
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2026-09-14 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-850496)
Les souris utilisées sont génétiquement modifiées, le porteur indiquant qu’elles reproduisent « certaines pathologies humaines ». 904 d’entre elles vont être utilisées, une partie tuée sous anesthésie sans reprendre conscience, les autres dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger. Chacune reçoit une ou deux injections puis un ou deux prélèvements de sang, geste dont le porteur dit qu’il peut causer une douleur moyenne et une légère hémorragie. L’objectif annoncé est un nanocorps qui « pourrait permettre » de faire passer les perfusions des patients d’une par semaine à une toutes les deux semaines. Toutes les souris sont tuées en fin de procédure, en raison du « volume sanguin prélevé ou perdu ».
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
La coagulation sanguine regroupe un ensemble de mécanismes qui permettent d’arrêter un saignement en cas de blessure, grâce à la formation d’un caillot qui colmate la brèche du vaisseau. Ce processus fait intervenir les plaquettes sanguines et de nombreuses protéines. Tout défaut dans l’un des éléments de la coagulation peut entraîner des saignements anormaux ou au contraire provoquer la formation de caillots dans les vaisseaux sanguins. La formation de tels caillots conduit à la thrombose et à l’impossibilité au sang de circuler dans le vaisseau qui est colmaté. Si les organes ne peuvent plus recevoir suffisamment de sang pour les oxygéner, ils meurent progressivement. Parmi toutes les pathologies qui peuvent conduire à ces évènements thrombotiques, l’une d’elle est provoquée par l’absence d’une protéine très importante dont le rôle est de fluidifier le sang. Les patients chez qui cette protéine est manquante sont traités par un médicament qui leur apporte cette protéine. Mais ce traitement est lourd car il doit être administré toutes les semaines par voie intra-veineuse. L’objectif de ce projet est d’administrer en même temps que la protéine manquante, un deuxième traitement par nanocorps qui va prolonger la durée d’action de cette protéine. Ce double traitement pourrait permettre d’espacer les administrations de médicaments toutes les deux semaines plutôt qu’une fois par semaine.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
Ce projet a vocation à améliorer la prise en charge des patients souffrant d’une pathologie thrombotique caractérisée par l’absence d’une protéine qui permet de fluidifier le sang. Le but est de rendre le traitement moins contraignant, facilitant ainsi l’adhésion des patients à leur traitement et améliorant leur qualité de vie.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
Les souris seront soumises sous anesthésie générale à : 1) une ou deux injections. Le nombre maximal est de 2 injections réparties sur 2 jours. Chaque injection va durer 1-2 secondes. 2) 1 ou 2 prélèvements sanguins répartis sur 14 jours au maximum. Ces prélèvements durent entre 5 et 45 secondes.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.
Les injections peuvent être associées à une légère douleur transitoire, de courte durée. Le prélèvement sanguin peut être associé à une douleur moyenne et une légère hémorragie, nécessitant d’exercer un point de compression.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
En fin de procédure et en raison du volume sanguin prélevé ou perdu, tous les animaux seront euthanasiés selon les méthodes réglementaires et le constat de mort sera établi par des signes évidents de mort.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
L’étude in vivo est nécessaire en préclinique pour évaluer un traitement. En effet, le système de la coagulation est complexe et nécessite absolument un organisme vivant entier pour pouvoir être étudié de manière pertinente. Actuellement, il n’existe pas de techniques qui pourraient éviter le recours à l’animal.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Les tests préalables seront faits sur du sang prélevé chez les souris d’intérêt permettant que seules 3 associations de molécules soient testées in vivo. Une dizaine de combinaisons sera produite et caractérisée in vitro et seules les combinaisons avec les profils biochimiques les plus prometteurs seront injectés aux animaux. Cela permet de réduire considérablement le nombre d’animaux utilisés.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
Les procédures utilisées se feront dans le cadre adapté d’un hébergement agréé, respectant au maximum le bien-être des animaux avec un enrichissement du milieu (morceaux de bois à ronger, filaments de papier kraft pour faire un nid), en limitant la souffrance par le respect des méthodes d’anesthésie et d’analgésie. L’ensemble des expériences seront effectuées par une personne habilitée à expérimenter sur les animaux. Les souris seront surveillées pendant toute la durée de la procédure afin de s’assurer qu’elles ne montrent pas de signes de souffrance auquel cas un calcul de score permettra de mettre en place les mesures adaptées.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
Le choix de la souris se justifie par des raisons d’ordre scientifique, pratique et éthique. La génétique de cette espèce est bien connue et facilite la création de modèles transgéniques. La souris est l’animal de laboratoire le plus utilisé en hémostase par la communauté scientifique internationale, ce qui permet de comparer les résultats obtenus. La méthodologie envisagée dans ce projet est adaptée au modèle murin et nous avons acquis au cours des années une expertise notable et de bonnes pratiques expérimentales avec cette espèce. Ce projet s’appuie sur des modèles murins déjà développés et dont la pertinence a été démontrée dans de nombreuses publications scientifiques. Il s’agit d’animaux génétiquement modifiés permettant de reproduire certaines pathologies humaines. Des souris âgées entre 8 et 25 semaines seront utilisées pour le projet. Pour ce projet, uniquement des animaux adultes des deux sexes seront utilisés, représentant au mieux la population humaine, susceptible de souffrir de ces pathologies.