
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 04/02/2026
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-820717)
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Ce projet cherche à comprendre comment le corps envoie des signaux de satiété, qui conduisent à une disparition des sensations de faim et laissent place à une sensation de bien-être, dans l’anorexie mentale. Normalement, notre poids dépend de l’équilibre entre ce que nous mangeons et ce que nous dépensons en énergie. L’anorexie mentale est une maladie où cet équilibre est rompu à cause d’une forte réduction de l’apport alimentaire, entraînant une perte de poids importante. Cette restriction alimentaire s’accompagne souvent d’une forte activité physique et d’une préférence pour les aliments riches en protéines [et en fibres] mais faibles en calories. Pourtant, malgré ces privations, les personnes atteintes arrivent à maintenir un niveau de sucre dans le sang relativement stable et un poids minimum, ce qui suggère que leur corps s’adapte en ajustant sa consommation d’énergie et en produisant du glucose par lui-même. Le glucose est une source d’énergie essentielle, et le corps peut en produire même en dehors des repas, notamment grâce au foie, aux reins et à l’intestin. On sait aujourd’hui que l’intestin peut produire du glucose en réponse à des régimes riches en protéines ou en fibres, ce qui envoie un signal de satiété au cerveau et aide à réguler la prise alimentaire. Les chercheurs pensent que, dans l’anorexie, la restriction alimentaire pourrait stimuler la production de glucose par l’intestin, ce qui activerait un signal de satiété et aiderait à supporter le manque de nourriture. Cette production serait renforcée par la consommation préférentielle de protéines [et de fibres] et pourrait aussi expliquer pourquoi ces patients privilégient ce type d’aliments. Modification du 17-11-25 [Les premiers résultats obtenus jusqu’à maintenant avec une alimentation riche en protéines, sont en accord avec notre hypothèse. Ainsi, ils renforcent l’intérêt pour un autre nutriment largement consommé dans l’anorexie mentale et qui est aussi connu pour activer la production de sucre par l’intestin : les fibres.] Pour tester cette hypothèse, l’étude va comparer deux groupes de souris : certaines capables de produire du glucose par l’intestin et d’autres qui en sont incapables. Les chercheurs vont observer comment la restriction alimentaire influence la production de glucose, l’activation du système de récompense lié à l’alimentation et la préférence pour les aliments riches en protéines [et en fibres].
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Modification du 17-11-25 entre crochets. L’anorexie mentale touche environ 1,4 % des femmes et 0,2 % des hommes en France. Son traitement coûte cher aux systèmes de santé européens, entre 5 et 65 millions d’euros par an, notamment parce qu’il s’agit d’une maladie longue et difficile à soigner. De plus, il n’existe pas encore de traitement réellement efficace, et près de 40 % des patients rechutent après une amélioration. Ce projet de recherche vise à mieux comprendre cette maladie en étudiant plusieurs aspects clés : 1. Comment l’anorexie affecte la régulation du sucre dans le sang. 2. Quelles zones du cerveau sont impliquées dans cette maladie. 3. Pourquoi certaines personnes développent une préférence pour les protéines [et fibres] alimentaires. Ces recherches pourraient ouvrir la voie à de nouveaux traitements et aider à changer notre regard sur l’anorexie mentale. Plutôt que de la considérer uniquement comme une maladie mentale, elle pourrait être vue comme un trouble du métabolisme, causé par un déséquilibre énergétique qui influence aussi le comportement et l’état psychologique.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
-Pour sélectionner les souris génétiquement modifiées nécessaires à l’étude, un petit bout du pavillon de l’oreille (1mm) sera prélevé pour analyser leurs gènes. La durée du geste est de quelques secondes. -Ces souris recevront une injection quotidienne pendant 5 jours. Chaque injection dure quelques secondes par souris. -La moitié des animaux auront moins de nourriture pendant un maximum de 18 jours. Elles recevront d’abord 70% de leur ration pendant 3 jours, puis elles passeront à 50% à partir du 4ème jour. -Les souris en restriction alimentaire ne devraient pas souffrir d’hypoglycémie ; mais leur taux de sucre dans le sang sera contrôlé tous les 3 jours (au total entre 3 et 6 fois) à partir d’une goutte de sang prélevée à l’extrémité de la queue, après une légère incision. -En fin de procédure, les souris seront mises à jeun pendant 6h. Une prélèvement sanguin rapide (15 secondes) sera effectué juste avant la mise à mort.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Modification du 17-11-25 entre crochets. – A l’âge de 7 jours, on prélève un petit morceau du pavillon de l’oreille pour analyser l’ADN des souris génétiquement modifiée. Ceci entraine une légère douleur et un stress lié à la contention des nouveau-nés mais le geste est rapide (quelques secondes). Vers 5-6 semaines, elles recevront une injection quotidienne (piqure sous-cutanée). L’injection est rapide mais peut entrainer une légère douleur et un léger stress. -Le phénotype des animaux génétiquement altérés comprend une incapacité de l’intestin à produire du glucose ainsi qu’une légère anxiété. – Réduire leur alimentation peut rendre les souris plus agitées et causer une perte de poids importante (jusqu’à 25% de leur poids initial), qui peut s’accompagner d’une légère déshydratation. Cette restriction alimentaire peut perturber le comportement des souris génétiquement modifiées, pouvant mener à l’induction d’une anxiété importante (voire de la dépression). – Lorsque l’on mesure [la] glycémie des souris, l’extrémité de la queue doit être incisée ce qui peut induire une légère douleur. -A la fin de l’expérience, les souris seront mises à jeun pendant 6h, ce qui peut affecter leur bien-être et augmenter leur un stress. La prise de sang, qui nécessite une piqûre et une contention, cause aussi une légère douleur et du stress. [A noter que, lors des premiers protocoles, les souris en restriction alimentaire ont perdu en moyenne 20% de leur poids, et conservées une glycémie correcte et un comportement normal. 2 souris ont été écartées du protocole.]
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Afin de caractériser les effets de la restriction alimentaire, plusieurs tissus devront être récupérés pour des analyses moléculaires et histologiques. Pour cela, tous les animaux seront mis à mort selon une méthode respectant les règles éthiques pour prélèvement leur sang et certains tissus. Les cerveaux seront fixés puis prélevés après le décès des animaux pour des analyses au microscope.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
L’anorexie commence souvent par une réduction de l’alimentation, volontaire ou non. Avec le temps, des modifications dans différentes zones du cerveau aggrave la maladie et la rendent persistante. Pour survire à une privation de nourriture, le corps s’adapte en modifiant sont métabolisme. Plusieurs organes, comme le foie, les reins, l’intestin, le muscle et la graisse, participent à ces ajustements. C’est pourquoi il est essentiel d’étudier l’organisme dans son ensemble pour mieux comprendre les mécanismes de l’anorexie mentale.
2. Réduction
Le nombre de souris utilisées a été calculé avec précision en fonction des connaissances de la pathologie étudiée, des modèles animaux utilisés et du métabolisme, ainsi que de données préliminaires. Le nombre de souris par groupe a été calculé à partir de logiciel informatique. Modification du 17-11-25 [Au total, ce projet nécessitera au maximum 308 souris transgéniques et 192 souris non transgéniques.] Le modèle génétique nécessaire à ce projet permet de produire à la fois des souris dont la production intestinale de glucose est réduite et des souris témoins. Ainsi, l’utilisation des souris témoins issues de ces reproductions limite le recours à d’autres animaux, non génétiquement modifiés. Les souris mâles obtenues lors de ces reproductions pourront être utilisés pour d’autres recherches. Enfin, certains tissus non directement nécessaires à ce projet seront placés dans une banque afin de s’en servir pour de futures analyses, évitant d’avoir recours à de nouveaux animaux.
3. Raffinement
L’étude débute chez des animaux âgés de 10 semaines ce qui nous permet de les acclimater et de les habituer longuement aux conditions de l’expérience. Le maintien des animaux en groupe et l’apport d’éléments d’enrichissement suffit à éliminer le phénotype anxieux des animaux génétiquement modifiés. Un suivi de poids des animaux sera réalisé de façon quotidienne et une habituation à l’expérimentateur sera systématique en prenant du temps avec chaque souris (caresse, contact avec l’expérimentateur, habituation à sa voix). Le personnel zootechniciens et expérimentateurs a été sensibilisé à la préhension des souris dans un tube pour limiter le stress. Pour habituer les souris à leur nouvelle alimentation, on ajoutera dans leur cage, un mois avant la restriction, 3 croquettes de régime classique et 3 croquettes riches en protéines. Cela permettra d’éviter qu’elles refusent la nouvelle nourriture par méfiance. Afin de limiter la douleur, une crème anesthésiante sera appliquée sur les zones qui peuvent être douloureuses. Les souris soumises à une restriction alimentaire peuvent devenir plus agitées et stressées si elles sont trop nombreuses dans une même cage. Pour éviter cela, les souris de poids similaires seront hébergées 2 par cage avec un enrichissement adapté. Concernant l’alimentation, chaque souris recevra une portion individuelle. La réduction de nourriture sera progressive : 30% les 3 premier jours, puis 50% à partir du 4ème jour. Une première étude pourrait permettre de réduire la durée de la restriction alimentaire de 18 jours à 10 jours si cela ne compromet pas le projet. Modification du 17-11-25 : Enfin une grille de suivi et des points limites adaptés ont été mis en place [et mises à jour pour surveiller plus précisément l’état des souris et interrompre l’expérience si nécessaire. Enfin, l’utilisation systématique d’une plaque chauffante (moitié de la cage seulement) permet de réduire la perte de poids et le stress infligés aux souris.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Le choix de l’espèce s’est orienté vers la souris car les études réalisées sur des vertébrés inférieurs tels que le poisson, montrent que les régulations de la production de glucose par l’organisme ne sont pas les mêmes que chez les mammifères. De plus, le modèle de souris transgéniques utilisé n’a été réalisé que dans cette espèce grâce à la transgenèse ciblée et inductible. Enfin, le modèle de restriction alimentaire progressive développé chez la souris reproduit toutes les caractéristiques de l’anorexie mentale et est totalement approprié à ce projet. Les outils d’analyses moléculaires, comme des anticorps, spécifiques de la souris sont disponibles en laboratoire. Une biopsie de l’oreille pour génotypage sera réalisée chez les nouveau-nés âgés de 7-10 jours. Le reste de l’étude sera réalisé chez des souris jeunes de 10 semaines. En effet, chez l’Homme, l’anorexie mentale se déclare généralement au moment de la puberté/début de l’âge adulte.