous la peau ou dans la veine de la queue, trois injections de virus et deux prélèvements sanguins, avec apparition attendue de tumeurs sous-cutanées ou pulmonaires pouvant entraîner perte de poids, mobilité réduite et cyanose. Un amendement porte les groupes de 15 à 21 souris parce qu’au cinquième jour toutes ne présentaient pas de tumeur palpable. Le porteur affirme qu’aucun modèle non animal ne récapitule les mécanismes de la mise en place des tumeurs.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
Les vésicules extracellulaires (EVs) circulent dans l’organisme et agissent comme des messagers entre les cellules. Elles suscitent un intérêt croissant lié à leur capacité à transférer du contenu biologique entre cellules. En effet, les EVs ouvrent la porte à de nouveaux concepts et opportunités tant biologiques que thérapeutiques. Les cellules cancéreuses sont particulièrement de bonnes productrices d’EVs. Elles peuvent favoriser la croissance tumorale ou jouer un rôle dans l’inhibition de la croissance tumorale. Ainsi, les EVs ont un double rôle dans la régulation du cancer. Les données actuelles montrent que l’immunothérapie basée sur l’utilisation d’EVs est une approche prometteuse dans le cadre du cancer, suggérant que les EVs pourraient devenir des vaccins très efficaces. Ainsi, des études récentes avec un virus candidat dans le cadre de la thérapie contre le cancer ont montré l’apparition d’EVs contenant des protéines codées par ce virus thérapeutique. Le but de ce projet est donc d’analyser l’effet des EVs libérées par des cellules infectées par des candidats viraux et leur utilisation potentielle dans la thérapie anticancéreuse. Ce projet vise ainsi à mettre en évidence l’effet des EVs sur des lignées de tumeur greffées dans un modèle de Souris. Les effets seront suivis sur la croissance tumorale mais aussi sur les facteurs circulant au niveau sanguin. Les données générées nous permettront d’améliorer notre compréhension des mécanismes d’action dans un organisme complexe et d’envisager le développement de ce candidat en déterminant sa chronologie d’action et son efficacité en fonction de la vitesse de croissance tumorale.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
Ce projet vise à améliorer notre compréhension des effets d’un candidat médicament sur une lignée tumorale. Nous pourrons ainsi comprendre sa capacité d’action et l’impact sur des lignée tumorales déjà installées. Cette connaissance nous permettra de mettre en place un candidat médicament permettant de soigner certaines tumeurs chez l’Homme.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
Les animaux subiront une greffe de cellules tumorales par injection sous-cutanée ou intra-veineuse à la queue, durée 1 minute. Par la suite, des injections de virus seront pratiquées (3 fois), durée moins d’une minute. Deux prélèvements sanguins seront aussi effectués chacun durant environ 2 minutes.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.
Dans ce projet, nous anticipons l’apparition de tumeurs sous-cutanées ou pulmonaires, qui pourraient déclencher une éventuelle perte de poids, une mobilité réduite, un mauvais toilettage, une cyanose. Ce protocole aura une durée maximale de 60 jours. Deux prélèvements sanguins d’un volume de 200μL seont effectués ainsi que trois injections de virus, pouvant entriner un léger incomfort.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
Tous les animaux seront mis à mort à J60 ou à l’atteinte d’un point limite. Ils ne sont pas réutilisables du fait de la présence de cellules tumorales et de candidats médicaments dans leur organisme.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
L’étude de l’effet thérapeutique de candidats médicaments sur des processus complexes tels que l’oncologie ne peut se faire sans l’utilisation de modèles animaux. En effet, il n’existe pas actuellement de modèle non animaux permettant de récapituler l’ensemble des mécanismes physiologiques complexe à l’oeuvre dans la mise en place de tumeurs ou la réponse immunologique associée.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Ce projet a été mis en place en réduisant autant que possible la taille des groupes expérimentaux. Ainsi, pour l’étude pilote 6 animaux par condition seront suffisants sur conclure sur la toxicité et l’immunogénicité des EVs. Puis d’après nos connaissances des modèles tumoraux sous-cutanés et intra-veineux chez la souris des groupes de maximum 15 animaux par condition seront suffisants. Cet effectif nous permettra de disposer de conclusions statistiquement relevantes. Nous mesurerons les tailles de tumeurs et le poids de manière répétées. Nous analyserons ces données par analyse statistique à deux paramètres (avec ou sans EVs/ concentration de cellules). Amendement : Nous souhaitons augmenter le nombre d’animaux de la PE2 suite à l’obtention de nos premiers résultats. En effet, lorsque nous démarrons le traitement à J5 toutes les souris ne présentent pas de tumeurs palpables. Afin de conserver cette chronologie de traitement nous souhaitons augmenter le nombre d’animaux dans la procédure sur les modèles tumoraux sous-cutanés chez la Souris (PE2) ainsi les groupes de 15 animaux par condition seront remplacés par des groupes de 21 souris.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
Les animaux seront placés dans les conditions optimales d’hébergement avec la présence d’un enrichissement (Maisonnettes en carton ou de kraft). Nous injecterons les cellules tumorales sur le flanc. Ensuite l’apparition de tumeurs et leurs croissances seront mesurées trois fois par semaine afin de suivre la progression ainsi que l’effet possible du candidat médicament sur celle-ci. Lors du prélèvement sanguin, nous effectuerons une compensation du volume injecté avec du sérum physiologique tiédi. Nous suivrons à chaque pesée (trois fois par semaine) l’état général des animaux, le toilettage, la posture, la présence de vocalisation, les sites d’injection et l’aspect des tumeurs. Tous ces items nous permettront de décider de l’atteinte de points limites le cas échéant pouvant entrainer la mise à mort de l’animal pour éviter toute souffrance. Si une douleur est présente, un antalgique pourrait être administré selon les recommandations vétérinaires. En cas de rixe entre animaux, nous pourrons être amenés à isoler l’individu dominant pour éviter toute lésion. Le cas échéant, des soins locaux par spray désinfectant seront attribués.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
Le modèle Souris constitue un bon modèle pour l’étude de modèle tumoraux. En effet, il s’agit de mammifère au système immunitaire assez proche de l’Homme pour disposer d’une apporche translationnelle valide. Nous analyserons des animaux agés de 8 semaines au moment de l’injection. A cet age, le système immunitaire est suffisamment développé.