
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 10/10/2024
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-829242)
120 souris vont être utilisées dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré, toutes tuées à l’issue. Elles reçoivent sous anesthésie une greffe de cellules cancéreuses colorectales sous la peau, puis deux injections d’immunothérapie directement dans la tumeur, dont le porteur indique qu’elles peuvent provoquer irritation, nécrose et saignement de la tumeur. La masse tumorale peut gêner leurs déplacements dans la cage, et l’objectif déclaré est de finaliser et publier des travaux menés les quatre années précédentes sur le rôle d’une protéine de l’autophagie dans les lymphocytes T. Les souris qui ne développent pas de tumeur ne sont pas épargnées pour autant, le porteur prévoyant de les affecter à des prélèvements d’organes et à l’apprentissage des gestes de base par les nouveaux expérimentateurs.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Elément important de l’arsenal thérapeutique contre les cancers, les immunothérapies visent, par différentes stratégies, à stimuler le système immunitaire pour l’aider à détruire les cellules cancéreuses. Notre programme a pour objectif de finaliser et publier des travaux réalisés par l’équipe au cours des 4 années précédentes qui étudient les fonctions de protéines de l’autophagie, un processus de dégradation des constituants intracellulaire, dans les réponses immunitaires antitumorales et l’efficacité d’immunothérapies anticancéreuses. Nous nous intéresserons en particulier au rôle de la protéine de l’autophagie dénommée FIP200 dans un type de cellules immunitaires, les lymphocytes T (des globules blancs), qui sont capable de détruire des cellules cancéreuses. Nous testerons si l’absence de FIP200 dans les lymphocytes T module leurs capacités anti-tumorales suite à l’administration d’une immunothérapie anticancéreuse basée sur l’activation de la protéine STING (Stimulatory of Interferon Genes) connue pour activer les réponses immunitaires antitumorales assurées par les lymphocytes T et actuellement en cours d’évaluation chez l’homme pour le traitement de cancers.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Nos travaux suggèrent que certaines protéines impliquées dans l’autophagie limitent les réponses immunitaires anticancéreuses, en particulier lors de la stimulation de la protéine STING par ses activateurs. Les expériences que nous proposons de réaliser à l’aide de souris exprimant ou non la protéine FIP200 dans leurs lymphocytes T, les rendant ainsi capables ou non d’autophagie, permettront de déterminer le rôle de l’autophagie des lymphocytes T dans leurs capacité antitumorales et dans l’efficacité des immunothérapies basées sur l’activation de STING. Pour cela, nous suivrons la croissance de tumeurs chez les souris dont les lymphocytes T sont capables ou non d’autophagie suite au traitement par immunothérapies et nous étudierons plus précisément les capacités de ces lymphocytes T infiltrant les tumeurs à produire des médiateurs immunitaires aux fonctions antitumorales
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Les animaux seront soumis à une injection de cellules cancéreuses en sous-cutanée afin leur greffer une tumeur et à deux injections intratumorales d’immunothérapie basée sur l’activation de STING. Ces injections, de durée inférieure à 10 secondes seront réalisées sous anesthésie générale à l’aide d’isofluorane afin de limiter les nuisances
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Les procédures expérimentales ont été définies de manière à minimiser les dommages, douleurs, de souffrance et d’angoisse. La croissance et la masse tumorale peuvent entrainer une potentielle gêne au mouvement pour l’animal au cours du temps, pouvant contribuer à une diminution de la mobilité dans la cage. Bien que nos précédents travaux n’aient pas mis en évidence d’effets secondaires fréquents (Benoit-Lizon et al, JITC, 2022), nous pourrons observer des signes de fatigue ou une perte de poids. Des signes d’irritation ou de nécrose, amenant au saignement de la tumeur, peuvent potentiellement apparaitre suite au traitement par voie intratumorale.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
A l’issue des procédures expérimentales, les animaux porteurs de tumeurs seront mis à mort soit pour nous permettre de collecter les tumeurs et les cellules immunitaires qui les infiltrent à un temps adapté à nos analyses, soit suivant les points limites définis de façon à limiter les nuisances (gênes, souffrance) qui peuvent survenir. Même si des régressions tumorales peuvent être observées suite au traitement, une reprise de la croissance tumorale après l’arrêt du traitement est toujours possible et nécessite la mise à mort de l’ensemble des souris. Bien que les procédures expérimentales permettent un développement tumoral chez la quasi-totalité des animaux, les animaux ne développant pas de tumeur resteront sous surveillance hebdomadaire pour s’assurer de l’absence d’un développement tumoral tardif et pourront être dédiés à des prélèvements d’organes et expériences menées ex vivo ainsi qu’à l’apprentissage des gestes de base pour les nouveaux expérimentateurs.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Le cancer est une maladie complexe dont la progression implique des interactions entre cellules cancéreuses et cellules immunitaires dans le microenvironnement tumoral dont la reconstitution la plus fidèle est possible seulement dans un organisme vivant. En effet, la recherche a permis de comprendre l’importance de l’environnement dans lequel le cancer se développe et les multiples interactions avec le système immunitaire. En conséquence, pour être prédictifs, les évaluations de nouvelles thérapies anticancéreuses doivent être réalisées sur des organismes vivants. En outre, nous testons l’efficacité d’une stratégie d’immunothérapie, l’activation de la protéine STING, à l’action anticancéreuse connue mais qui semble apporter des résultats variables en pratique clinique. Il apparaît donc important de revenir au modèle murin pour identifier à l’échelle moléculaire les freins au succès de cette immunothérapie, en particulier ceux qui implique des interactions entre cellules immunitaires et cellules cancéreuses. Les données obtenues seront complétées d’expériences menées in vitro pour une approche globale.
2. Réduction
Le modèle cellulaire de cancer colorectal (MC38) utilisé pour ce projet chez des souris immunocompétentes est parfaitement maitrisé par les expérimentateurs de notre équipe tout comme les modalités de traitement, évitant ainsi de réaliser des étapes de mise au point et réduisant ainsi le nombre d’animaux. Les groupes expérimentaux sont constitués de n=6 individus pour le suivi de croissance tumorale (expérience répétée 2 fois) et n=3 individus (expérience répétée 3 fois) pour l’analyse détaillée des capacités antitumorales des lymphocytes T infiltrant les tumeurs. Nous disposerons ainsi d’une puissance statistique suffisante pour l’évaluation des effets de nos traitements et du rôle de l’autophagie dans leur efficacité grâce aux tests statistiques adéquats. Autant que possible, des expériences permettant de répondre à nos questions scientifiques seront réalisées in vitro à partir de lignées cellulaires et ex vivo à partir de cellules immunitaires isolées après mise à mort des animaux décrite dans le paragraphe dédié
3. Raffinement
Les souris seront hébergées dans un environnement adapté et enrichi. L’hébergement se fera en groupe pour favoriser les contacts sociaux et éviter le stress et le calme sera maintenu tant que possible dans la salle d’hébergement. Du matériel d’enrichissement permettant la construction de nids (ex : coton) ou leur permettant de se cacher (contenant ou tube opaque) et de développer leur répertoire comportemental sera fourni. Afin de prendre les mesures nécessaires pour améliorer le bien-être animal, les souris seront observées quotidiennement par le personnel de l’animalerie et trois fois par semaine par les expérimentateurs lors de leurs interventions (injections, pesées, mesures du volume tumoral à l’aide d’un pied à coulisse). Les souris disposeront d’une phase d’habituation à être manipulées par les expérimentateurs pour réduire leur appréhension. Des antalgiques seront utilisés en cas de douleur observée. Si les points limites que nous avons établis sont atteints, les souris seront mises à mort selon la méthode décrite ci-dessus.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Du point de vue scientifique, il est nécessaire de fixer des paramètres génétiques (délétion de Fip200 dans les lymphocytes), ce qui n’est faisable qu’à partir d’un animal génétiquement modifié. La souris dont la génétique est bien connue, est quantitativement la plus représentée des espèces d’animaux transgéniques, il s’agit donc d’une espèce pertinente. En outre, l’étude des interactions entre cellules cancéreuses et cellules immunitaires du microenvironnement tumoral chez la souris est une approche validée par la communauté scientifique dans notre domaine de recherche. Ce modèle animal est le plus utilisé pour l’évaluation préclinique de l’efficacité anticancéreuse de nouvelles thérapies. D’un point de vue technique, les coûts limités de maintenance, et le taux de reproduction élevé de la souris permettront la création des groupes d’animaux requis sur une période de courte durée. Les animaux seront utilisés à l’âge adulte (entre 6 et 12 semaines), âge auquel les animaux possèdent un système immunitaire mature permettant une meilleure stabilité et meilleure reproductibilité des expériences.